Le Psautier eunluminé de Ligugé par Jane Sullivan. Début de la préface du P. Joël Letellier

La féerie du psautier du psautier calligraphié et enluminé de Jane Sullivan, par le P. Joël Letellier. Préface (p. VII- XIV) du luxueux volume de Jane Sullivan, Le psautier enluminé de Ligugé, C.C. Editions et Jane Sullivan, 2019.

 

Le Psautier enluminé de Ligugé par Jane Sullivan. Le roi David

Postface du P. Joël Letellier aux dix livrets de Sœur Loyse Morard, Regard sur la Règle de saint Benoît, vol 10. Aimer la vie. « Quel est l’homme qui veut la vie ? », Saint-Léger Productions, 2017.

POSTFACE

Au terme de ce parcours judicieusement distribué en dix étapes par l’auteur, Mère Loyse Morard, et par l’éditeur, Jean-Claude Giard, n’allons pas croire qu’ainsi s’achève notre lecture. Ce vénérable texte spirituel qu’est la Règle des moines rédigé par saint Benoît au VIe siècle ne se lit pas seulement des yeux, il se lit du cœur et de l’âme et aussi de tout le corps tant il est vrai que c’est l’être tout entier qui se trouve engagé sur ce chemin de sainteté ainsi balisé, tout autant qu’ouvert à l’infini, par le patriarche des moines. Toute la Règle, d’après ses propres termes, n’est qu’un commencement et le Prologue, de façon explicite, nous ouvre à la vie et à la vie véritable. C’est donc par notre vie entière que les sages recommandations de saint Benoît pourront prendre corps en notre humanité renouvelée en Christ.

Car tout l’enjeu se situe bien là. Lire la Bible, ou un texte spirituel ancien qui fait autorité, comme peut l’être ce petit codex bénédictin, ce n’est pas d’abord pour faire œuvre d’érudition ni par simple curiosité, ce n’est pas non plus pour se gargariser de mots spirituels et d’images pieuses, c’est pour se laisser enseigner, ensemencer, imprégner par une sagesse divine. Or, une telle sagesse qui vient de Dieu se distille jour après jour plus encore que page après page car c’est dans le creuset du concret que se mesure la vérité de son engagement et c’est dans l’épreuve du temps que se vérifie l’authentique fidélité. Le chrétien lit la Bible pour que, peu à peu, lui-même devienne page vivante de l’Evangile. Le moine s’imprègne de la Règle pour que, par cette rosée stimulante, son cœur s’oriente vers la meilleure écoute de l’Evangile et la mise en pratique quotidienne des exigences de l’amour.

Si tu écoutes, nous fait comprendre saint Benoît, si tu sais écouter, si tu sais ausculter la Parole de vie, c’est-à-dire si tu sais entendre battre le cœur de tendresse du Seigneur pour toi et pour chacun de ses enfants bienaimés, alors, à l’unisson du sien et par la grâce de Dieu, tu parviendras dans la demeure des saints, tu partageras le secret du cœur de Dieu. La vraie lecture est une auditio divina permanente, une écoute filiale, une obéissance amoureuse. Le vrai lecteur devient maître dans l’art spirituel car il est passé par l’épreuve du feu qui purifie, par l’épreuve du temps qui épure. Tel le métal précieux dépouillé de ses scories, il devient apte à se laisser ciseler par le sculpteur divin, il devient chef-d’œuvre de Dieu.

Or, si toute personne n’est pas appelée à vivre dans un cloître à la manière des moines et des moniales, à vivre ainsi en communauté toute une vie durant, tous nous sommes appelés à vivre de la vie de Dieu, chacun selon son chemin et sa vocation propre. Les modes de vie des uns et des autres peuvent être très différents mais nous sommes tous destinés à la sainteté, à vivre selon le Christ, à le suivre dans l’amour pour connaître cette joie imprenable d’être en communion avec le dessein de Dieu sur nous. Cette joie se renforce même, si nous sommes conscients de nos faiblesses et de nos égarements, en nous sentant redevables de la bonté et de la pure miséricorde de Dieu. Humilité de l’homme et tendresse de Dieu se conjuguent à merveille.

Saint Benoît a écrit sa Règle pour ses moines de Subiaco puis du Mont-Cassin et uniquement pour eux. Cependant, quelque temps après, la diffusion de sa Règle a été telle qu’elle a été adoptée par tous les moines d’Occident dès le IXe siècle et qu’aujourd’hui encore elle sert de référence non seulement à un grand nombre de moines et de moniales mais aussi à un grand nombre de fidèles laïcs qui cherchent à s’en inspirer pour guider leur vie selon le Christ. Pour la conduite de leur vie personnelle, conjugale ou professionnelle, nombre de personnes se laissent en effet irriguer par la sagesse de vie contenue dans les quelques pages de la Règle de saint Benoît. Des pères et mères de famille, des entrepreneurs, des juristes ou des médecins, des étudiants, des militaires ou des éducateurs font leur profit de la richesse spirituelle et pédagogique contenue dans ce petit écrit qui a façonné des dizaines et des dizaines de milliers de moines et qui, de ce fait, a eu sur la société occidentale un impact considérable.

Le commentaire de Mère Loyse Morard, savamment agencé, est le fruit d’une grande expérience intérieure et il manifeste le souci constant de s’adresser à chacun avec force pédagogie et simplicité de cœur. Ici incontestablement, la femme bibliste, habituée des prophètes et des évangélistes, nourrie et abreuvée durant toute sa vie de la sève monastique qui fait résonner la Parole divine, peut attester que « la vie monastique est un passage. Il faut la traverser jusqu’au bout. Le « bout », c’est Dieu, qui n’est jamais atteint mais toujours cherché », et elle nous transmet le plus cher de son cœur : « Il n’y a pas d’heure, ni d’âge pour Dieu, ni pour celui qui le désire. Le propre du dialogue d'amour est qu’il n'est jamais trop tard pour y entrer ».

P. Joël Letellier, osb

 

L'oeuvre eucharistique de Catherine Mectilde de Bar (1614-1698), par Joël Letellier, dans Liturgie 166 (2014) p. 234-250 et 280-281.

 

La revue Liturgie est publiée par la Commission Francophone Cistercienne (CFC)

 

L’œuvre eucharistique de Catherine Mectilde de Bar (1614-1698)

 

Les Bénédictines de l’Adoration perpétuelle ont été fondées au XVIIe siècle, sur le grand tronc bénédictin et dans la mouvance de l’Ecole Française de Spiritualité, par Catherine de Bar devenue Mère Mectilde du Saint-Sacrement. En cette année 2014, c’est en tant qu’Assistant religieux de la Fédération Française et en tant que Postulateur de la Cause de béatification de Mère Mectilde et coordinateur pour l’édition de ses écrits que le Père Joël Letellier, moine de Ligugé, a été chargé de l’organisation d’un Colloque au Collège des Bernardins pour commémorer le quatrième centenaire de la naissance de Catherine de Bar. D’abord annonciade en Lorraine puis bénédictine, Catherine Mectilde de Bar traverse bien des péripéties avant de fonder un premier monastère à Paris puis d’autres jusqu’en Pologne, aidée par les moines mauristes de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés et de plusieurs représentants des grands Ordres religieux. La dimension théologique, liturgique et adoratrice, de la fondatrice de cet Institut monastique féminin peut surprendre par son ampleur et sa vigueur ; elle a de quoi susciter encore bien des recherches historiques et spirituelles. Aujourd’hui, plus de 600 moniales réparties en 40 monastères appartenant à cette filiation sont issues de cet élan réformateur et eucharistique du Grand Siècle.

 

Formazione e trasmissione. Dalla "formatio" agostiniana alla "formattazione" del disco rigido, un' antropologia da rispettare e la messa in opere d'una pedagogia, par Joël Letellier, dans Ora et labora (Milano) LXII - 1 (2012) p. 47-92.

Origène. Des Ecritures à la théologie, par Joël Letellier, dans La Nef 157 (2005) p. 36-37.

L'appel des pécheurs, la vocation de saint Matthieu et le pinceau du Caravage (Homélie du 9 juin 2002), par Joël Letellier, dans Gesta 23 (2002) p. 98-103.

Le contact avec la Parole de Dieu : force de guérison et de salut , dans l'oeuvre d'Origène, par Joël Letellier, dans La Vie Spirituelle t. 155, n° 741 (2001) sur la Lectio divina, p. 625-648.

Pourquoi "prier" pour les vocations ?, par Joël Letellier, dans Gesta 17 (2001) p. 6-12.

Pour un approfondissement du traité du "Véritable esprit" de Mère Mectilde (Catherine de Bar, 1614-1698), par dom Joël Letellier Recherche von Ort - Recherches sur place (4-11 juin 1999 - Paris-Rouen), Cologne, 1999.

Devant les reliques de notre Père saint Benoît (Homélie du 27 janvier 1999 lors d'une session du STIM à l'abbaye de Fleury), par Joël Letellier, dans Gesta 9 (1999) p. 19-22.

 

Avent, le temps de la mémoire. (Homélie du 28 novembre 1999 pour le premier dimanche de l'Avent), par Joël Letellier, dans Gesta 12 (1999) p. 148-152.

Une belle figure de moniale bénédictine : Mère Marie de Jésus (Jane Béraux 1906-1998). Homélie à la messe des funérailles, le 23 juillet 1998, par Joël Letellier, dans Gesta 7 (1998) (Abbaye Saint-Wandrille) p. 134-138.

Tradition orale et mémorisation des Ecritures. Première auditio-lectio divina chrétienne, par dom Joël Letellier, dans la Revue des Sciences Philosophiques et Théologiques (RSPT) 79 (1995) p. 601-614.

 

Résumé

A quel moment et en quel lieu peut-on situer la naissance de la lectio divina proprement chrétienne ? Si l'on suit la pensée patristique et médiévale, ce serait dans le cœur-mémoire de Marie qu'il faudrait en retrouver les premiers éléments fondateurs. Les travaux de Marcel Jousse sur les milieux de « style oral » avaient déjà fait ressortir l'importance, en ce cas particulier, de la mémorisation et de la « manducalion de la parole ». C'est dans celle perspective que l'A. nous invite, à la suite des spécialistes des différents domaines concernés, à être attentifs à la redécouverte actuelle des caractéristiques de la transmission orale du savoir. En histoire comme en catéchèse, en théologie comme en exégèse, le sens de l'oral doit pouvoir être retrouvé. C'est au sein de la Tradition que la prédication du Christ se situe, et c'est en rapport avec le mystère liturgique et proprement eucharistique que les pèlerins d'Emmaüs, par exemple, reçoivent de la parole orale du Christ lui-même le don de l'intelligence des Écritures.

 

Abstract

 

At what moment in time and in what place can one situate the emergence of a specifically Christian lectio divina? If one were to follow the Fathers' and medieval thinking, one would have to seek the first founding principles in Mary's heart-memory. Marcel Jousse's work on the "oral style" milieux had already outlined the importance of memorising and the "masticating of the word." In this perspective, and in keeping with specialists in the different areas concerned, the Author invites us to give heed to the current rediscovery of the characteristics of oral transmission of learning. In History as in Catechesis, in Theology as in Exegesis, one should be able to discover anew the sense of the oral. It is in the heart of Tradition that Christ's preaching is situated, and it is in relation to the liturgical and, specifically, the eucharistie mystery that the disciples of Emmaus, for example, receive the gift of understanding Scripture from the oral word of Christ himself.

 

L'Urbs monastica : du Locus terribilis à la Visio pacis, par Joël Letellier, o.s.b. , dans Collectanea Cistenciensia 56 (1994) p. 291-314.

Urbs monastica : from Locus terribilis to Visio pacis, par Joël Letellier, o.s.b. , dans Word and Spirit 16, St Bede's Publications (USA - Massachusetts), p. 27-53.

La pureza de corazon en los Padres del desierto, par Joël Letellier, o.s.b. , dans Cuadernos Monasticos 107 (1993) p. 509-536.

La pureté du coeur chez les Pères du désert, par Joël Letellier, dans La Vie spirituelle t. 146 n° 701 (1992) p. 453-481.

Origène, "homme de l'Eglise", par dom Joël Letellier, dans Le Monde Copte 20 (1992) p. 63-69.

 

"Origen, a church-lover" : The auctor invites us to discover Origen's true faith towards the Church : for this purpose, he guides us through the writings of some European theologians who, by placing Origen within his historical context, clean his teachings from all suspicion of heresy. Origen appears then as a IIIrd century theologian very keen to dedicate the whole intelligence of his faith to his Church whom he knows to be still young. He deals with its dogmatic foundations both with humility and with a great fidelity to Christ's word.

Origène

Dom Joël Letellier, Le Logos chez Origène, dans la Revue des Sciences Philosophiques et Théologiques (RSPT) 75 - 4 (1991), p. 587-611.

 

Résumé : La notion origénienne du Logos, en lien d'ailleurs pour une part avec celle de la Sagesse, n'est pas en tous points originale. Elle reprend à son compte bon nombre d'éléments antérieurs, notamment johanniques, et se trouve évidemment tributaire du milieu alexandrin, d'où elle est issue. Cependant, la théologie du Logos développée par Origène rend manifeste son indépendance par rapport à certaines conceptions, par exemple celle de Philon. Pour Origène, le Logos est vraiment médiateur et non simple être intermédiaire, et sa sotériologie est tout entière centrée sur cette médiation essentielle du Logos. Bien qu'entachée de quelques insuffisances, facilement compréhensibles chez un tel pionnier, cette théologie du Logos donne en tout cas à l'ensemble de l'oeuvre origénienne une cohérence remarquable et débouche à la fois, parce que les notions de participation et de liberté sont clairement exprimées, sur une très belle anthropologie et sur la plus authentique des mystiques.

 

Plan :

 

Introduction

I. Le Logos : une appellation parmi d'autres

II. Les dénominations ou épinoiai du Fils

III. Pourquoi la Sagesse avant le Logos ?

IV. La Sagesse, épinoia principale

V. Le Logos, seconde épinoia

VI. Les rapports entre le Père et le Fils

   1) Le Père en tant qu'Origine

   2) La génération du Fils

   3) Le subordinatianisme d'Origène

VII. L'incarnation du Logos

   1) La Parole-Logos incorporée dans l'Ecriture

   2) Le Logos incarné

   3) La participation à la victoire du Logos

Conclusion

Dom Joël Letellier, Le thème du voile de Moïse chez Origène (Exode 34, 33-35 et 2 Corinthiens 3, 12-18), dans la Revue des Sciences Religieuses 62-1 (1988), Strasbourg, p. 14-26.

 

Résumé : Quelle importance Origène accorde-t-il au symbolisme du voile de Moïse ? En considérant l'interprétation qu'il en donne dans ses commentaires et au cours de ses homélies et en constatant la fréquence avec laquelle il revient sur ce thème, force est de déclarer qu'il ne s'agit pas là pour lui d'un point de détail. C'est tout le problème de la compréhension des Ecritures en lien avec le processus de conversion qui est soulevé. Les Juifs, faute de se convertir au Christ, ont un voile sur les yeux et ne savent pas lire les Ecritures. Les chrétiens négligents, au coeur obscurci par le péché, ont également un voile d'ignorance qui les empêche de comprendre la Parole de Dieu. Pour comprendre les choses spirituelles, il faut soi-même être un spirituel et, pour l'être, il faut fixer son regard intérieur sur la Parole-Logos et y conformer sa vie. Ce n'est qu'à cette condition que le voile peut disparaître. C'est en fait à propos de ce thème du voile de Moïse qu'Origène affirme le plus clairement la causalité réciproque qui existe entre la juste compréhension des Ecritures et la véritable conversion, causalité réciproque qui sous-tend toute la dynamique origénienne.

Joël Letellier, Origene, uomo della Chiesa, dans La Scala 39 (8-9), 1985, p. 201-211.