N° 39 – Le mardi 18 décembre 2018

 

Le manteau partagé de Saint Martin

 

Lettre aux oblats n°21

 

 

Saint Martin,

Priez pour nous !

 

 

Abbaye Saint-Martin

F – 86240 Ligugé

05 49 55 21 12

 

« Dans la mesure où vous l’avez fait

à l’un de ces plus petits de mes frères,

c’est à moi que vous l’avez fait »

(Mt 25, 40)

 

Le partage du manteau : le mot du P. Joël

 

Chers Oblats et amis,

 

La dernière Lettre aux oblats date du 15 août 2018. Nous voici maintenant dans le temps privilégié de l’Avent et dans quelques jours, ce sera Noël. Que cette Lettre aux oblats vous apporte nos souhaits les meilleurs pour fêter la sainte Nativité de notre Sauveur Jésus Christ !

 

Noël ne saurait être réduit à un événement commercial s’échelonnant sur plusieurs semaines occultant complètement l’essentiel. C’est autour de la sainte Famille que tout peut prendre sens et que la fête peut vraiment se déployer légitimement. Théologiquement, c’est bien le mystère par excellence de Dieu créateur qui se fait homme en Jésus, prenant notre condition humaine par amour pour nous, qui suscite notre étonnement, notre adoration, notre action de grâce et notre joie ! Dieu prend notre nature humaine en Jésus-Christ pour nous permettre de naître à la vie divine. Voilà l’enjeu que toute la tradition chrétienne ne cesse de proclamer et de chanter de multiples manières, surtout dans la liturgie, et qui doit résonner dans notre cœur par un amour reconnaissant et une joie profonde.

 

En l’octave de Noël, le 1er janvier, nous ouvrirons la nouvelle année avec la solennité de la Vierge Marie, Mère de Dieu. Nous la prierons intensément pour nous-mêmes et pour le monde et nous saurons lui confier toutes nos préoccupations. Mère de Jésus, Marie est aussi notre mère qui sait nous écouter !

 

En ce qui concerne les engagements dans l’oblature depuis l5 août, nous avons eu la grande joie d’avoir trois entrées et trois promesses.

 

En effet, à peine un mois après la promesse de Madame Françoise Leflaive, de Limoges, le 14 août 2018, déjà signalée dans la dernière Lettre aux oblats n° 20, ce fut le tour de deux de nos amis prêtres de déposer leur charte sur l’autel. Le P. Gaby Arcangelo Biagioni et le P. Jacques Poidevineau firent leur promesse d’oblats le 13 septembre 2018 en la fête de saint Jean Chrysostome et en la veille de la fête de l’Exaltation de la Sainte Croix. Une bonne trentaine de personnes, oblats ou amis, les entouraient. Tous deux, très émus comme nous tous d'ailleurs, ont donné un beau témoignage de leur foi et de leur engagement dans l'oblature. Ils avaient déjà eu l’occasion de se présenter lors de leur entrée dans l’oblature le 7 mars 2016 (cf. la Lettre aux oblats n° 14).

 

 Le 13 octobre 2018 avant les 1ères vêpres du dimanche, ce fut Madame Lolette Willemin, de Royan, qui fit sa promesse d’oblature, bien entourée pour l’occasion par ses fidèles amis dont le Docteur Jean-Louis Faure et son épouse Line. Avant de devenir une fidèle de notre abbaye et bienfaitrice de notre bibliothèque, Madame Lolette Willemin fréquentait assidument la communauté des bénédictines de Maumont où elle avait bien connu le regretté P. Charles Carreer, moine de Clervaux, qui était alors leur aumônier.

 

En la solennité de la Toussaint, le 1er novembre 2018, Mademoiselle Cindy Baillargeau fit son entrée dans l’oblature. Jeune aveugle de 22 ans venant d’Angoulême, étudiante en histoire à Poitiers, elle était comme de coutume accompagnée par Monsieur Pierre Jules, un bénévole qui est devenu son ange gardien et son chauffeur pour la conduire bien souvent à Ligugé où tous les deux trouvent la paix du cœur, assidus aux offices liturgiques autant qu’il leur est possible. Une trentaine de personnes les entouraient pour l’occasion.

 

Enfin, tout récemment, le 8 décembre 2018, en la solennité de l’Immaculée-Conception de la Vierge Marie, Maître Pierre-Olivier Callaud et son épouse Marie-Ange firent ensemble leur entrée dans l’oblature de Ligugé. Tous les deux se sont beaucoup donnés dans l’Ordre de Malte et ont voulu se rapprocher de l’abbaye pour approfondir leur vie chrétienne à la lumière des enseignements de la Règle de saint Benoît.

 

Les 23, 24 et 25 novembre, nous avons eu les journées de l'oblature avec une petite trentaine de participants. Le vendredi 23 novembre, nous avons échangé sur différents sujets et le lendemain samedi 24 novembre, nous avons continué la lecture commentée de la Règle de saint Benoît aux chapitres 35, 36 et 37 puis, le dimanche 25, nous avons étudié le chapitre 38 sur "le lecteur de semaine".

 

Le samedi 24 novembre à l'issue de la conférence de 16h, les oblats ont été conviés à l'exposition organisée par notre calligraphe Jane Sullivan qui a fini son très beau travail de copiste. Le psautier est maintenant intégralement calligraphié et orné et une souscription est ouverte en vue de l'édition. Ce sera un très beau livre d'art. Pour tout renseignement, on peut contacter l’artiste par mail : licorne@calligrafee.com

 

Les prochaines journées de l’oblature sont prévues les 3-4 et 5 mai 2019. Comme d’habitude, il y aura d’abord le vendredi 3 mai à 16h une réunion informelle où nous échangerons librement sur des sujets divers puis le samedi 4 mai, à 10h30 et à 16h, nous continuerons l’étude la Règle de saint Benoît à partir du chapitre 39. Enfin le dimanche 5 mai, vers 11h45, il y aura encore un entretien peu après la messe.

 

L’hôtellerie continue d’être en plein chantier de rénovation. Jusqu’à Pâques 2019 environ, le nombre de chambres disponibles est très réduit et le résultat sera, nous l’espérons tous, une belle hôtellerie totalement transformée ! N’étant plus hôtelier et n’ayant plus accès au planning de l’hôtellerie, je ne peux plus vous signaler les groupes qui sont venus mais ils sont en bien moins grand nombre que ces dernières années.

 

Comme je l’avais annoncé dans la dernière Lettre aux Oblats, après l’interruption de l’année 2018 à cause des travaux de l’hôtellerie, la retraite, ouverte à tous, traditionnellement placée à la fin du mois de juillet aura à nouveau lieu en 2019. La prochaine retraite, que nous projetons donc, du 22 au 27 juillet 2019, aura pour thème :

 

Les Pères cappadociens :

Basile de Césarée (v 330-379), Grégoire de Nazianze (v 330-390)

et Grégoire de Nysse (v 340-v 394).

Trois grands acteurs orientaux

de la vie ecclésiale, théologique et spirituelle du IVème siècle.

 

Les conférences seront au nombre de 12, du lundi au samedi compris, celles du matin auront lieu à 10h30 et celles de l’après-midi à 16h30. Vous pouvez déjà retenir ces dates et commencer peut-être à vous inscrire à l’adresse de l’hôtellerie : accueil@abbaye-liguge.com. Une fiche d’inscription a été jointe à la Lettre aux oblats n° 20. Elle est disponible sur le site www.joel-letellier.fr à l’onglet ‘actualités’.

 

Le 16 septembre 2018, ce fut la journée du Patrimoine. Comme chaque année, tous les quarts d'heure, un moine prend en charge un groupe de visiteurs et le fait circuler dans l'abbaye. Pour la seule après-midi du dimanche, on a compté environ 600 visiteurs qui ont profité de cette occasion annuelle pour entrer dans les lieux monastiques. Avec ceux qui étaient déjà venus le samedi, on estime à près de 800 les personnes ont visité le monastère en ces deux jours.

 

Du 5 au 10 novembre, notre retraite communautaire a été prêchée par le Père Abbé émérite d’En Calcat, Dom André-Jean Demauge (abbé d’En Calcat de 1996 à 2009). La solennité de Saint Martin, le dimanche 11 novembre, a été célébrée comme chaque année en l’église paroissiale en présence des autorités civiles et militaires. En raison du centenaire de l’armistice de la guerre de 14-18, la célébration a revêtu un caractère particulier. C’est le P. Thierry de Mascarel, curé de la paroisse, qui a donné l’homélie que vous pourrez lire ci-après.

 

Le 15 et le 16 décembre, ont séjourné à l’abbaye une quinzaine de membres d’une équipe « Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens » (EDC), de Charente-Maritime, conduits par le Dr Olivier Dubois, psychiatre et directeur des cliniques Villa du Parc et Hippocrate de Saujon et président de la Société Française de Médecine Thermale, à qui j’ai donné quelques heures de conférences et entretiens dans une ambiance studieuse et bien sympathique.

 

Notre Père Abbé émérite, dom Jean-Pierre Longeat, revient tout juste d’un voyage en Chine. Après le vol direct Paris-Pékin, il a gagné Taiwan puis de nouveau Pékin et ensuite Jilin en Manchourie, Chengdu au Sichuan, Shanghai et Hong Kong. Visitant de nombreux groupements et communautés en tant que président de l’A.I.M. (Alliance Inter-Monastères), il nous a déjà livré une bonne part de cette riche expérience qu’il vient de vivre et a encore beaucoup de chose à nous raconter.

 

De mon côté, je ne me suis pas déplacé aussi loin mais tout simplement à Paris et en Normandie pour quelques rencontres et sessions. Notamment à Bayeux, à l’occasion du vingtième anniversaire de la création du STIM (Studium Théologique Inter-Monastères) dont j’ai été le directeur de 1998 à 2014. C’est donc du 15 au 20 octobre 2018 qu’une rencontre des Anciens du STIM a été organisée chez les Bénédictines de Bayeux avec l'intervention, entre autres, de Madame Elena Lasida, de Madame Nathalie Nabert, toutes deux professeurs à l’Institut Catholique de Paris, et de Mgr Jean-Claude Boulanger, évêque de Bayeux et Lisieux, sur le thème global : « Comment dire le Christ à notre monde actuel par notre vie monastique ? ». Nous avons eu le privilège insigne de pouvoir nous rendre au carmel de Lisieux, de nous recueillir sur les lieux thérésiens et d’y célébrer l’eucharistie. Il faut dire que plusieurs carmélites de Lisieux ont suivi leurs études au STIM, ce qui nous a valu un accueil spécifique.

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A Paris, en novembre, j’ai participé à une rencontre fédérale des prieures bénédictines du Saint-Sacrement et, du 27 novembre au 4 décembre, j’ai prêché la retraite à Amailloux près de Parthenay pour les Sœurs de la Fraternité Marie Immaculée. Ce furent de très beaux jours de prière et d’échanges dans un bon climat fraternel, de joie et de paix.

 

Continuons à bien prier les uns pour les autres, pour ceux qui nous ont quittés et pour nos malades. Beaucoup d’entre nous ont été dans la peine ou sont touchés de près par des deuils, des souffrances physiques ou morales.

 

Nous avons appris avec peine le décès du P. Charles Carreer, de l'abbaye Saint-Maurice et Saint-Maur de Clervaux, au Luxembourg, le 22 septembre 2018. Certains le connaissaient bien car il avait été pendant 20 ans aumônier des bénédictines de Maumont et était revenu à Clervaux en 2012. Né le 18 mars 1930, il avait fait profession le 28 décembre 1950 et avait été ordonné prêtre le 22 septembre 2018. Ses obsèques ont eu lieu le mardi 25 septembre. Nous le portons dans notre prière.

 

C'est avec beaucoup de tristesse que nous avons appris le décès de David Beaufrère (43 ans), né en 1975, entré dans l'oblature de Ligugé le 1er février 2015, ayant prononcé sa promesse le 14 février 2016. Il est décédé le mercredi soir 14 novembre 2018. La messe des funérailles a été célébrée le mercredi 21 novembre à 10h30 en l'église de Le Pont-Chrétien-Chabenet (Indre) et l'enterrement a eu lieu au cimetière de Thénay. Nous assurons sa famille, particulièrement son père, sa marraine, et tous ses amis, surtout Didier et Marie-Pierre Bléron, de notre soutien dans une même prière. David devait nous rejoindre à Ligugé le vendredi 23 novembre pour les journées de l'oblature.

 

Prions pour la paix dans le monde, pour la paix sociale dans notre pays, pour les victimes des attentats, pour les chrétiens d’Orient qui ont tout à reconstruire avec la crainte de nouvelles persécutions. Que la grâce de Noël illumine le monde de la miséricorde et de la tendresse de notre Sauveur !

 

 

 

Centenaire de l’armistice de la guerre de 14-18

 

 

Solennité de Saint Martin à Ligugé, le dimanche 11 novembre 2018

Homélie du P. Thierry de Mascarel

 

Le P. Thierry de Mascarel est le curé de la paroisse Saint-Martin en Poitou (20 600 habitants) et réside au presbytère de Ligugé. Son homélie est bien évidemment une évocation de circonstance en raison du centenaire de l’armistice de 1918 et aussi parce que la grande guerre a affecté durablement sa propre famille : sa grand-mère, mariée six mois avant la déclaration de la guerre, devint veuve à 27 ans en 1917. En 1920, elle s’est remariée avec le frère de son premier mari, lui-même invalide de guerre, grand-père du P. Thierry. On comprend l’impact de la guerre dans la mémoire familiale, dans sa propre famille comme dans tant et tant de familles.

 

Autour de la grande guerre : une victoire à quel prix ?

 

Arrivée des délégations le 8 novembre dans la clairière dite de l’armistice, sur la commune de Rethondes, en forêt de Compiègne, sur un saillant au confluent de l’Oise et de l’Aisne que l’armée Allemande n’a pas franchi, à 75 kilomètres de Paris.

 

Conditions de l’armistice : 3 jours pour réfléchir.

 

Le 11 novembre, à 5h15 du matin, l'armistice est signé avec une application sur le front fixée à 11 heures du matin et ce pour une durée de 36 jours qui sera renouvelée trois fois.

 

Traité de Versailles, le 28 juin 1919. La victoire ! La victoire d’une armée contre une autre, d’une nation contre une autre.

 

En France, de nos jours, nous sommes davantage dans une condamnation de la guerre. Il y a une sorte de victimisation du héros. Il n’y pas, en effet, de célébration du héros combattant, vainqueur : nous rendons hommage aux morts, à ceux qui se sont sacrifiés. Sans doute depuis l’échec de l’armée française en 1940, le regard qui est porté sur l’histoire militaire s’est transformé : nous sommes passés d’une histoire de bataille à une histoire anthropologique : on s’est intéressé à d’autres aspects, comme la vie dans les tranchées, la vie à l’arrière, etc.

 

Mais aujourd’hui, 100 ans jour pour jour après l’armistice, rendons justice à l’armée française, qui reste l’artisan principal de la victoire.

 

On l’oublie souvent, mais les Américains étaient équipés de matériel français, du matériel retiré à l’armée française. Dans la brigade de chars du général Patton, il y avait un tiers de Français.

 

La France porta l’effort principal de l’année 1918 ; c’est elle qui sauva l’armée britannique en mars 1918, c’est elle qui ensuite supporta pratiquement toutes les charges des offensives allemandes, et dans un troisième temps, l’armée française se réengagea massivement, à l‘automne 1918, en participant activement à la contre-offensive.

 

Oui, il ne faut pas oublier que les soldats, ces membres de nos familles sont les artisans de la victoire. Mais, avec le recul du temps, n’oublions pas le lourd tribut consenti pour obtenir la victoire.

 

La France a été le terrain des principales batailles. La première guerre mondiale est une guerre d’artillerie lourde, du jamais vu auparavant ! En France, la production d’obus a été multipliée par vingt en quatre ans : de 12 000 par jour en septembre 1914, elle s’élève à près de 260 000 à l’issue du conflit.

 

- 1 milliard d’obus tirés encore présents dans les sols…

- Et les pertes humaines : 9 à 10 millions de morts dont 1,4 million à 1,5 million de soldats morts pour la France sur 7,8 millions de mobilisés soit 18% des soldats mobilisés : 1 soldat sur 5.

- La moitié des jeunes Français nés en 1894 et donc âgés de 20 ans en 1914 ont disparu à l'issue du conflit. - Le nombre de soldats morts des suites de leurs blessures s’élève à environ 500 000 tandis que la grippe fit 200 000 morts supplémentaires en France.

- 388 000 soldats furent mutilés : des hommes âgés de 19 à 40 ans. Alors que la reconstruction du pays nécessitait un énorme travail, leur invalidité limitait la main-d’œuvre disponible et constituait une charge financière du versement de pensions par l’État.

- L'Union des Blessés de la Face et de la Tête (UBFT), " Les Gueules Cassées " est une association créée en 1921 : 15. 000 Gueules cassées. Dans les années 70, il y avait encore des tirages de loterie pour les « Gueules cassées » ; il y avait aussi dans les trains des places réservées aux mutilés de guerre.

- Plus d’un demi-million de jeunes veuves de moins de 45 ans et environ un million d’orphelins.

- Le nombre de naissances a été réduit de 800 000 à 400 000 par an, ce qui a créé des « classes creuses » faisant de la France le pays le plus âgé du monde en 1939, un pays qui ne retrouvera sa population de 1913 que vers 1950.

 

Une victoire mais à quel prix ? Une guerre qui a ruiné la France et les pays d’Europe. Une guerre qui a laissé des traces profondes dans la vie des familles.

 

Quelques considérations sur la guerre ?

 

Clausewitz écrivit dans son traité de stratégie militaire, De la guerre : « La guerre est un acte de violence dont l’objet est de contraindre l’adversaire à se plier à notre volonté. »

 

La guerre est objet de lectures, d’interprétations.

 

Il y a dans l’histoire de l’humanité ces temps quasi compulsifs de volonté de domination de l’autre, de s’approprier ses biens où lui-même, voire de l’anéantir. L’holocauste des juifs en est l’illustration la plus éminente.

 

La Bible elle-même nous montre dès le premier Livre le meurtre du frère. La racine de la guerre est toujours la peur de l’autre, la peur du voisin, la peur de manquer, la peur de la différence, la peur de l’inconnu, la jalousie.

 

La guerre, toute forme de guerre, constitue le malheur le plus grave qui soit pour les hommes parce que ce sont des hommes qui l’infligent à d’autres et parce qu’elle laisse des traces dans les esprits et dans les mémoires pendant des générations, qu’elle détruit les routes, les villes, les campagnes, les corps et sème dans les cœurs le désir de vengeance, la rancœur, la haine.

 

Nous sommes toujours devant ce scandale de la guerre.

 

Nous sommes toujours devant le spectacle si proche des guerres. Qu’elles soient civiles ou régionales, rien ne diminue leur horreur. S’y ajoute de nos jours la crainte de l’autodestruction de l’humanité, dont nous savons qu’elle est possible si nous ne veillons pas tous activement, voire d’une guerre diffuse et permanente avec un terrorisme dont les acteurs peuvent être désormais nos propres voisins, dont les terrains d’actions sont n’importe où et les victimes sont n’importe qui.

 

Alors comment la paix ?

 

La paix ?

 

Notre propos, à nous qui avons grandi dans la paix, ne peut qu’être modeste puisque nous n’avons vécu aucune guerre sur le territoire français ni connu aucun de ces régimes de guerre que nous nommons totalitaires.

 

Au préalable, le souvenir de la grande guerre comporte un acte de gratitude envers tous ceux qui sont morts pour que notre pays reste libre et en paix. La France continue de vouloir cette liberté et cette paix, toujours fragile et jamais définitivement assurée.

 

100 ans après l’armistice de 1918, nous sommes appelés à promouvoir la paix. La paix demande le dialogue, la négociation, l’effort vers la justice. Et tout le travail des diplomates, des géopoliticiens et économistes a son importance.

 

Mais la paix a aussi une dimension spirituelle : les hommes ne sont pas que des êtres de raison et de pensée, ce sont des êtres de passion et de pulsion, et tout cela entre en jeu dans la guerre comme dans la paix.

 

Ces énergies spirituelles ont une force considérable, parfois très ambiguë. Nous savons bien que Dieu ne devrait pas être revendiqué, récupéré, pour des causes redoutables comme nous le voyons encore aujourd’hui.

 

Convenons qu’aucune tradition spirituelle n’est à l’abri de tels détournements, qui se traduisent par des idéologies tranchantes, des oppositions systématiques, des violences monstrueuses.

 

C’est un appel à créer des occasions de dialogue entre spiritualités. C’est un chemin exigeant, car il ne s’agit pas de tout relativiser, mais d’apprendre loyalement à discerner en nous et entre nous ce qui nous jette les uns contre les autres et ce qui nous met en communion.

 

Promouvoir la paix, c’est une réalité concrète. Celui qui s’engage en faveur de la paix doit commencer par la construire en lui-même. Il n’est pas possible d’être un artisan de paix si, en moi-même, je ne suis pas en paix. Et le premier ennemi de la paix, c’est cette attitude intérieure qui fait que je n’aime pas l’autre, qui fait que je veux écraser l’autre, que je ne le respecte pas, avec ces appétits de pouvoir et de puissance qui parfois nous habitent.

 

C’est un appel à la réconciliation, au pardon. Il passe par la reconnaissance des torts, des dérapages d’une cruauté inouïe parfois, mais quand le pardon est loyalement vécu, il constitue le point capital de toute paix authentique et durable.

 

En effet, les relations humaines sont faites de ces réconciliations, où le violent n° 1 demande pardon au violent n° 2, qui lui donne le pardon.

 

Pardonner…

 

« Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu'un commet un meurtre, il en répondra au tribunal. Eh bien moi, je vous dis : tout homme qui se met en colère contre son frère en répondra au tribunal (…) Si tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, va d'abord te réconcilier avec ton frère… » (Mt 5, 20-24)

 

Pardonner comme Jésus lui-même a pardonné.

 

Le Pape François rappelait cette année, lors de la fête de Pâques : « Le Christ avec sa mort et sa résurrection, a vaincu le péché qui séparait l’homme de Dieu, l’homme de lui-même, l’homme de ses frères (…) Il a rétabli la paix, commençant à tisser la toile d’une nouvelle fraternité (…) Seule cette fraternité peut garantir une paix durable, peut vaincre les pauvretés, peut éteindre les tensions et les guerres, peut extirper la corruption et la criminalité. »

 

Lui, Jésus le Christ, est Celui qui a subi la violence absolue. Il est celui qui a demandé pour nous et à notre place le pardon, et il a terrassé à la racine l’origine de la violence, nous donnant les énergies voulues pour ne pas laisser triompher cette violence en nous et entre nous...

 

A la suite du Christ qui invite au pardon et qui lui-même pardonne, s’engager en faveur de la paix c’est découvrir qu’elle n’est jamais acquise et qu’elle appelle des sacrifices : d’abord le sacrifice de notre ‘ego’ ; mais ensuite des sacrifices plus lourds qui peuvent aller jusqu’au don de la vie. Il y a une attitude noble et vertueuse chez tous ceux qui ont offert leur vie pour défendre un pays, une nation, un peuple, pour défendre notre liberté.

 

Puis-je rappeler saint Martin, légionnaire romain, a donné la moitié de son manteau pour couvrir un pauvre ? C'est-à-dire qu'il a donné tout ce qui lui appartenait. En effet, Rome finançait la moitié de l'équipement militaire des légionnaires. De même les soldats en 14-18 ont tout donné. Ils ont donné leur vie pour notre liberté.

 

Ce matin, 100 ans jour pour jour après l’armistice du 11 novembre 1918, à travers cette messe, nous leur rendons hommage. Le don de leur vie n’est pas oublié. C’est grâce à eux qu’un avenir a été offert à notre pays.

P. Thierry de Mascarel

 

 

 

 

Le scandale du mal

 

Abbaye Saint-Martin de Ligugé, le dimanche 30 septembre 2018

Homélie de Mgr François Favreau, évêque émérite de Nanterre

(Année B ; Nb 11, 25-29 ; Jc 5, 1-6 ; Mc 9, 38-43.45.47-48)

 

Les causes de scandales aujourd’hui

 

Dans l’évangile de saint Marc, pendant la montée à Jérusalem de Jésus avec ses disciples et des groupes divers, nous en sommes à la seconde annonce de la passion. Le Maître les enseigne : « Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et trois jours après sa mort, il ressuscitera » (Mc 9, 10-32).

 

D’une certaine façon, les disciples n’étaient pas en mesure de comprendre car le Messie auquel ils pensaient était étranger à tout ce qui leur était dit. Saint Marc écrit : « Les disciples ne comprenaient pas ces paroles et ils avaient peur de l’interroger » (Mc 9, 32).

 

Dans cette séquence du récit de saint Marc, nous trouvons le « Qui est le plus grand ? » commenté dimanche dernier, la réaction des Douze contre un intervenant qui n’est pas des leurs : ils veulent l’empêcher de parler. Jésus dit : « Qui n’est pas contre nous est pour nous ! ». Vient alors le passage qui a trait au scandale. Les causes de scandales aujourd’hui sont multiples : pédophilie de prêtres et de hauts responsables de l’Eglise, violences faites aux femmes et aussi violences sans autres motifs qu’elles-mêmes, l’hostilité contre les migrants, des injustices faisant la loi dans le monde des affaires, etc.

 

Revenons aux affirmations de Jésus sur ceux qui sont un scandale, une occasion de chute pour un seul de ces petits qui croient en moi….

 

Un itinéraire pour affronter l’épreuve du mal

 

Je m’inspire de la Lettre aux Catholiques de France, « Proposer la foi dans la société actuelle » (ch. 2 §1).

 

Ayons le courage de prendre la mesure du scandale du mal sans nous laisser submerger par la marée noire des détresses humaines.

 

« Le mal est aujourd’hui omniprésent, banalisé, parfois dénié ou travesti. Médiatisé, il déferle en permanence. Multiple, il dépasse en horreur ce que l’on croyait indépassable. Il provoque des réactions de culpabilité et d’impuissance »

 

Nous découvrons qu’il y a une tendance à faire porter aux religions le poids de certains de ces drames.

 

Le mal ne vient pas d’ailleurs. Il ne surplombe pas la terre. Le mal est de notre histoire, dans notre monde. Pour nous délivrer du mal, Dieu, en Jésus Christ, épouse la condition humaine. Le chemin pascal qu’il ouvre, libère de l’enchaînement du mal et ouvre sur une vie renouvelée. Une vie ressuscitée !

 

Impossible de fuir la question du péché. L’homme peut faire ce qui est mal, usant de sa liberté d’une manière mauvaise. Tout n’est pas le fruit de conditionnements. Tout n’est pas la faute des autres.

 

Dans ce monde marqué par le mal, la Croix inscrit la logique d’un Amour désarmé qui crée un monde réconcilié.

 

Lorsque des enfants sont tués, lorsque des enfants sont exploités, lorsque des enfants sont utilisés comme moyen de plaisir, lorsque l’innocence est bafouée, torturée, nous nous demandons « Comment cela est-il possible ? Comment Dieu peut-il permettre cela ? »

 

Lorsque des catastrophes anéantissent des populations, lorsque des guerres jettent sur les routes de l’exil des centaines de milliers de personnes, lorsque le profit excessif des uns engendre la détresse des autres, nous nous demandons comment « Comment cela est-il possible ? Comment Dieu peut-il permettre cela ? »

 

Faisons place, en nous, à la révolte, aux cris, aux pleurs, à l’incompréhension, aux appels de détresse, non pour nous enfermer dans le désespoir ni pour nous donner bonne conscience ni encore pour fuir l’urgence de certains engagements. Mais simplement parce que nous prenons la mesure des souffrances des hommes. Parce que, ainsi, nous entrons dans la colère de Dieu face à nos misères et à nos désordres dus souvent au non-respect des lois vitales inscrites dans la création.

 

Voir et nommer le mal

 

Impossible de guérir ce qui n’est pas diagnostiqué comme maladie, impossible de sauver ce qui n’est pas reconnu comme en danger, impossible de se convertir là où il n’y a aucune conscience des péchés commis.

 

Il nous est demandé d’avoir le courage de voir et de nommer le mal. Non comme on jetterait une insulte à quelqu’un qui en est responsable mais comme on ose dire qu’il y a des choses qui détruisent l’homme et blessent Dieu. Nous sommes dans une société qui nie le mal en aseptisant le vocabulaire : l’adultère est une aventure, les licenciements un dégraissage, le vol une appropriation abusive, l’avortement une interruption volontaire de grossesse, ou bien qui le nie en lui donnant des explications qui libèrent les personnes de leur responsabilité.

 

Il y a également un aveuglement, plus ou moins volontaire, sur les conséquences de comportements qui sèment le malheur. Nous avons à « dénoncer le mal » ce qui, aujourd’hui, ne va pas sans mal (dénoncer le mal et annoncer le bien !).

 

Accepter d’être blessés par le mal et la détresse

 

Nous avons à nous défendre de tout voir en noir. A nous défendre de l’enfermement dans ce mal qui atteint tant de monde. Mais nous avons à risquer notre visage et à tenir nos cœurs accessibles. La rencontre du mal blesse. Des blessures qui laissent des cicatrices.

 

Dans cette attention sachons voir que le mal ne dit pas tout le réel, faisons en sorte, pour ce qui dépend de nous, que le mal ne devienne pas fatalité, gardons à la joie droit de cité car c’est aussi de cette joie dont les êtres marqués par la souffrance ou par le mal ont besoin. A une condition : que cette joie ne s’étale pas et qu’elle leur paraisse ouverte.

 

Renoncer au péché et à tout ce qui conduit au péché

 

Volontiers, je remets en valeur, dans la célébration du baptême, cet engagement qui précède la profession de foi. Nous constatons l’incohérence de nos contemporains victimes ou responsables du mal. Ils condamnent le malheur du temps et, cependant, ils contribuent, au nom de la liberté, à vivre « dangereusement » au regard de ce mal endémique. Comme s’ils dénonçaient une épidémie tout en continuant à en produire les causes !

 

Affronter l’épreuve du mal, c’est, pour une part, renoncer à ce qui produit ce mal. Nous ne pouvons pas faire l’économie du sacrifice : ne pas tout se permettre, ne pas tout revendiquer ou tout garder pour soi. Cela réclame une véritable ascèse.

 

Témoigner que la souffrance peut être sauvée et peut sauver

 

De toutes choses, Dieu peut faire sortir quelque chose de bon et, face à toutes détresses. Dieu appelle et envoie ceux et celles qui savent dire : « Me voici ! ».

 

Rendons grâce pour tant et tant de dévouements des hommes et des femmes que nous connaissons.

 

Mgr François Favreau

 

 

 

Solennité du Christ, Roi de l’univers

 

 

Homélie du P. François Cassingena à Ligugé, le dimanche 25 novembre 2018

(Année B ; Da 7, 13-14 ; Ap 1, 5-8 ; Jn 18, 33b-37)

 

INRI

 

« Iesus Nazareus Rex Iudeorum » (Jn 19, 19)

Jésus le Nazaréen, Roi des Juifs

 

Les amoureux inscrivent parfois leurs noms sur l’écorce des arbres. Le fils de Dieu a inscrit le sien sur le bois de la Croix.

 

« Dieu a tant aimé le monde ».

 

Le face à face. M’aimes-tu ? Un peu, beaucoup, à la folie. La folie de la Croix, folie de l’amour plus sage que la sagesse des hommes.

 

« Ecce Homo ». Voici l’Homme. L’Homme devant nous, devant Pilate, dans cette rencontre historique qui est au cœur de notre foi, de notre Credo. « Cruxifixus etiam pro nobis sub Pontio Pilato ».

 

Face à face historique. Je suis le représentant de César sous-entend l’un ; « Qui me voit, voit le Père » a dit l’Autre.

 

Face à face entre Pilate et Jésus.

Face à face entre le lieutenant de César et l’Image du Dieu invisible.

Face à face entre l’Empire et le Royaume.

Face à face entre Rome et l’Amour.

Face à face entre l’ordre romain et l’Ordre de la Charité.

Face à face entre la raison d’état et le Logos par qui tout a été fait.

Face à face entre la gloire du monde et la Gloire du Père.

 

Moment de conjonction unique entre l’astre temporel et la Lumière née de la Lumière.

 

Moment de tangence entre l’histoire et Celui qui transcende.

 

Celui qui n’a ni titre, ni diplôme, ni papiers, se présente devant l’administration bureaucratique.

 

Moment de comparution, car l’un parait devant l’autre, et tous deux, pour une fois, paraissent ensemble.

 

La fête de Christ-Roi n’est pas celle d’un royaume mondainement établi, mais la fête de cette tangence exceptionnelle (et pourtant maintes fois répétée dans le menu de l’histoire et de la vie ordinaire) entre le temporel et ce qui le dépasse et le juge.

 

Nous avons pu rêver, nous pouvons encore rêver parfois…

 

Nous avons pu rêver, l’on a en effet rêvé d’une espèce de pré-carré temporel, bien assis, pour le Christ.

 

Nous avons pu rêver, nous pouvons encore rêver parfois, d’établir un royaume temporel du Christ, qui serait en réalité le nôtre, sous prétexte de Jésus-Christ. Mais Jésus-Christ n’en veut pas. « Fugit in montem ipse solus » (Jn.6,15). On ne peut pas faire Jésus-Christ roi dans le dessein subtil de se faire roi – socialement roi – sous prétexte de lui, à propos de lui.

 

Dans la rencontre de Jésus et de Pilate, il y a une disproportion entre les deux partenaires.

 

Jésus demeure foncièrement étranger pour Pilate. « D’où es-tu ? »

 

Disproportion et étrangeté : caractère du christianisme dans lequel il nous faut persévérer à notre tour. Etrangeté, nouveauté radicale du christianisme par rapport au monde.

 

Inutile pour nous de chercher à être à égalité avec Pilate, ou à avoir l’avantage numérique, politique : notre vocation, c’est de partager avec Jésus ce qu’il a d’étrange, d’étranger, de disproportionné, d’incommensurable. C’est dans cette royauté-là – étrange, naïve – que Jésus nous donne rendez-vous.

 

Etrange, et cependant ami : car Jésus est certainement plus ami de César que ceux qui veulent sa mort.

 

Il y a un « Ecce Homo » de Jésus face à Pilate : il y a un « Ecce Homo » de Pilate face à Jésus.

 

Face à Jésus, Pilate apprend, commence à redevenir un homme : l’officiel tombe et l’homme apparait. L’homme avec ses questions, son inquiétude fondamentale : « qu’est-ce que la vérité ? » Jésus, qui est né pour rendre témoignage à la vérité, invite Pilate à retrouver en lui, enfoui, sous l’apparat de l’officialité, son propre acte de naissance.

 

Il l’invite à naître, comme Nicodème : « Nul ne peut voir le royaume de Dieu s’il ne renait d’en haut ».

 

Le Royaume n’est pas idéal, il est eschatologique.

 

Qu’on ne fasse pas le Christ trop petit, réduit à une époque, à une civilisation. Il faut qu’il se présente à moi, plus grand que le monde pour que je l’adore : sinon j’adorerai le monde lui-même.

 

Certains aménagements, certaines configurations de choses temporelles, apparemment plus inspirées par le christianisme, peuvent bien éveiller en nous la nostalgie : aucune « chrétienté » au sens temporel, social, culturel, ne saurait se confondre avec le Royaume. Le Royaume n’est pas idéal, il est eschatologique. Nous pouvons, nous devons travailler chacun selon sa vocation et sa place, à rapprocher du Royaume la figure de ce monde, à imprégner du Royaume la chair de l’histoire. Mais jamais nous ne pourrons annexer le monde au Royaume ; jamais nous ne pourrons coloniser ce monde sous prétexte du Royaume.

 

Le Royaume ne se confond avec aucune configuration politique, si réussie qu’elle nous paraisse.

 

Le Royaume du Christ est de l’ordre de la semence, de la promesse. Finalement, le plus proche du Royaume du Christ, du Christ-Roi, ce n’est pas Pilate mais le Larron : « Aujourd’hui-même, tu seras avec moi dans mon Royaume ».

 

L’Empire de Jésus-Christ est un empire de pendus. C’est dans notre mission, dans notre échec, dans notre condamnation, dans notre pauvreté, dans notre minorité même que Jésus Christ nous attend pour régner par Lui, avec Lui et en Lui.

 

C’est pourquoi il y a lieu d’espérer.

 

Aujourd’hui, nous le voyons autour de nous : le décor du christianisme est mort, mais le cœur du christianisme continue de battre. Mon Roi et mon Dieu. Notre cœur doit battre pour lui.

P. François Cassingena, osb

 

 

 

« Seigneur, à qui irions-nous ?

Tu as les paroles de la vie éternelle »

 

 

Homélie prononcée par le P. Joël Letellier à Ligugé, le dimanche 26 août 2018

21ème dimanche ordinaire (B) Jos 24, 1-18 ; Ep 5, 21-32 ; Jn 6, 60-69

 

 

Un assentiment intérieur, suscité par l’Esprit Saint

 

« Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ». Cette affirmation de foi, placée par l’évangéliste saint Jean sur les lèvres de saint Pierre est-elle aussi notre propre affirmation de foi ? Croyons-nous vraiment que le Christ a les paroles de la vie éternelle ? Croyons-nous vraiment que nul autre prophète ou devin ou maître à penser n’a pu, ne peut et ne pourra jamais nous donner un enseignement aussi salutaire avec une telle densité de vérité ?

 

Une telle affirmation de foi ne peut jaillir de notre cœur et de notre intelligence que parce que l’Esprit Saint nous l’inspire. Au-delà même des faits, des signes prodigieux accomplis par Jésus, au-delà de ses paroles empreintes de sagesse, d’humanité et de vraie charité, il y a, en nous et de notre part, un assentiment intérieur, suscité par l’Esprit Saint, qui nous fait adhérer à cette vérité fondamentale que Jésus est le Christ, le Messie, l’Envoyé de Dieu, Dieu lui-même, qui s’est fait l’un de nous, qui a pris notre condition mortelle pour nous donner sa vie éternelle.

 

« Nous croyons, et nous savons que tu es le Saint de Dieu ».

 

Oui, « Seigneur, à qui irions-nous ? ». Parce que Toi seul est Celui que des générations et des générations attendaient clairement ou confusément. Parce que Toi seul est Celui qui s’est donné pour que l’humanité puisse vivre. Parce que Toi seul est Celui qui, aujourd’hui encore et plus que jamais, peut nous désaltérer, nous nourrir vraiment, nous transformer du dedans pour que, avec Toi, nous puissions prendre le chemin de la vie et non le chemin de la mort. Avec la grâce de Dieu, faisons vraiment nôtres ces paroles de saint Pierre alors même que, de son temps comme de notre temps, beaucoup n’ont pas cru ou ne croient pas que Jésus soit vraiment Dieu parmi nous : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint de Dieu ».

 

Il y a là, incontestablement, un défi immense, un enjeu considérable, pour nous comme pour toute notre humanité, pour notre monde depuis le début de la création jusqu’à l’extinction de notre condition présente. Quel est donc le sens de notre vie ? D’où venons-nous et où allons-nous ? Quelle est donc, au-delà du hasard et de la nécessité, au-delà de toutes les conceptions matérialistes ou panthéistiques de l’univers, au-delà de toute superstition douteuse ou de toute élucubration trop humaine, quelle est donc cette Intelligence divine qui, par son dessein d’amour, a voulu et veut associer ses créatures humaines à sa vie divine ? Croyons-nous vraiment à ce dessein d’amour, à cette philanthropie de Dieu, pour notre humanité, pour chacun d’entre nous, en pure gratuité, par surabondance de vie divine ?

 

L’amour gratuit et inconditionnel de Dieu est un roc inébranlable, indestructible, immortel

 

Notre condition terrestre, notre condition charnelle et spirituelle d’hommes et de femmes exprime quelque chose de ce grand mystère d’amour. Les prophètes ont célébré l’Alliance entre Dieu et l’humanité sous le signe de l’alliance conjugale. La fidélité d’un Dieu Epoux ne pourra jamais faillir même si l’humanité considérée comme l’épouse se montre infidèle et volage. La fidélité de Dieu est invincible. C’est un roc inébranlable, indestructible, immortel comme la vie divine elle-même avec laquelle la fidélité ne fait qu’un. Voilà le roc de notre foi et de notre espérance théologale, la seule solidité où prend source toute relation humaine, toute charité, tout élan porteur de bonheur et de paix. L’amour gratuit et inconditionnel de Dieu est le premier mot de la création comme il est et sera le mot de passe qui nous ouvre et nous ouvrira les portes de la lumière et de la vie jaillissante.

 

La Lettre aux Ephésiens que nous venons d’entendre exprime ce mystère d’Alliance. « Ce mystère est grand : je le dis en référence au Christ et à l’Eglise ». Nous sommes, chacun pour notre compte et quelle que soit notre condition, l’épouse que l’Epoux ne cesse d’aimer, d’aimanter et de protéger, dans sa tendresse et son amour irrévocable. Vivons donc sous le regard de Dieu avec cohérence et action de grâces en reconnaissant que nous sommes bien en deçà, trop souvent, de ce que Dieu désire pour nous. Ayons confiance et que Dieu nous vienne en aide, car, du début jusqu’à la fin, c’est bien Dieu qui ne cesse de nous attirer à lui : « Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie (…) Personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père ».

 

Rappelons-nous avec bonheur les propos de Jésus lui-même rapportés par saint Jean au début de son évangile : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour condamner le monde mais pour que le monde soit sauvé par lui » (Jn 3, 16-17).

P. Joël Letellier,osb

 

 

 

"Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ?"

 

 

Homélie du P. Joël Letellier à Ligugé – Dimanche 14 octobre 2018

28ème dimanche ordinaire (B) Sg 7, 7-11 ; He 4, 12-13 ; Mc 10, 17-30

 

Suis-je inquiet pour mon salut ?

 

« Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? », voilà la question que pose cet homme à Jésus. Et il la pose vraiment en position de disciple avec un désir profond et sincère de connaître la réponse. On ne saurait douter de cette sincérité tant l’attitude de cet homme est plutôt celle d’un mendiant, d’une personne qui a besoin d’une guérison, qui implore dans l’urgence une réponse autorisée à sa question essentielle. « Jésus se mettait en route quand un homme accourut et, tombant à ses genoux, lui demanda… ». On saisit d’emblée ce qui taraude cet homme, également sa foi qui l’anime face à Jésus car il le reconnaît comme un maître capable de lui enseigner le chemin du salut, et aussi son humilité, sa sincérité en même temps que son impatience à recevoir une parole de vie.

 

A ce stade, nous pourrions peut-être nous demander pour nous-même : suis-je inquiet pour mon salut ? Suis-je vraiment taraudé par la question de la vie éternelle ? Quel est mon comportement face à cette interrogation et est-ce que je la considère comme essentielle ou à l’inverse comme secondaire, accessoire ? Dans quelle mesure, nous-mêmes comme beaucoup de nos contemporains, avons-nous évacué de nos préoccupations l’au-delà de notre vie terrestre, allant jusqu’à douter parfois qu’il y ait une vie après cette vie ? Encore que, à certaines occasions charnières de la vie, à l’approche de la mort ou confronté aux deuils, aux accidents, aux maladies, bref, face à la précarité de notre condition, on ne peut pas éluder totalement cette question à la fois métaphysique et vraiment existentielle.

 

Le désir infini que Dieu a de nous donner part à sa vie éternelle

 

Cette question de notre destinée éternelle peut devenir pour certains la motivation essentielle, de la jeunesse à la vieillesse, qui anime toute une vie et je suppose que c’est le cas de la plupart d’entre nous ici. Cette foi profonde en la réalité surnaturelle du dessein de Dieu sur nous c’est-à-dire sur le désir infini que Dieu a de nous donner part à sa vie éternelle, nous la partageons sur la base de l’histoire sainte qui nous livre dans l’ancienne et la nouvelle Alliance le déploiement de ce dessein d’amour divin où l’on voit Dieu multipliant les appels et ses interventions pour nous mener à Lui dans le bonheur éternel malgré toutes nos faiblesses, nos errements, nos péchés, notre manque de fidélité.

 

Notre foi est là, c’est celle de l’Eglise, celle des saints qui nous ont précédés et qui ne cessent de nous accompagner, celle des saints vivants encore en ce monde parmi nous, que nous côtoyons et que nous ignorons. Le problème qui surgit est alors de taille. Est-ce que je vis en cohérence avec ce que Dieu me demande ? Est-ce que je me contente, comme cet homme qui interroge Jésus, de poser la question mais en même temps de ne pouvoir assumer totalement dans la pratique les exigences évangéliques pour correspondre vraiment à l’attente de l’Amour divin ? Voilà sans doute le drame de notre vie. Soit le drame de ne pas être intéressé par notre destinée ultime soit le drame d’une foi incohérente, incomplète qui en fin de compte nous condamne à rebrousser chemin comme nous l’entendions il y a un instant : « Viens, suis-moi ! Mais lui, à ces mots, devint sombre et s’en alla tout triste, car il avait de grands biens ».

 

Les exigences de l’Amour : rendre amour pour amour le moins mal possible

 

Devant les exigences radicales que donne Jésus, les apôtres eux-mêmes qui pourtant avaient tout quitté pour le suivre, sont affolés : « Mais alors, qui peut être sauvé ? ». Question essentielle qui amène la réponse essentielle : « Pour les hommes, c’est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu ». L’absolu est là. C’est lui, Dieu souverain, qui est le maître de la moisson et le Père de toute miséricorde. On ne gagne pas le ciel à la force de ses poignets mais par la confiance que l’on met dans la bonté, dans la bienveillance, dans la miséricorde infinie de Dieu pour toute l’humanité, pour chacun d’entre nous que Dieu ne cesse de regarder et de solliciter avec amour.

 

Ce qui doit, en fin de compte, nous animer et nous motiver, ce n’est pas de faire le minimum vital pour ne pas être recalé au jugement dernier mais de prendre en considération le grand mystère d’amour infini que Dieu ne cesse de déployer pour nous et qu’il nous prépare auprès de lui dans les Cieux et d’agir en conséquence, d’être tellement émerveillés et reconnaissants que nous ne puissions désormais plus vivre sinon en rendant du moins mal possible amour pour amour. Nous sommes peut-être trop souvent des mendiants trop riches qui n’avons pas assez conscience de nos réelles pauvretés et qui, du coup, n’avons pas besoin de Sauveur. Seul le sauvé, le rescapé, le bon larron guéri in extremis peut partager avec les saints aux cœurs aimants un vrai sentiment de reconnaissance.

 

Comment Dieu va-t-il s’y prendre pour nous sauver tous ? Là est le secret de son cœur et c’est en entendant battre son divin Cœur pour ses enfants bien-aimés que nous pouvons apprendre de Dieu lui-même le vrai sens de la miséricorde et de l’Amour infini.

 

Allons-nous enfin suivre Jésus ?

P. Joël Letellier, osb

 

 

Réjouissez-vous dans le Seigneur !

Je vous le dis à nouveau : Réjouissez-vous !

 

Homélie du P. Joël Letellier à Ligugé, le dimanche 16 décembre 2018

Troisième dimanche de l’Avent, année C ; So 3, 14-18a ; Ph 4, 4-7 ; Lc 3, 10-18

 

Réjouissez-vous dans le Seigneur !

 

Gaudete in Domino semper, iterum dico gaudete ! ”. C’est ainsi que nous avons commencé cette messe, cette célébration eucharistique. C’était en chant grégorien, en latin, pris de la Lettre aux Philippiens de saint Paul, que nous avons entendue en deuxième lecture : « Réjouisssez-vous dans le Seigneur, toujours, Gaudete in Domino semper, je vous le dis à nouveau : Réjouissez-vous ! ». Voilà un commandement, le commandement d’être joyeux ! La première lecture, celle de Sophonie, qui nous le demandait aussi, et cette deuxième lecture, celle de Saint Paul, nous mettent d’emblée dans la joie et avec – notons cette précision – la joie « dans le Seigneur ».

 

Une objection tout de suite arrive. Oui, parmi nous, il y en a qui sont, je dirais, naturellement joyeux parce qu’il ont passé un bon week-end déjà commencé hier avec une agréable soirée et ils ont aujourd’hui une perspective apaisante, joyeuse, familiale peut-être avec la joie de se retrouver ici dans cette église. Alors la joie est de mise. Mais peut-être que d’autres ont appris des mauvaises nouvelles ou que l’un de leurs proches est malade. Il y a tant de deuils dans nos familles, d’accidents et puis il y a tout ce que les informations nous donnent. Comment peut-on être joyeux alors qu’il y a maintenant, toujours, à chaque instant, des personnes qui souffrent, des personnes qui appellent au secours et, en bien des endroits du globe, des problèmes sociaux qui paraissent insolubles, des persécutions, des tortures, des massacres ?

 

Comment cette joie liturgique, cette joie que l’on pourrait qualifier de théologale peut-elle être compatible avec notre existence quotidienne ? C’est oublier que Saint Paul nous demande d’être joyeux – qu’il demande aux Philippiens d’être joyeux – alors que lui-même est enchaîné, incarcéré et il le demande à l’Eglise de Philippes qui va subir aussi des adversités et des assauts et il le sait et c’est pour cela qu’il les met en garde. C’est dire que le présent comme l’avenir, du temps de Saint Paul, étaient sombres. Cela n’empêche pas une joie plus profonde du cœur, une sérénité forte, d’être là. Pourquoi ? Non pas parce qu’il y a, sur le plan naturel, telle ou telle chose qui nous fait plaisir, cela est important certes et non négligeable, mais parce qu’il y a et qu’il doit y avoir au fond de notre cœur et bien perçue par notre intelligence une joie plus profonde qui transcende tout ce que les événements peuvent nous apporter. Et je dirais plus encore, si les événements sont sombres, c’est peut-être une joie plus grande de savoir qu’un Sauveur, qu’un Rédempteur, qu’un Libérateur nous arrive ! Heureusement qu’Il arrive !

 

L’acte liturgique est mémoire du passé, du présent et du futur

 

Depuis des siècles et des siècles, depuis des millénaires, l’humanité appelle au secours. « Ah, si tu déchirais les cieux, si tu venais ! » dit Isaïe (Is 64, 1). Nous avons besoin, et toute l’humanité crie ce besoin, d’un Sauveur, d’une joie, d’un bonheur pour lequel nous sommes faits et qui semble nous échapper, nous filer trop facilement entre les mains.

 

Il y a dans l’acte liturgique et spécialement dans le temps de l’Avent – une semaine nous sépare de la venue de Jésus – comme un condensé du temps de l’humanité, du dessein de Dieu. Nous sommes dans l’acte liturgique eucharistique même comme dans l’instantané d’une récapitulation grandiose où finalement c’est tout le patrimoine de l’humanité en quête de bonheur qui se donne rendez-vous. Ce sont toutes ces quêtes des sages et des philosophes de tous les temps qui appellent ce bonheur à venir. Pourquoi, comment l’homme est-il venu à l’existence et où est sa destinée ? Quel est donc le sens de notre vie ? Voilà la question fondamentale de l’humanité depuis ses origines et sans doute jusqu’à sa fin.

 

Il y a dans l’acte liturgique comme une récapitulation totale, une « mémoire », comme on a pu le dire, une mémoire du passé, du présent et du futur. Une mémoire qui nous fait adhérer à toutes les générations qui nous ont précédés, une mémoire qui nous fait actualiser le mystère de Jésus déjà venu et qui doit revenir, une mémoire du futur qui nous fait envisager l’avenir sereinement, par notre foi, parce que le Sauveur nous a été donné et qu’Il reviendra dans la gloire.

 

N’est-il pas étonnant, frères et Sœurs, que la première lecture, du prophète Sophonie, est celle d’un texte certes mais plus originellement d’une voix orale que le prophète a exprimée à peu près 650 ans avant Jésus-Christ, à plus de 2600 ans de distance d’aujourd’hui, et qui nous est adressée maintenant à nous et à notre assemblée ! N’est-il pas étonnant que tous les jours, nous psalmodions avec ces chants, ces psaumes qui, pour certains, sont vieux de plus de 3000 ans et qui ont été chantés, travaillés, retravaillés pendant un laps de temps notable peut-être pendant 600 ans avant d’être davantage fixés par la tradition, mis par écrit. Et aujourd’hui encore, nous nous alimentons, et plus que jamais, à ce grand fleuve de la psalmodie. Voici donc des textes anciens, bibliques, qui nous donnent, qui nous portent l’espérance de l’humanité et qui nous font attendre plus que jamais Celui qui est déjà venu, qui vient et qui va venir.

 

Quand on entend le prophète Sophonie nous dire combien nous devons exulter de joie « Réjouis-toi, fille de Sion, ne crains pas, le Seigneur est en toi ! », comment ne peut-on pas voir ici Marie, préfigurée, « fille de Sion » ? « Ne crains pas, le Seigneur est en toi. Réjouis-toi ! ». Comment peut-on ne pas voir l’Eglise - et l’humanité – recevant son Seigneur en son sein ? Comment ces quelques lignes ne s’adresseraient-elles pas aujourd’hui encore et plus que jamais à nous qui craignons ? « Ne crains pas, ne craignez pas. Le Seigneur est en vous. Il est venu. Il va venir ! ».

 

Que devons-nous faire ?

 

Alors que faire pour nous sinon, aujourd’hui encore et plus que jamais, nous trouver dans cette foule qui s’approche de Jean-Baptiste le Précurseur et lui poser cette question que nous avons entendue trois fois dans l’Evangile : « Que devons-nous faire ? ». La foule, foule anonyme qui se presse autour du Précurseur, puis un groupe de publicains et enfin un groupe de soldats, sans doute des mercenaires d’Hérode Antipas, et voilà que chaque groupe, à son tour, pose la même question : « Que devons-nous faire ? ». En face d’une telle annonce, d’une telle préparation évangélique, d’une telle prédication du Baptiste, il y à, à l’évidence, une disponibilité qui s’offre. Travail déjà de l’Esprit Saint qui prépare les cœurs, qui prépare nos cœurs à la venue de Jésus : « Que devons-nous faire ? ».

 

Nous connaissons la réponse car le Précurseur la donne. Il n’anticipe pas sur ce que Jésus dira plus radicalement sans doute. Déjà il demande la charité, la justice et la non-violence, la paix. Charité, justice et paix ! Jean-Baptiste fait ensuite allusion au baptême dans l’Esprit et dans le feu ce qui, de toute évidence, renvoie plus directement au temps de la moisson lorsque, au Jugement dernier, le blé sera amassé – puissions-nous être du bon blé ! – et la paille jetée au feu – puissions-nous ne pas devenir paille et nous dépouiller avant le Jugement de toute sorte de paille !

 

Ce texte du Précurseur renvoie certes directement au Jugement dernier mais l’évocation même du baptême et du baptême dans l’Esprit ne peut pas nous empêcher d’aller, quelques pages plus loin, chez ce même évangéliste saint Luc au deuxième tome de son Evangile que sont les Actes des Apôtres. Lors de l’effusion de l’Esprit le jour de la Pentecôte, au chapitre deuxième des Actes des Apôtres, nous avons le Nouveau Baptiste, non pas le Précurseur mais Pierre devenu chef de l’Eglise, après la Passion, la mort et la Résurrection et l’Ascension de Jésus. Pierre, le jour de la Pentecôte prend alors la parole. Les foules sont autour de lui et au moment où Pierre donne la toute première prédication apostolique et annone l’Evangile qui est la « mémoire des Apôtres », les foules sont transpercées. « D’entendre cela, ils eurent le cœur transpercé » dit le texte. Et ils se tournèrent vers Pierre et les Apôtres, en demandant : « Frères, que devons-nous faire ? ».

 

Frères et Sœurs, c’est la question que nous pouvons nous poser à notre tour, que nous posons à Jean-Baptiste, que nous posons à saint Pierre, à l’Eglise, à l’Esprit saint qui travaille en nous : « Que devons-nous faire ? ». Et la réponse du Baptiste ainsi que la réponse de Pierre appellent à la conversion. C’est un appel à se faire baptiser – nous le sommes peut-être –, à devenir plus fidèle encore aux promesses du baptême et à nous convertir, c’est-à-dire à pratiquer la charité, la justice, la non-violence, la paix et à nous tourner résolument vers Celui qui vient.

 

P. Joël Letellier, osb

 

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