N° 25 – 6 novembre 2013

 

Le manteau partagé de Saint Martin

 

Lettre aux oblats n°7

 

 

Saint Martin,

Priez pour nous !

 

 

Abbaye Saint-Martin

F – 86240 Ligugé

05 49 55 21 12

 

 

« Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait »

(Mt 25, 40)

 

 

Le partage du manteau : le mot du P. Joël

 

        

Chers Oblats et amis,

 

         Bientôt la fête de saint Martin ! Bonne fête à tous ! Qu’il nous apprenne le véritable don de nous-mêmes pour suivre le Christ qui s’est fait pauvre parmi les pauvres ! Lundi prochain, 11 novembre, vous ne serez pas tous présents mais nous serons tous en communion d’autant plus qu’il y aura aussi une promesse d’oblate. Nous nous retrouverons plus nombreux le mois suivant lors de la réunion des oblats les 6, 7 et 8 décembre.

 

         Depuis la dernière lettre aux oblats, datée du 13 mai, il s’est passé des petits et des grands événements. Bien que vous les connaissiez déjà, je vous rappelle ici les principaux faits marquants dans l’ordre chronologique.

 

         Le 19 mai, Christophe Marmorat est entré dans l’oblature.

 

         Le 25 mai, notre Frère Sylvain a reçu l’habit monastique.

 

         Le 2 juillet, notre Frère Maurice a célébré son jubilé de 50 ans de profession monastique.

 

         Le 4 juillet, notre Frère Pierre-Emmanuel a été ordonné prêtre.

 

        

 

         Le 11 juillet, en la fête de saint Benoît et comme il l’avait annoncé depuis longtemps, le Père Abbé dom Jean-Pierre Longeat a quitté sa charge abbatiale. Il avait été élu le 1er décembre 1990 et béni le 13 janvier 1991.

 

         Du 23 au 28 juillet, un grand nombre d’entre vous ont participé à la retraite annuelle que je donnais cette année sur le thème :

 

De la réception de la Parole de Dieu à la recherche théologique

avec les Pères grecs des IIe et IIIe siècles,

Clément d’Alexandrie (v 150 - v 215) et surtout Origène (v 185 – v 245).

 

         Le 6 août, le Père Abbé de Solesmes a nommé le Père André-Junien Guérit Prieur-Administrateur de l’abbaye en attendant une future élection abbatiale. Après avoir longuement secondé le Père Abbé en tant que prieur, voici qu’il devient notre supérieur. Il accepte courageusement cette charge avec dévouement et humilité.

 

         Le 12 octobre, les Frères Denis et Sylvain qui avaient le statut de postulants ont commencé leur noviciat canonique.

 

         Les 13 et 15 octobre, nous accueillons deux moines de Wisques qui ont opté pour Ligugé, le Frère Martin Febvay et le Frère Ambroise Prouvost.

 

         Les 18, 19 et 20 octobre, une petite délégation d’oblats de Ligugé s’est rendue à Lourdes dans le cadre du Rassemblement des Familles Spirituelles.

 

         Le 18 octobre, notre doyenne des oblats Louise Coudanne, âgée de 98 ans, s’est éteinte à Poitiers. Très attachée à notre monastère, elle était encore venue récemment, le 14 septembre, pour la Fête de la Croix glorieuse. Elle avait fait sa promesse d’oblate de Ligugé le 10 novembre 1945. La veille de sa mort, Gisèle Muselet lui a rendu visite. Le Père Vincent Desprez, qui la connaissait bien pour l’avoir accompagnée spirituellement depuis si longtemps, a prononcé l’homélie des funérailles. Nous le remercions pour ce texte précieux que nous trouverons ci-après dans cette Lettre aux oblats.

 

         Enfin, au chapitre des événements à venir :

 

 Le 11 décembre à 9h, Diane de Ternay fera sa promesse d’oblature. Vous voyez que le Seigneur continue d’appeler dans l’oblature bénédictine, et ce n’est pas fini !

 

Les 6, 7 et 8 décembre, nous aurons la session des oblats avec, au programme, la poursuite de l’étude de la Règle de saint Benoît. Nous en étions au chapitre 4 « Des Instruments des bonnes œuvres ». Le vendredi 6 à 16h, nous aurons une réunion informelle d’échanges pour ceux et celles qui seront arrivés. Le samedi 7, nous nous réunirons à 10h et à 16h. Le matin aura lieu l’entrée dans l’oblature de Mademoiselle Céline Drapeau. Le lendemain, dimanche 8, Madame Marie-François Bourmault Espinousse fera à 9h sa promesse d’oblate puis, au cours de la messe de 10h, notre Frère Antoine-Frédéric fera sa profession solennelle. Ce sera donc un beau jour pour tous prolongé le lendemain par la fête de l’Immaculée-Conception reportée d’un jour en raison du dimanche.

 

         Pour ma part, depuis la dernière Lettre aux oblats, je me suis rendu dans plusieurs communautés monastiques dont celle de Saint-Louis du Temple à Limon en juin pour la session d’examens des jeunes moines et moniales du Studium Théologique Inter-Monastères (STIM), organisme dont j’ai assuré la direction depuis sa fondation voici quinze ans. Me voici maintenant dégagé de ce service et remplacé par un moine trappiste qui organisera désormais ces intenses sessions de formation. Je rends grâces à Dieu pour ces fructueuses années et toutes ces rencontres fraternelles ! En remplacement, j’ai reçu la charge de l’hôtellerie, notamment des réservations et du planning, ce que j’assure même pendant mes déplacements grâce à la technologie informatique. Car je continue à sillonner la France pour prêcher des retraites, donner des sessions ou participer à des réunions de moniales. C’est ainsi que je suis allé dernièrement chez les cisterciennes de La Merci-Dieu, chez les bénédictines de Rouen, de Notre-Dame d’Orient dans l’Aveyron et de Montolieu près de Carcassonne, chez les augustines hospitalières de Malestroit en Bretagne et les franciscaines d’Angers.

 

         Je suis émerveillé par la diversité de la présence de la vie religieuse et particulièrement monastique sous ses multiples formes et en même temps par la grande unité qui nous unit dans le Corps du Christ que nous formons tous. Chaque communauté bénéficie de l’apport et de l’amitié de tant et tant de fidèles et de chercheurs de Dieu et, à son tour, elle rayonne par sa prière, sa liturgie, son accueil. Je suis souvent témoin lors d’entretiens, à Ligugé surtout mais partout ailleurs aussi, de ces confidences qui débouchent presque toujours sur une réconciliation sacramentelle émouvante. Quel que soit notre parcours et en n’importe quelle situation, nous n’avons jamais fini de faire l’expérience de la présence de Dieu en notre vie ! Sachons seulement Le reconnaître !

 

         Bien à vous, chers oblats, et à vos proches, en bonne santé ou malades épuisés par le chemin, en communion de cordée, et déjà je vous souhaite à tous un bel Avent, ce temps si privilégié qui va nous préparer à la grâce de Noël !

 

 

 

 

Une leçon de savoir vivre

 

Homélie donnée par le P. Pierre-Emmanuel de Montlebert à Ligugé, le 1er septembre 2013.

 22ème dimanche ordinaire (année C) (Sir 3, 17… 29 ; He 12, 18…24 ; Lc 14, 1…14)

 

        

De festin en festin…

 

         Dimanche dernier, Frères et sœurs, nous nous efforcions d’entrer par la porte étroite, dans le festin du Royaume de Dieu. Aujourd’hui dans l’évangile, il est à nouveau question de repas de noces et d’invités à un festin. Et dans quinze jours, nous serons invités à tuer le veau gras, à manger et festoyer à l’occasion du retour du fils prodigue chez son père : de repas en banquets, de banquets en festins !

 

En ces temps de morosité, l’évangile de saint Luc nous offre un programme plutôt réjouissant pour ne pas dire appétissant ! Cependant, de prime abord, les paroles de Jésus dans l’évangile de ce jour, qu’on a appelé ‘propos de table’, semblent peu réjouissantes et bien déconcertantes. Et nous pouvons être étonnés d’entendre Jésus donner à ses hôtes comme une leçon de savoir vivre. Mais Jésus a-t-il eu vraiment ce jour-là le souci d’enseigner à ses interlocuteurs quelques règles de base de politesse, le souci de leur apprendre la manière de se conduire quand on est invité à un repas de noces, ou encore comment bien choisir ses invités lorsqu’on reçoit ? Difficile à croire tellement les conseils que Jésus donne sont surprenants et paradoxaux : « quand tu es invité, va te mettre à la dernière place » ; « quand tu donnes un déjeuner ou un dîner, n’invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins ».

 

 

A la recherche de la meilleure place

 

En même temps, ces paroles peuvent nous interpeller car elles remettent en cause nos comportements ordinaires. En effet, frères et sœurs, ne recherchons-nous pas habituellement de bonnes voire les meilleures places à table, lors des repas de fête par exemple ? Ou encore des places confortables dans la société, dans notre travail, au sein de nos familles, dans nos communautés ? Et qui d’entre nous n’a pas cherché un jour à inviter une personne influente pour obtenir en retour une faveur ? Nos relations sont-elles vraiment toujours désintéressées ? Ne cherchons-nous pas, plus ou moins consciemment, à obtenir, en retour d’un service rendu, une reconnaissance, une rétribution morale ou matérielle ?

 

Les propos de Jésus, un brin provocateurs, sont sans doute destinés à nous faire réfléchir sur nos comportements dans la vie sociale, les uns vis-à-vis des autres. Mais plus profondément, Jésus nous montre que la façon dont nous tissons nos relations humaines est révélatrice du sens que nous voulons donner à notre vie. Si nous faisons de notre vie terrestre une fin en soi alors à quoi bon se mettre à la dernière place, ou donner ses biens aux plus pauvres : ne vaut-il pas mieux chercher la gloire et la satisfaction en ce monde ? Si par contre, nous croyons que notre vie terrestre est un chemin qui nous conduit au Ciel, qu’elle est un passage de la mort à la Vie éternelle alors les conseils que Jésus nous donne ce matin ont une toute autre résonnance au fond de notre cœur. Car le grand repas auquel Dieu nous convie, c’est celui des noces éternelles.

 

Redonner à Dieu la première place

 

Et Jésus nous enseigne que la seule manière d’accueillir ce don que Dieu veut nous faire de lui-même, c’est d’être humble. L’humilité, c’est savoir se mettre à la dernière place, nous dit Jésus. C’est reconnaître que tout ce qu’il y a de bon, de beau, de vrai, de juste, dans notre vie vient de Dieu notre Père et de Lui seul. Car Dieu seul est la Source de tous biens. Se mettre à la dernière place, c’est aussi redonner à Dieu la première place. C’est reconnaître que notre valeur ne vient pas de notre place dans la hiérarchie sociale mais de notre vocation à la sainteté, c’est-à-dire de notre capacité à nous recevoir entièrement des mains de notre Père du Ciel, et à nous donner à Lui en retour totalement, par amour. Jésus, en nous invitant à sa suite, veut nous faire entrer dans cette attitude d’humilité, attitude qu’il nous a donnée lui-même en exemple : « Apprenez que je suis doux et humble de cœur » (Mt 11, 29). « Mon fils, accomplis toute chose dans l’humilité », nous exhorte Ben Sirac (Sir 2, 17) dans la première lecture de ce jour, et nous serons aimés plus que des bienfaiteurs.

 

Servir et aimer ceux que le Seigneur met sur notre route

 

En effet, Dieu « renverse les puissants de leurs trônes », de leurs premières places,  « et il élève les humbles », chante Marie dans son Magnificat (Lc 1, 52). « Qui s’élève sera abaissé et qui s’abaisse sera élevé ». Le passif divin, tournure biblique classique, permet de rapporter à Dieu une action – c’est Lui qui abaissera ou qui élèvera les humbles – sans prononcer son Nom ineffable. L’humilité, vertu si chère à st Benoit dans sa règle, s’apprend en se mettant au service les uns des autres. Alors que l’orgueil nous pousse à mettre les autres à notre service, l’humilité nous conduit au mouvement inverse : servir ceux que le Seigneur met sur notre route, et leur apporter l’amour dont ils ont besoin. Cette attitude fait jaillir alors en nous la Vie divine et nous ouvre les portes de la salle des noces.

 

Faire de notre cœur

une table d’hôtes accueillante et ouverte à tous

 

Le second enseignement de Jésus concerne notre sens de l’hospitalité. Jésus nous demande d’ ‘inviter’, et donc de servir, avant tout, ceux qui en ont le plus besoin : ‘les pauvres, les estropiés, les boiteux, les aveugles’. Il veut nous faire comprendre qu’en nous mettant au service de notre prochain, c’est Dieu lui-même que nous servons : « chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40). Il nous exhorte à faire de notre cœur, une table d’hôtes accueillante et ouverte à tous, afin que Dieu lui-même y soit le premier servi, à travers le don gratuit, désintéressé, de nous-mêmes aux plus petits, aux plus pauvres.

 

Voilà comment ce qui nous semblait être une leçon de savoir-vivre se révèle être un enseignement sur la manière de se laisser aimer par Dieu, à travers l’humilité, et de l’aimer en retour, en servant Jésus à travers les autres. Ainsi, frères et sœurs, avançons nous avec pleine assurance vers Jésus, le ‘médiateur d’une alliance nouvelle’, lui qui n’a pas craint de prendre la dernière place, lui « qui s’est abaissé lui-même, en devenant obéissant jusqu’à mourir et à mourir sur une croix. C’est pourquoi Dieu l’a élevé au-dessus de tout ; il lui a conféré le Nom qui surpasse tous les noms, afin qu’au nom de Jésus, aux cieux, sur terre et dans l’abîme, tout être vivant tombe à genoux et que toute langue proclame : ‘Jésus Christ est le Seigneur’ pour la gloire de Dieu le Père » (Ph 2, 8-11).

 

Fr. Pierre-Emmanuel de Montlebert (Ligugé)

 

 

 

 

 

Seigneur, viens me trouver et sauve moi !

 

Homélie donnée par le P. Joël Letellier à Ligugé, le 15 septembre 2013.

 24ème dimanche ordinaire (année C) (Ex 32, 7-14 ; 1 Tim 1, 12-17 ; Lc 15, 1-32)

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De mon « veau d’or » et de mes idoles, viens me délivrer !

 

Lequel d’entre nous, Frères et Sœurs, ne se sent pas concerné d’une façon ou d’une autre par ces textes que nous venons d’entendre ?

 

Quels sont donc nos « veaux d’or » que nous avons pu fabriquer de nos mains et de notre imagination pour tenter de combler le creux de notre appétit, insatiables que nous sommes de voir, d’avoir, de posséder et de mettre la main sur du palpable ? Un Moïse lointain qui a disparu, un Dieu inaccessible et invisible, une attente désespérée, une lassitude de marcher depuis si longtemps dans le désert comme à l’aveuglette, voilà de quoi alimenter notre découragement alors que nous avons à notre portée de quoi nous façonner un petit bien-être « spirituel », ne serait-ce que pour réconforter quelque peu, et pour un temps même bien fugace, le cœur et le moral avec un porte-bonheur à notre mesure. Un dieu fait à notre image, pourquoi pas ? N’est-ce pas là en fin de compte la tentation de tout homme et de toutes les générations, notre tentation personnelle, aussi grossière que subtile, aussi cachée et secrète que facilement démasquée ? Une représentation du divin qui puisse nous sécuriser et nous donner l’illusion, au moins pour un temps, d’avoir prise sur ce qui nous échappe, voilà quel peut être aussi notre « veau d’or », fabriqué maison.

 

Seigneur, délivre-moi de mes idoles et révèle-toi dans la vérité de ton être

 pour que je sois sauvé !

 

 

De l’errance et de la perdition, viens me délivrer !

 

Par ailleurs, ne sommes-nous pas, à notre tour, parfois, comme des brebis errantes, perdues dans les broussailles de notre entendement, prisonnières de nos raisonnements ou suggestions, désireuses de liberté et pourtant vite empêtrées dans les inextricables ronces de nos tracas, loin de tout secours et comme soudain abandonnées de tous ? Ou bien, ne sommes-nous pas comme cette drachme perdue, cette pièce d’argent donc de valeur mais devenue inutile puisque perdue, introuvable, tombée à terre et comme n’existant plus ?

 

Seigneur, sans toi, je suis perdu ; viens me chercher là où je suis

 pour que je sois sauvé !

 

N’avons-nous jamais été comme ce fils parti au loin, dilapidant l’héritage paternel, gaspillant pour des plaisirs éphémères les biens reçus, ne cherchant qu’à nous affranchir, ne serait-ce que pour un temps, des contraintes sociales, des sollicitudes familiales, communautaires ? Sensation aussi étrange que fréquente que cette illusion de liberté qui nous aliène et nous défigure, que cette illusion d’autonomie qui nous assèche du courant porteur de vie. Un solitaire, dit-on souvent, qui veut braver tout seul et sans l’aide d’autrui les dangers et turpitudes des passages difficiles, est un être déjà mort. Aux illusions audacieuses et téméraires succèdent les désillusions, et l’euphorie du premier moment fait vite place aux lendemains qui déchantent.

 

Seigneur, je ne mérite plus d’être appelé ton fils mais, toi, tu es un père

 pour que je sois sauvé !

 

De mes étroitesses et de mes angoisses, viens me délivrer !

 

Ne ressemblons-nous pas, trop souvent là aussi, au fils aîné de la parabole, à ce fils travailleur et fidèle mais incapable de pardonner et de compatir, incapable de donner place à des sentiments fraternels et qui se montre si dur de cœur ? Un fils aîné dont le comportement nous indigne quelque part mais dont nous comprenons pourtant si bien la réaction ?

 

Seigneur, fais-moi comprendre qu’il y a plus de joie à pardonner

 pour que nous soyons tous sauvés !

 

Enfin, et heureusement, n’avons-nous jamais recherché avec empressement et impatience un objet perdu, un portefeuille, une clef, un sac ou un dossier ? Ne sommes-nous pas capables de consacrer un temps précieux et de déployer une somme impressionnante d’efforts et d’énergie pour tenter de retrouver ce qui nous est cher ? Alors, nous pouvons comprendre quelque chose des sentiments qui habitent et qui animent cette pauvre femme à la recherche de sa pièce d’argent. Bien davantage, essayons d’imaginer, si cela ne nous est jamais arrivé, ce que peut être le désarroi, l’angoisse, la douleur d’un père ou d’une mère, de celui ou de celle qui a la garde d’un enfant qui est malade ou en crise ou même qui a disparu. Leur tourment peut nous faire comprendre le soin apporté par le berger pour sa brebis égarée, et bien plus, toute l’affection et l’attente impatiente du père du fils prodigue.

 

Seigneur, fais-moi me trouver en Toi et fais-moi Te trouver en moi

 pour que ta vie soit ma vie !

 

 

Festoyons et réjouissons-nous

car le Seigneur est venu et nous a retrouvés !

 

Ces textes assurément nous concernent et nous parlent. Ils nous font prier. Ils nous parlent de nous-mêmes car c’est notre propre histoire. Ils nous parlent surtout en paraboles du cœur de Dieu, de son amour pour nous, de son attitude à notre égard pour nous ramener à la vie, pour qu’à notre tour nous puissions donner la vie à ceux et celles de notre temps qui sont blessés, méprisés, mésestimés, mal-aimés, ou qui pensent l’être, ou encore qui ne croient plus en l’amour invincible et inaltérable de Dieu pour chacun de nous.

 

Saint Paul exprime toute sa reconnaissance pour ce Dieu qui a fait irruption dans sa vie, sur le chemin de Damas, et qui lui a communiqué une force nouvelle venue d’en-haut. Lui qui cherchait les chrétiens pour les persécuter, il a été rattrapé par le Christ qui a bien su le trouver et changer son cœur. « Ce que je faisais, c’était par ignorance » déclare-t-il. « Mais la grâce de notre Seigneur a été encore plus forte, avec la foi et l’amour dans le Christ Jésus ». « Voici une parole sûre, ajoute-t-il, et qui mérite d’être accueillie sans réserve : le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs ; et moi le premier, je suis pécheur ».

 

« Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi (…) Ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé ! ». Avec Dieu et ensemble, en cette eucharistie dominicale, festoyons donc et réjouissons-nous !

 

Fr. Joël Letellier (Ligugé)

 

 

 

 

 

 

« Prête l’oreille, louveteau, et écoute le Vieux Loup ! »

 

Réflexions d’Agnès Héraud, oblate de Ligugé,

sur le Prologue de la Règle de saint Benoît

 

 

Le prologue de la Règle de saint Benoît réunit à lui seul, dès le début, toute l’orientation d’une vie spirituelle.

 

« Ecoute » : dans un monde qui ne connaît que le bruit, le « zapping », et l’activisme, écouter devient presque impossible. Ecouter sous-entend s’asseoir aux pieds du Christ comme l’a fait Marie, la sœur de Marthe, quand Jésus lui a rendu visite. Donc il faut savoir s’asseoir, se décentrer pour laisser parler l’autre, et surtout l’Autre, se taire pour entendre battre son cœur, à l’exemple de saint Jean.

 

Et comme saint Benoît sait que c’est difficile, il nous demande de tendre l’oreille, de se mettre en mouvement, de descendre au plus profond de soi. Il nous demande alors d’obéir, c’est-à-dire de se mettre sous la conduite de l’Evangile, sous la houlette du Christ-Pasteur. Il demande au moine d’obéir aussi au Père Abbé qui est doublement père, « abba », et qui, par son exemple et ses paroles, montre aux autres la voie qui mène à la rencontre avec le Christ.

 

« Obéir à son abbé », pour l’oblat, signifie écouter ses conseils et être stimulé par lui. Il peut ainsi « nous sortir du sommeil » de la société qui nous mène à la désobéissance quotidienne. C’est ce que je rappelle souvent à mes enfants avec la loi des louveteaux : « Le louveteau écoute le Vieux Loup mais il ne s’écoute pas lui-même. Le plus grand des Vieux Loups, c’est le Christ ». Un des chants louveteau sur la loi commence par « prête l’oreille, louveteau ! ». C’est la même expression que celle de la Règle de saint Benoît. De plus, un peu plus loin dans le Prologue, aux versets 19 et 20, saint Benoît nous dit : « Quoi de plus doux, frères très chers, que cette voix du Seigneur qui nous invite ? Voyez comme le Seigneur lui-même, dans sa bonté, nous montre le chemin de la vie ». Alors que nous invitons le Christ à venir chez nous, c’est finalement lui qui, d’invité, devient invitant pour nous montrer la voie de la vie éternelle.

 

« Recherche la paix, poursuis-la ». Notre monde n’est trop souvent que guerre, manque d’amour, violence et humiliation. C’est à nous chrétiens, et particulièrement à nous en tant qu’oblats, de ceindre notre ceinture de la foi, pour ouvrir cette voie de la paix dans le monde. Comment le faire sinon en devenant irréprochables dans nos propos ? En pratiquant le silence lorsqu’il le faut ou en ménageant nos paroles de façon à ce que nous soyons toujours le plus positif possible avec le souci d’établir un climat serein dans nos relations et que nous sachions parfois nous taire face à l’insulte plutôt que de répondre dans l’instant. C’est ce qu’a fait le Christ sur la croix.

 

Face aux querelles en tous genres y compris celles entre les religions, montrons qu’il est toujours possible de vivre en paix, comme l’ont fait les premiers chrétiens en des temps pourtant bien difficiles. Si nous essayons d’être irréprochables sur le chemin de la paix, avec le Christ comme soutien, alors nous ne pouvons plus craindre et l’Adversaire qui recherche le conflit sera déstabilisé. Le Christ a vaincu le Mal et il est notre paix.

 

Ecoute, mon fils !

 

« Écoute, mon fils, les préceptes du Maître et prête l’oreille de ton cœur. Reçois volontiers l’enseignement d’un si bon père et mets-le en pratique, afin de retourner par l’exercice de l’obéissance à celui dont t’avait éloigné la lâcheté de la désobéissance.

 

C’est à toi donc maintenant que s’adresse ma parole, à toi, qui que tu sois, qui renonces à tes volontés propres et prends les fortes et nobles armes de l’obéissance, afin de combattre pour le Seigneur Christ, notre véritable Roi.

 

Avant tout, demande-lui par une très instante prière qu’il mène à bonne fin tout bien que tu entreprennes ; ainsi, après avoir daigné nous admettre au nombre de ses enfants, il n’aura pas sujet, un jour, de s’affliger de notre mauvaise conduite.

 

Car, en tout temps, il faut avoir un tel soin d’employer à son service les biens qu’il a mis en nous, que non seulement il n’ait pas lieu, comme un père offensé, de priver ses fils de leur héritage, mais encore qu’il ne soit pas obligé, comme un maître redoutable et irrité de nos méfaits, de nous livrer à la punition éternelle, tels de très mauvais serviteurs qui n’auraient pas voulu le suivre jusqu’à la gloire. »

 

Ici, c’est l’obéissance positive, c’est se placer sous la conduite de Dieu

Prêter, c’est tendre l’oreille de son cœur pour mieux écouter ce que Dieu veut nous dire

 

à Me suis-je mis à l’écoute du projet de Dieu pour moi et pour trouver avec Lui où sont mes qualités et mes défauts ?

à Est-ce-que je prends du temps pour Dieu, seul ou en maîtrise ?

à Le louveteau écoute toujours le vieux loup.

à Fils de la chrétienté, le scout cherche à établir le règne du Christ dans toute sa vie et dans le monde qui l’entoure.

à Le scout obéit sans réplique et ne fait rien à moitié.

 

Ouvrons nos yeux à la lumière de Dieu !

 

« Levons-nous donc, enfin, l’Ecriture nous y incite : " L’heure est venue, dit-elle, de sortir de notre sommeil. " (Rm 13, 11).

Ouvrons les yeux à la lumière divine. Ayons les oreilles attentives à la voix de Dieu qui nous crie chaque jour cet avertissement :

"Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs " (Ps 94,8),

et ailleurs : "Qui a des oreilles entende ce que l’Esprit dit aux Eglises " (Ap 2 ,3).

Et que dit-il ? "Venez, mes fils, écoutez-moi, je vous enseignerai la crainte du Seigneur. (Ps 33,12).

Courez pendant que vous avez la lumière de la vie, de peur que les ténèbres de la mort ne vous saisissent. " (Jn 12 ,35). »

 

à Est-ce-que je donne l’occasion à mes loups d’être à l’écoute du Christ ? Que puis-je mettre en place pour cela ?

à Toujours prêt !

à Le louveteau ouvre grand ses yeux et ses oreilles.

 

Le Seigneur cherche son ouvrier !

 

Le Seigneur, cherchant son ouvrier dans la foule du peuple à laquelle il crie, dit encore : "Quel est l’homme qui veut la vie et désire voir des jours heureux ? " (Ps 33, 13).

Que si, à cette demande, tu lui réponds : "C’est moi ", Dieu te réplique : "Si tu veux avoir la vie véritable et éternelle, interdis le mal à ta langue et à tes lèvres toute parole trompeuse ; détourne-toi du mal et fais le bien ; cherche la paix avec ardeur et persévérance. (Ps 33, 14-15).

Et lorsque vous agirez de la sorte, mes yeux seront sur vous et mes oreilles attentives à vos prières, et avant même que vous ne m’invoquiez, je vous dirai : ‘Me voici.’ (Ps 33, 16 ; Is 58,9)"

Quoi de plus doux, frères très chers, que cette voix du Seigneur qui nous invite ? Voyez comme le Seigneur lui-même, dans sa bonté, nous montre le chemin de la vie.

 

à Le Christ te cherche … et toi, le cherches-tu ?

à Le louveteau dit toujours vrai.

à Le scout est pur dans ses pensées, ses paroles et ses actes.

 

Laissons-nous conduire par l’Evangile !

 

Ceignons donc nos reins de la foi et de la pratique des bonnes œuvres ; sous la conduite de l’Evangile, avançons dans ses chemins, afin de mériter de voir Celui qui nous a appelés dans son royaume. (Eph 6,14-15 ; Lc 12, 35; 1Thess 2,12)

Si nous voulons habiter dans la demeure de ce royaume, sachons qu’on n'y parvient que si l’on y court par les bonnes actions.

 

à Est-ce-que je me mets au service des autres dès que je le peux ? Où suis-je souvent trop préoccupé par mes activités ?

à Comment puis-je rendre service tout en restant moi-même (savoir dire non si ce service va être au détriment de ce que je suis) ?

à La B.A.

à Le scout est fait pour servir et sauver son prochain.

 

 

Seigneur, qui habitera dans ta maison ?

 

Mais interrogeons le Seigneur en lui disant avec le prophète : "Seigneur, qui habitera dans ta demeure ? Qui reposera sur ta montagne sainte ? " (Ps 14, 1) […]

Aussi le Seigneur dit dans l'Evangile : "Celui qui écoute mes paroles et les accomplit, je le comparerai à un homme sage qui a bâti sa maison sur la pierre ; les fleuves ont débordé, les vents ont soufflé et se sont déchaînés sur cette maison ; mais elle n'est point tombée, parce qu'elle était fondée sur la pierre." (Mt 7, 24-25)

 

à Le devoir du scout commence à la maison.

à Quelle maison suis-je en train de bâtir pour ma vie ?

à Quelles bases de maisons suis-je en train de donner à mes loups ?

 

L’école du service du Seigneur

 

C'est à cette fin que nous voulons fonder une école où l'on serve le Seigneur. Dans cette institution, nous espérons ne rien établir de rude ni de pesant. Si, toutefois, il s'y rencontrait quelque chose d'un peu rigoureux, qui fût imposé par l'équité pour corriger nos vices et sauvegarder la charité, garde-toi bien, sous l'effet d'une crainte subite, de quitter la voie du salut dont les débuts sont toujours difficiles.

En effet, à mesure que l'on progresse dans la voie religieuse et dans la foi, le cœur se dilate, et l'on court dans la voie des commandements de Dieu, avec la douceur ineffable de l'amour.

Ne nous écartons donc jamais de son enseignement, et persévérant jusqu'à la mort dans sa doctrine au sein du monastère, participons par la patience aux souffrances du Christ pour mériter d'avoir part à son royaume. Amen.

 

à Sur mon honneur et avec la grâce de Dieu, je m’engage à servir de mon mieux Dieu, l’Eglise, ma patrie et l’Europe, à aider mon prochain en toutes circonstances, à observer la loi scoute.

à Qu’ai-je fait de ma promesse ? Est-ce-que j’y repense seulement quand je suis en uniforme, ou tous les jours ?

 

Agnès Héraud

        

 

 

 

A la mémoire de Louise Coudanne (1915-2013)

 

Homélie prononcée lors des obsèques par le P. Vincent Desprez,

le 21 octobre 2013, dans la chapelle de la Grand-Maison, à Poitiers

(2 Co 5, 1-6 ; Ps 26 ; Jn 17, 1-3.24-26)

 

 

"Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi."

Chers Amis,

 

Nous venons recommander à Dieu Louise Coudanne, qui aspirait à cette rencontre, surtout depuis la diminution de ses forces, spécialement depuis le dernier printemps. Mais elle a gardé sa lucidité, sa présence d’esprit et sa foi jusqu’à la fin, malgré les sujétions de sa maladie. Toute sa vie, elle a vécu de sa conscience professionnelle d’historienne et d’enseignante, de l’amitié, de la foi et de la prière. Je prends le risque, à titre exploratoire, de retracer quelques aspects de sa vie, que d’autres pourront rectifier, préciser, compléter.

 

1).     Agrégée d’histoire-géographie à Bordeaux, au début de la guerre, elle arriva à Poitiers en 1943. Son métier de professeur d’histoire, Louise Coudanne l’a exercé surtout au lycée Victor Hugo, alors lycée de jeunes filles. Enseignante par vocation, elle s’attacha toute sa vie à transmettre ses vastes connaissances dans le domaine passionnant et instructif de l’histoire. Edmond-René Labande lui aurait suggéré de préparer une thèse, mais elle refusa de risquer de dévier vers une recherche spécialisée, estimant de son devoir de veiller surtout à la vivacité de sa pédagogie, de ses exposés oraux ; bien des générations de lycéennes lui en surent ou lui en savent encore gré.

 

Mais au fil des ans, sa fréquentation des bénédictines lui ouvrit des champs de recherches qui aboutirent, entre autres, à sa collaboration à l’histoire de l’abbaye Sainte-Croix de Poitiers[1] en 1986 et à la publication en 1993[2] de la relation de voyage de la Sœur Miel, calvairienne parisienne, avec les trappistes et trappistines d’Augustin de Lestrange pendant la Révolution.

 

Deux dactylographies – une centaine de pages de conférences du Père Joseph du Tremblay, et un mémoire manuscrit du Père de Monsabert sur les biens de l’abbaye de Sainte-Croix – sont restées inédites.

 

Pour mieux connaître les pays où s’était écrite l’histoire, elle voyageait l’été, et ses cartes postales soigneusement choisies témoignent de son goût pour l’art, efflorescence ou marqueur de l’histoire.

 

Enseignante chrétienne au lycée, elle respecta loyalement la laïcité mais sut défendre fermement ses convictions humanistes sans se laisser récupérer – tout en restant, encore récemment, d’une grande largeur d’esprit sur le plan de l’éthique publique.

 

2).     L’amitié. D’abord l’affection familiale, sur fond de son attachement à sa Chalosse natale, à ses parents, à ses ancêtres et à sa famille étendue, aux amis de Saint-Sever et d’Amou. Encore ces derniers temps, elle se remémorait la délicatesse de sa mère. Puis envers son frère et sa sœur Marguerite, ses nièces et leurs familles. Les amis, certains collègues, ses anciennes élèves et celles et ceux que la vie lui faisait rencontrer ; ceux que ses anniversaires réunissaient ; des amis béninois de Marguerite lui restent d’une fidélité touchante. Mais la rançon du grand âge était que beaucoup disparaissaient avant elle et que la solitude se creusait.

 

À la Grand-maison, tout en restant d’un autre âge et isolée par sa surdité, elle avait des attentions envers telle personne difficile, telle autre qu’il fallait aider, ou envers une résidente sourde-muette avec qui elle correspondait par billets pendant les repas ; elle éprouvait beaucoup de reconnaissance envers les Sœurs de la Grand-Maison et leur aumônier, envers le personnel de la maison de retraite, son médecin, une de ses voisines qui l’aidait à aller à la messe et aux repas, envers les personnes qui lui portaient la communion.

 

3).     Sa foi était sans doute héritée de sa mère et de son éducation religieuse. Tout en exerçant son esprit critique d’intellectuelle et d’historienne, elle garda et développa sa foi, puis la servit dans la Paroisse universitaire et dans bien des groupes ou associations, comme les amis de Sainte-Radegonde ou ceux de Sainte-Croix.

 

Elle découvrit la liturgie bénédictine il y a exactement 70 ans, le 12 octobre 1943 à Ligugé, pour la fête de la Dédicace de l’église, et entra bientôt dans l’oblature, respectant soigneusement les devoirs de prière quotidienne et vivant autant que possible en symbiose avec les monastères, où elle se fit des amis et des amies ; une future moniale de Saint-Jean d’Angély[3] l’aida à trouver son premier logement poitevin ; les archivistes de Sainte-Croix[4] et Saint-Julien l’Ars[5] et bien d’autres restaient en correspondance avec elle.

 

Elle faisait partie d’un noyau catholique poitevin actif, sans exclusive, suivait les recherches d’un groupe œcuménique bien antérieur à Vatican II, avec le Père René Girault ou même avant lui. Elle participa à l’un des tout premiers pèlerinages à Rome de l’après-guerre, œuvrant avec ses compagnons à la réconciliation des anciennes nations ennemies, amenant ou accueillant à Poitiers des amies de pays germaniques. Sa générosité envers les personnes et les communautés ne se démentit jamais.

 

Intellectuelle chrétienne, elle avait ses références, comme le Père Pâris[6] et des religieux proches de Poitiers. Percevant bien la transcendance de la foi par rapport à l’expérience quotidienne ou à celles que rapporte l’histoire, elle vivait ce décalage, parfois cet écartèlement, avec lucidité mais le résolvait par la prière, demandant à ses visiteurs, en ses derniers jours, de prier avec elle.

 

Elle pratiquait la lecture spirituelle recommandée par saint Benoît : des classiques comme Cassien, mais aussi des écrivains contemporains. Peu portée à la spéculation philosophique ou théologique (comme René Labande, historien lui aussi), elle aimait lire des travaux portant sur la Bible, la personne du Christ. Elle lut les premiers volumes publiés du monumental "Un juif nommé Jésus" de John-Paul Meier, qu’elle pouvait trouver parfois trop inféodé à la critique contemporaine ; et les deux volumes sur Jésus de Benoit XVI, qu’elle trouvait par endroits trop apologétique et pas assez rigoureux.

 

Nous retrouvions ici, vécues au quotidien, les lectures de notre messe. Saint Paul évoque la fin de notre vie terrestre et affirme sa conviction que nous avons une demeure éternelle préparée près du Christ. Il préférerait émigrer près du Christ mais confesse en même temps qu’il marche dans la foi, non dans la claire vision, mais, comme l’expérimentait notre amie, avec l’angoisse du Passage et l’espérance de la Rencontre.

 

Le discours d’adieu de Jésus à ses disciples, en saint Jean, est aussi la prière pour l’unité. La vie éternelle sera de connaître Dieu face à face. Jésus veut que ses disciples contemplent sa gloire, celle qu’il avait dès avant la création du monde, et leur a donnée. La contemplation sera donnée au-delà de la mort ; mais la gloire, c’est d’aimer comme Jésus a aimé. "Qu’ils soient là où je serai", "et que je sois en eux". Une des sources des amitiés de Louise Coudanne était l’amour dont Dieu l’aimait, ainsi que les personnes qu’il a créées, quelles qu’elles soient. Elle s’attachait à les servir ou les combler avec beaucoup de générosité, tel Jean-Claude Vincent qui l’appelait "grand-mère" et dont la disparition prématurée lui causa beaucoup de chagrin.

 

Tout cela se vivait avec un tempérament gascon, fort et exigeant, avec parfois des nuages, mais qui se résolvaient tôt ou tard. Nous avons donc eu le privilège de fréquenter ou côtoyer une personnalité forte, richement douée, rayonnante, dont la générosité doit nous stimuler durablement.

 

P. Vincent Desprez (Ligugé)

 


 

[1] Histoire de l’abbaye Sainte-Croix de Poitiers, dir. E.R. Labande, Poitiers, 1986.

[2] Dans la revue Cîteaux. Commentarii cistercienses.

[3] La future sœur Grégoria ou Baptista ; l’une et l’autre lui restèrent fidèles, notamment après le transfert de cette communauté à Maumont.

[4] Sœur Colomba Chevalier.

[5] Sœur Marie-Joseph, et Mère Marie-Clotilde.

[6] Aumônier de la Paroisse universitaire à Paris.