N° 26 – 12 mai 2014

 

Le manteau partagé de Saint Martin

 

Lettre aux oblats n°8

 

Saint Martin,

Priez pour nous !

 

 

Abbaye Saint-Martin

F – 86240 Ligugé

05 49 55 21 12

 

 

« Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait »

(Mt 25, 40)

 

 

Le partage du manteau : le mot du P. Joël

 

        

Chers Oblats et amis,

 

         Déjà plus de trois semaines que la lumière du Christ ressuscité a illuminé notre nuit ! Nous sommes déjà à mi-chemin entre Pâques et la Pentecôte. Que l’Esprit Saint nous donne de vivre pleinement ce temps béni, qu’il nous prépare lui-même à le recevoir ! Qu’il nous donne sinon le don des langues du moins des langues de feu pour annoncer la Bonne Nouvelle !

 

         Depuis la dernière Lettre aux oblats, datée du 6 novembre 2013, nous avons eu la joie, le 11 novembre, en la solennité de saint Martin, d’entourer Diane de Ternay pour sa promesse d’oblature.

 

         Puis ce fut notre réunion des oblats les 6, 7 et 8 décembre qui a permis à un bon nombre d’entre vous de se retrouver et de réfléchir sur la Règle de saint Benoît principalement sur les Instruments de l’art spirituel au chapitre 4.

 

         C’est à cette occasion, en la fête de saint Ambroise, le 7 décembre, que Céline Drapeau a été accueillie dans l’oblature.

 

         Le lendemain, dimanche 8 décembre, notre frère Antoine-Frédéric, entourée des moines de la communauté et en présence de sa famille, a fait sa Profession solennelle. Nul doute qu’en ce jour béni, la Vierge Marie veillait sur les siens !

 

         Le mercredi 1er janvier 2014, en la solennité de Marie, Mère de Dieu, ce fut la promesse d’oblature de Marie-François Bourmault Espinousse. N’ayant pu venir, pour raison de santé, le 8 décembre comme c’était initialement prévu pour sa promesse, elle fut bien consolée en ce premier jour de l’an et nous tous aussi !

 

         Le mercredi 19 mars, en la fête de saint Joseph, ce fut alors au tour de Jean-Louis Giard de faire sa promesse d’oblature.

 

Pour la Pentecôte, nous aurons sans doute encore une promesse d’oblature, celle de Christophe Marmorat.

 

         Je vous propose une réunion des oblats pour les 13, 14 et 15 juin. Le vendredi 13 à 16h, nous aurons une réunion informelle d’échanges pour ceux et celles qui seront arrivés. Le samedi 14, nous nous réunirons à 10h et à 16h en poursuivant notre lecture de la Règle. Le lendemain dimanche 15, nous pourrons nous retrouver après la messe vers 11h30. Il y aura peut-être à cette occasion une visite de l’atelier d’émaillerie.

 

         Comme chaque année, vers la fin du mois de juillet, ce sera la retraite ouverte à tous. Un bon nombre d’entre vous aiment à y participer. Elle est fixée du lundi 21 au dimanche 27 juillet avec deux conférences par jour, à 10h et à 16h30, une seule le dimanche après la messe, soit 15 conférences. Le thème que j’ai retenu pour cette année est le suivant :

 

Foi de l’Eglise au IVe siècle et naissance du monachisme.

 

 Saint Athanase (v. 295-373), défenseur du concile de Nicée (325)

et biographe de saint Antoine, le père des moines (v. 251-356).

 

 

Depuis la dernière Lettre aux oblats, je me suis rendu dans plusieurs communautés monastiques. Après avoir prêché la retraite des Augustines Hospitalières de Malestroit près de Vannes et être passé chez les Franciscaines d’Angers, j’ai donné en novembre des conférences sur l’Espérance théologale chez les trappistes de Bricquebec ainsi que chez les carmélites d’Avranches pour des Sœurs apostoliques de la Manche. Puis il y eu une session sur « la grâce et la liberté chez saint Augustin » que j’ai donnée aux bénédictines de Bouzy près d’Orléans. En janvier, j’ai organisé un colloque au Collège des Bernardins pour le quatrième centenaire de la naissance de Catherine Mectilde de Bar (1614-1698), fondatrice des Bénédictines de l’Adoration perpétuelle. Après quoi, en février, je suis allé en Sologne à Magdala, la maison des Fraternités Monastiques de Jérusalem, pour y donner une dizaine d’heures de cours dans le cadre du Studium Théologique Inter-Monastères (STIM). Après quelques jours à Parthenay et à Amailloux, à la demande de notre archevêque, pour aider les sœurs de la Fraternité Marie Immaculée, je suis allé prêcher la retraite des bénédictines de Pié-Foulard à Prailles non loin de Saint-Maixent. Puis en mars j’ai pris la direction de l’Alsace pour l’Assemblée Confédérale des Prieures Bénédictines du Saint-Sacrement à Rosheim et pour leurs voisines les cisterciennes de Baumgarten, près de Barr. A peine revenu, je suis reparti vers la Bretagne pour la retraite des augustines de Morlaix avec un retour en avril vers Angoulême pour répondre aux appels des bénédictines de Maumont. Sous peu, en ce mois de mai, je serai de nouveau à Parthenay et chez les sœurs d’Amailloux puis chez les clarisses de Chamalières et enfin au carmel de Sens. Et bien-sûr, y compris pendant mes déplacements, j’assure le courrier de l’hôtellerie, ce qui n’est pas une mince affaire car les demandes de réservations – plus de cinq mille dans l’année – transitent presque exclusivement aujourd’hui sur internet.

 

Vous vous souvenez peut-être que, dans la dernière Lettre aux oblats, Agnès Héraud nous avait gratifiés de quelques bonnes pages sur le Prologue de la Règle de saint Benoît mis en lien avec le scoutisme. Elle vient de donner naissance à un futur petit louveteau puisque Aubin est né le 8 avril. Joie dans sa famille !

 

Par ailleurs, nous avons prié avec Armelle de Vallois et sa famille lors du retour à Dieu, le 2 mars, de son père, Pierre Chaland. Ne manquons pas de prier pour nos défunts et pour tous ceux qui sont dans la peine.

 

Que le Seigneur nous accompagne tous ! Que l’Esprit Saint nous soit donné pour savoir rendre grâces comme il le faut, pour savoir patienter dans l’épreuve lorsqu’elle survient, pour intercéder en faveur de tous ceux qui comptent sur notre prière ou qui errent sur le chemin de la vie sans savoir à quelle porte frapper en quête d’aide et de réconfort ! Bon courage à tous !

 

 

 

 

 

Jésus ressuscité et la mission des saintes femmes

 

Homélie donnée par le P. André-Junien Guérit, supérieur, à Ligugé,

dans la nuit du 19 au 20 avril 2014 en la Veillée pascale, année A (Mt 28, 1-10)

 

 

Les femmes sont les premières à qui se révèle la Bonne Nouvelle !

 

Nous le verrons encore avec les textes de la liturgie du jour de Pâques, mais dès cette nuit de la veillée pascale nous voyons l’importance de l’accueil dans la foi de la Parole divine dans toute l’histoire sainte et principalement dans l’évangile que nous venons d’entendre.

 

Au matin de Pâques, tandis que les gardes incrédules tremblent d’effroi et sont même foudroyés, paralysés par l’apparition fulgurante de l’ange du Seigneur, les femmes qui ont suivi Jésus depuis la Galilée et qui cherchent à approcher son corps pour lui rendre les derniers hommages comme on le fait pour un défunt cher, ces femmes vont faire l’objet d’une attention divine inouïe et d’une sollicitude sans pareille de la part de Dieu.

 

Elles sont les premières à qui se révèle la Bonne Nouvelle qui va changer le monde, elles ont le privilège de recevoir directement du Ciel non seulement l’Annonce mais encore la preuve vivante de la résurrection de Jésus. Et ce n’est pas tout, dépositaires de cette Annonce Heureuse, elles sont envoyées en mission auprès des disciples pour leur transmettre le message céleste. Apôtres des apôtres. Quel titre, quel honneur, quel privilège !

 

Pourquoi passer par ces femmes ?

 

Mais quelles raisons le texte évangélique avance-t-il pour expliquer une telle élection, un tel choix divin ? Là encore Dieu ne pouvait-il pas faire connaître directement  aux principaux intéressés, à commencer par les Apôtres, la victoire de Jésus sur la mort. Pourquoi passer par ces femmes ? Qu’ont ces femmes plus que tous les autres ?

 

D’abord si Dieu met en avant des femmes et non des hommes, cela est déjà significatif. Il choisit des êtres humains à qui on ne prête guère attention habituellement, et pour lesquels au temps de Jésus, on n’a pas de grande considération. Cela est vrai aussi pour les bergers de la nativité, cela est vrai encore pour les enfants que Jésus donne comme modèle à ses disciples, cela est vrai pour les publicains, les prostituées, les Samaritains, dont Jésus rétablit la dignité et à tous accorde les mêmes droits au salut.

 

Sans doute  une des visées de ce texte est d’apprendre aux disciples hommes et surtout aux Apôtres à collaborer avec les femmes disciples, à se laisser aider par elles, à se laisser évangéliser par elles. Car nous le constatons à toutes les époques, les femmes constituent la plus grande réserve d’énergie pour la vie de l’Eglise, le grand vivier de sainteté dont notre monde a tant besoin, à commencer par la cellule familiale.

 

Leur foi mise à l’épreuve n’a pas fléchi

 

Mais Si Dieu choisit en ce matin de Pâques, les femmes venues pour « voir le tombeau »,  ce n’est pas seulement parce qu’elles sont des femmes plus ou moins considérées, mais parce qu’elles sont animées d’un grand désir de manifester leur fidèle attachement à celui qu’elles ont su reconnaître de son vivant comme l’Envoyé de Dieu.

 

Leur foi mise à l’épreuve n’a pas fléchi, contrairement aux Apôtres, leur attachement à Jésus est total et intact, elles l’ont suivi depuis la Galilée, elles étaient là à son exécution comme crucifié, et jusqu’à sa déposition dans le tombeau.

 

Elles sont encore là au matin du lendemain du sabbat, non abattues mais fidèles dans leur dévouement et leur affection pour le maître, et prêtes à braver la persécution que tout le monde redoute dans le camp des fidèles. Les Apôtres eux se sont barricadés et font profil bas.

 

Un attachement sans faille, une fidélité à toute épreuve.

 

C’est la foi persévérante de ces femmes qui semble être récompensée et du même coup renforcée par cette expérience d’une communication surnaturelle en deux temps, en bénéficiant de deux apparitions, coup sur coup, et du messager céleste et du Ressuscité en personne.

 

Mais plus exactement, on peut aussi comprendre que c’est leur foi qui est la cause première de cette double grâce qui leur échoit : d’où la parole de L’ange qui justifie sa venue par ces mots adressés aux femmes : « je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié ».

 

Elles cherchent Jésus le Crucifié, dans la peine, mais aussi dans un attachement sans faille, dans une fidélité à toute épreuve.

 

C’est en réponse à leur foi au Christ, qu’elles ont connu et servi, que l’ange du Seigneur est descendu du ciel et leur annonce la bonne nouvelle de la résurrection de leur bien-aimé maître.

 

Et l’ange appuie son message en enlevant la lourde pierre qui fermait l’entrée du tombeau, pour leur montrer que le tombeau est bien vide et qu’elles ne le rencontreront pas là : « Venez voir l’endroit où il gisait ».

 

Leur adhésion sans réserve au message pascal

 

Leur adhésion sans réserve au message pascal est une nouvelle manifestation de la foi de ces femmes, qui semble grandir au fur et à mesure de l’apparition.

 

De plus, l’ange les charge de transmettre le message aux disciples : Vite, allez dire à ses disciples : « Il est ressuscité des morts et voici qu’il vous précède en Galilée : c’est là que vous le verrez. Et elles s’exécutent sans délai.

 

Sans doute cette nouvelle de la résurrection de Jésus répondait parfaitement à leur attente secrète, à leur désir inavoué que l’enseignement de Jésus avait fait naitre chez elles avant sa mort. Bref leur foi dans leur Seigneur leur permet de recevoir dans une entière confiance le message bienheureux et libérateur de la Résurrection de Jésus, et d’accueillir chaleureusement cette vérité donnée par le Ciel.

 

Les femmes, premiers témoins du Ressuscité !

 

Témoins de cette merveille vue et entendue, et bien que bouleversées, par l’apparition de cet être céleste lumineux tout de blanc vêtu, les femmes obéissent aussitôt  à la parole de l’ange, puisque c’est avec le cœur plein d’une grande joie, et avec empressement (tachy), qu’elles se mettent à courir, à voler, pour annoncer aux autres disciples l’annonce de la résurrection du Maître.

 

Autant d’actes de foi vive qui leur vaut finalement d’être gratifiées presque aussitôt d’une apparition du Seigneur Ressuscité Lui-même, du Vainqueur glorieux de la mort, du Vivant pour les siècles des siècles.

 

Avaient-elles besoin d’une confirmation de cette nouvelle incroyable, ou n’était-ce par plutôt l’ultime récompense de leur grande foi qui leur valait autant de signes surnaturels ?

 

Dès la présence du Ressuscité rendue visible et sensible, leur disant : « Réjouissez-vous ! (chairete) », les femmes loin de redouter, loin de douter, et de reculer, s’approchent de lui et lui saisissent ses pieds en se prosternant devant lui, pour l’adorer. Magnifique scène qui contraste avec celle de la rencontre de Jésus avec les Onze en Galilée qui eux, garderont la distance (au point où c’est Jésus qui sera dit s’approcher d’eux), et seront tous envahis par le doute.

 

Et Jésus appuie le message de l’ange et à nouveau il charge les femmes de le transmettre aux disciples : « Allez annoncer à mes frères, qu’ils doivent se rendre en Galilée, c’est là qu’ils me verront ».

 

Les femmes n’ont plus besoin de recevoir de la part de Jésus la consigne de l’annonce de sa résurrection, elles-mêmes deviennent les témoins vivants du ressuscité, puisqu’elles le voient, l’entendent et le touchent. Peu ont fait cette expérience de tenir dans leurs mains les pieds du Ressuscité, parce que peu sans doute ont vécu une foi aussi grande, gardant dans leur cœur la présence divine en Jésus.

 

« Je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié »

 

Les femmes cherchaient le Crucifié et elles trouvent le Ressuscité.

 

Et nous, cherchons nous vraiment Jésus le crucifié ? Quelle est notre foi ? Même si nous ne bénéficions pas d’apparitions angéliques, quel accueil réservons-nous à ce que Dieu nous dit par ses prophètes, par les Ecritures, par son Verbe incarné, par son Eglise ?

 

Si toute l’histoire sainte progresse, et n’avance que par des interventions surnaturelles auxquelles des hommes donnent leur assentiment, comme nous l’avons entendu dans les textes liturgiques de cette veillée pascale (Abraham, Moïse, les Prophètes) nous-mêmes nous ne progressons en humanité et dans la vie spirituelle qu’en accueillant la Parole divine qui s’offre à nous dans les Ecritures, dans la vie de l’Eglise et dans les évènements de la vie quotidienne si nous demeurons réceptifs, disponibles, libres, sans peur, comme les femmes au tombeau, modèles de foi en Celui qui est la Voie, la Vérité et la Vie.

 

Que cette célébration pascale fasse de nous des vrais disciples, cherchant Jésus le Crucifié et accueillant sans sourciller la Bonne Nouvelle de sa Résurrection et témoignant du Ressuscité par toute notre vie de foi !

 

A lui soit la Gloire éternellement ! Alleluia !

P. André-Junien Guérit

 

 

 

 

 

Jésus leur dit : « La paix soit avec vous ! »

 

Homélie donnée par le P. Joël Letellier à Ligugé, le dimanche 27 avril 2014

2e dimanche après Pâques (année A) et jour de la canonisation de Jean XXIII et de Jean-Paul II

(Actes 2, 42-47 ; I Pe 1, 3-9 ; Jn 20, 19-31)

 

Le huitième jour après le premier jour de la re-création

 

         Il y a une semaine, dimanche dernier, et plus exactement dans la nuit du samedi au dimanche lors de la veillée pascale, autour du feu nouveau qui illuminait la nuit et qui a transmis sa flamme au cierge pascal qui est ici, nous fêtions la Résurrection du Seigneur. Et nous l’avons célébrée tous les jours de cette semaine jusqu’à aujourd’hui en cette octave, en ce deuxième dimanche de Pâques qui est le huitième jour après le premier jour de la recréation.

 

Ce dimanche est donc la commémoration par excellence de la Pâque, celui qui inaugure la commémoration hebdomadaire de la Pâque éternelle. Ainsi durant toute l’année liturgique, nous célébrons chaque dimanche la Pâque, le « jour du Seigneur », le jour très saint où l’Eglise fait mémoire de la Résurrection du Christ qui, du coup, nous ouvre à la perspective de notre propre résurrection et de notre vie éternelle en Dieu.

 

         Frères et sœurs, avons-nous vraiment conscience de ce que la Résurrection du Christ implique pour nous ? Faisons-nous vraiment le lien au cours de l’année, lorsque nous venons de dimanche en dimanche participer à l’eucharistie, entre la Passion-Résurrection du Christ et notre propre vie quotidienne qui se trouve, de ce fait, placée dans la trajectoire du Christ ressuscité ?

 

En Christ, vainqueur de toute mort, sont adoucies, absorbées et transfigurées toutes nos amertumes, nos souffrances et nos morts. Il doit y avoir une cohérence entre notre foi et l’expression de notre foi, entre notre adhésion au témoignage de la Bonne Nouvelle que nous apporte l’Evangile qui est la « mémoire des apôtres » et notre vie en tous ses aspects, aussi bien sur le plan individuel que sur le plan collectif, dans l’intimité de notre cœur comme dans la sphère publique et sociale.

 

A nous de recevoir l’Evangile,

de le vivre et de l’annoncer avec conviction !

 

A nous, qui que nous soyons, d’être les récepteurs de la grâce, d’être les acteurs de la vie nouvelle déposée en nos mains, d’être les passeurs de la foi pour transmettre, d’une manière ou d’une autre, la lumière du Christ à toute personne que nous côtoyons. A nous de recevoir l’Evangile, de le vivre et de l’annoncer avec conviction : oui, le Christ est vraiment ressuscité !

 

         Sur la voussure en arc de cercle du tympan du portail intérieur de l’abbatiale de Vézelay, sous l’archivolte, de nombreux personnages, d’infirmes qu’ils étaient, se trouvent guéris et se font comme la chaîne en se transmettant l’annonce de la Résurrection. Chacun chuchote ou clame à son voisin la Bonne Nouvelle qui n’en finit pas de courir le monde encore aujourd’hui. Et cependant, nous le savons bien, beaucoup ignorent ou doutent ou ne veulent pas se préoccuper de ce qui semble lointain et étranger à leur propre existence quotidienne.

 

           L’annonce de la foi au cœur de notre monde contemporain, y compris à nos propres oreilles, devrait être notre préoccupation majeure. Elle a été celle des apôtres et de tant et tant de générations de chrétiens, elle a été celle des innombrables martyrs de la foi, elle a été celle de tous ces pasteurs et ces chrétiens qui ont vécu saintement au nombre desquels, aujourd’hui, nous comptons saint Jean XXIII et saint Jean-Paul II.

 

         L’Eglise est persécutée en de nombreux endroits et des chrétiens suivent en ce moment leur chemin de croix en mettant leur pas dans les pas de Jésus. Et cependant, paradoxalement, l’Eglise est en fête aujourd’hui parce que c’est Pâques et que la sainteté rayonne. Au-delà de la résonnance médiatique car l’événement est de taille – deux papes vivants concélèbrent la messe de canonisation de deux saints papes, ce qui est une première dans l’histoire – il y a, plus invisiblement et plus durablement, le don que le Seigneur nous fait en son amour et en son infinie miséricorde.

 

         Deux fois, Jésus le dit à ses disciples et il nous le dit à nouveau ce matin : « La paix soit avec vous ! ». L’Esprit Saint est à l’œuvre et va nous être donné. C’est lui qui nous conduira vers la vérité tout entière !

P. Joël Letellier

 

 

 

 

 

 

Jésus, le Bon Pasteur

 

Homélie donnée par le P. André Ardouin à Ligugé, le 11 mai 2014.

 4ème dimanche de Pâques (année A) (Actes 2, 14-41 ; I Pe 2, 20-25 ; Jn 10, 1-10)

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Le bon berger ne domine pas et n’est pas un prédateur.

Jésus ne force pas l’homme à le suivre, il l’appelle seulement…

                                     

Lorsqu’on dit de Jésus qu’il est le bon pasteur, on a souvent en tête l’image bucolique d’un tendre berger qui conduirait son troupeau dans une atmosphère pleine de douceur. Cela ne correspond pas au Jésus révélé par saint Jean dans son évangile.

 

L’épisode évangélique retenu par la liturgie en ce dimanche se place dans le contexte de la Fête des Tentes. L’évangéliste Jean a coutume de situer ainsi les événements les plus importants, c’est-à-dire dans le cadre d’une fête juive : la Pâque, la Fête des Tentes et la Dédicace. Durant la Fête des Tentes, on voit croître et s’exacerber tout ce qui oppose Jésus aux autorités juives, en particulier dans le long récit de la guérison de l’aveugle-né. La parabole du bon pasteur qui lui fait immédiatement suite est à comprendre dans les limites de cette polémique, dont le terme sera la mort de Jésus sur la croix.

 

Dans une première image, Jésus oppose le bon berger au voleur ou au brigand. Le berger entre par la porte, tandis que le voleur ou le brigand pénètre dans l’enclos des brebis en escaladant le muret qui sert d’enceinte. Le berger n’est pas là pour dominer ou comme prédateur. Jésus ne force pas l’homme à le suivre, il l’appelle seulement. Il respecte chacun d’entre nous sans le forcer à croire. Que serait notre foi chrétienne si elle était faite d’une soumission imposée de l’extérieur, sans que l’homme puisse se décider en toute liberté ?

 

Les hommes d’aujourd’hui sont à la recherche du bonheur,

d’un mieux-vivre, de quelque chose qui donne un sens à leur vie.

 

Il faut voir dans le voleur ou le brigand les autorités juives qui veulent imposer leur manière de vivre, leur conception du salut, sans vivre elles-mêmes ce qu’elles préconisent. Elles enseignent aux petits du peuple le chemin pour aller à Dieu. Quand Jésus dit plus loin dans notre texte que ceux qui sont venus avant lui sont les voleurs et les brigands, il ne pense pas aux prophètes de l’Ancien Testament, ni à tous les justes qui l’ont précédé dans la foi. Il vise explicitement les scribes, les pharisiens et les sadducéens qui se mettent volontairement au travers de sa route. Il s’agit de cette lignée de chefs religieux et politiques qui ont détenu le pouvoir depuis le temps des Maccabées.

 

Les hommes d’aujourd’hui sont à la recherche du bonheur, d’un mieux-vivre, de quelque chose qui donne un sens à leur vie. Ils le trouvent parfois dans ce qui ne rassasie pas, dans un ersatz de plénitude qui ne peut pas combler le cœur. Jésus se présente comme la porte du bonheur, de la vraie vie, de la plénitude de la joie. « Je suis la porte des brebis » (v.7), affirme-t-il, ajoutant un peu plus loin, simplement : « Je suis la porte. » (v.9) Pour nous, il n’y a pas d’autre chemin pour aller à Dieu, pas d’autre voie que de passer par le Christ.

 

Le Christ est la porte qui nous donne accès au Royaume

 

Jésus a vécu pleinement notre condition humaine. Passer par le Christ, c’est assurément assumer cette condition, de telle manière que l’homme tout entier soit sauvé. Car, en passant par le Christ, nous accédons au salut qui nous est proposé par lui, nous entrons dans le Royaume qu’il annonce en toutes circonstances, nous prenons part à la vie même de Dieu. Le Christ est bien la porte qui nous conduit au salut.

 

Mais passer par le Christ ne se limite pas à cela. C’est accepter aussi de vivre sa Pâque, de marcher à sa suite dans notre route vers le Père. Cette marche sera toujours, d’une manière ou d’une autre, un chemin de croix, un temps d’oubli de soi et d’ouverture à l’autre, un renoncement à bien des choses pour vivre du seul Amour. Le chemin est long qui conduit à Dieu et qui permet en même temps de s’ouvrir aux autres. Il passe par bien des sacrifices, qui, vécus dans la foi, élargissent le cœur aux dimensions du monde. Souvent, nous vivons d’une manière étriquée, parce que nous ne sommes plus portés par l’amour. Nous n’approfondissons plus la Parole de notre Dieu dans la prière.

 

Passer par le Christ, c’est larguer les amarres

et s’élancer vers le large !

 

Passer par le Christ, ce peut être enfin larguer les amarres et s’élancer en direction du large. Notre foi chrétienne s’apparentera parfois à un saut dans l’inconnu, bien qu’elle reste toujours « raisonnable », c’est-à-dire guidée par la Parole et le Sacrement, par Dieu lui-même qui se dit dans une histoire, la nôtre aujourd’hui, et par les autres hommes dont la vie nous attire vers Dieu.

Le Christ est la porte que nous franchissons chaque jour à nouveau pour entrer dans le Royaume. Ce n’est pas tant une porte étroite marquée par la souffrance et le renoncement qu’une ouverture à Dieu qui est lumière et eau vive sur notre route. Ce sont  les deux thèmes qui marquaient la Fête juive des Tentes et que Jésus reprend à son compte dans les textes qui précèdent l’évangile de ce jour.

 

Vivons de l’Esprit promis et nous serons alors dans la joie !

 

Comme les brebis qui écoutent le berger et le suivent, écoutons la Parole de Dieu, méditons-la et mettons-la en pratique. Devenons des témoins de son Amour qu’il nous est donné de vivre aujourd’hui. Vivons de l’Esprit promis et nous serons alors dans la joie.

 

Passer par la porte qu’est le Christ, c’est vivre avec lui, en mesurant la hauteur et la profondeur de l’Amour de Dieu, qui a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint.

P. André Ardouin

 

        

 

 

 

Pourquoi "prier" pour les vocations ?

 

par le P. Joël Letellier

 

1. Une prise de conscience

 

Rien de plus habituel dans l'Eglise que de "prier pour les vocations". Chaque année, un dimanche est officiellement consacré à la prière pour les vocations. De nombreuses homélies, surtout en ces temps de pénurie de prêtres, nous invitent à redoubler d'ardeur pour "demander au Maître de la moisson d'envoyer des ouvriers à sa moisson" (Mt 9, 38 ; Lc 10, 2). Nombreux sont les documents, les livres, les articles, les conférences et débats sur la raréfaction des prêtres, des religieux et religieuses, sur le regroupement des paroisses en milieu rural, sur les conséquences à court et moyen termes comme sur les perspectives alarmistes à long terme.

 

Cette "baisse des vocations", conjointe à l'indifférence religieuse grandissante et à la diminution assez spectaculaire – du moins en Europe – du nombre de participants à la messe dominicale peut faire naître bien des commentaires médiatiques et susciter nombre de prises de conscience, de réflexions et d'échanges en tous genres.

 

Loin de nous de vouloir verser dans un pessimisme de mauvais aloi. Certes, des difficultés existent bien réellement dans l'annonce de l'Evangile aujourd'hui au cœur de notre vieux monde. La foi chrétienne cependant n'en est pas à son premier défi à relever. Il faut se rappeler que c'est l'insouciance du succès ou de l'illusion du succès qui cache l'arrivée des crises alors que les prises de conscience – parfois bien amères – de la réalité telle qu'elle est, entraînent lucidité, courage et regain de prière et de vitalité.

 

La jeunesse actuelle, sous de multiples formes, nous donne déjà les prémices d'un renouveau prometteur. Le besoin spontané de prier, le désir de se faire aider et guider, le sens de la solidarité et le don de soi sont autant d'atouts non négligeables. Le dévouement des pasteurs et de nombre de chrétiens engagés, le sérieux de la formation humaine, spirituelle et intellectuelle de beaucoup de jeunes prêtres qui s'adonnent avec zèle à leur ministère, la persévérance et la fidélité des plus anciens, le soutien fervent et réconfortant de communautés religieuses actives ou contemplatives rendent manifeste le travail de l'Esprit Saint dans les cœurs et devraient empêcher tout sentiment de désarroi ou d'inquiétude.

 

2. Des questions

 

Il n'en est pas moins vrai qu'il est plus que jamais nécessaire de "prier pour les vocations". Mais pourquoi donc prier ainsi pour les vocations ? Et d'abord, qu'est-ce que prier pour les vocations ? Et qu'entendre par le mot de "vocation" ? Et pourquoi prier si Dieu sait plus que nous ce qu'il nous faut ? Autant s'interroger sur la prière elle-même. Quelle force peut-elle avoir sur le cœur de Dieu ? Comment peut-elle opérer un changement en Dieu ? Pourquoi Dieu serait-il attentif à nos prières si nous lui demandons maintenant des prêtres alors qu'il aurait été insensible à toutes celles qui sont montées vers lui ces dernières décennies ? Quel impact notre prière peut-elle donc avoir sur le cours des événements ?

 

Autant de questions posées ici pêle-mêle parmi tant d'autres qui peuvent insidieusement nous harceler l'esprit et le cœur et peut-être même nous apporter quelque trouble sur le chemin de notre foi. Puisse Dieu nous éclairer et nous aider à apporter quelques éléments de réponse, quelques précisions et peut-être aussi quelque lumière ou illumination intérieure qui nous fera mieux comprendre la nécessité d'intensifier notre prière pour les vocations !

 

3. Une histoire d'enfant

 

Ne m'en voulez pas de commencer par une petite histoire d'enfant. Un jour, au sein d'une famille dont les parents se montraient attentifs à enseigner à leurs enfants la prière et l'amour de l'Eglise, on se mit à "prier pour les vocations". C’était au temps du pontificat de Jean-Paul II. Les parents venaient de déplorer le manque de prêtres et de souligner l'urgence qu'il y avait à implorer la grâce du Seigneur pour augmenter leur nombre. L'aînée se mit alors en devoir de demander au Seigneur des séminaristes pour venir au secours des prêtres qui n'étaient plus assez nombreux. Aussitôt après elle, une petite voix s'éleva, celle du benjamin qui déclara tout spontanément et bien naïvement : "Et moi, Jésus, je te demande d'envoyer des papes parce qu'il n'y en a plus qu'un seul" ! On imagine la stupéfaction amusée de la famille en entendant la fervente prière de ce petit bonhomme au si grand cœur !

 

A nous, grandes personnes, de rire de ce mot d'enfant et de lui faire comprendre qu'un deuxième pape n'est pas ce qu'il faut souhaiter de mieux pour l'Eglise de Dieu ! Et pourtant, aujourd’hui, nous avons bien « deux papes » l’un en exercice, François, et l’autre émérite, Benoît XVI, et nous les avons vus encore récemment lors de la canonisation de deux autres papes leurs prédécesseurs, Jean XXIII et Jean-Paul II. Qui eut pu imaginer cela il y a quelques années ? A nous aussi de profiter de cet instant pour en tirer quelques leçons. Si cette demande nous paraît tout-à-fait "déraisonnable" parce que bien naïve, enfantine et ne correspondant manifestement pas à la volonté du Seigneur, nous ne pouvons qu'être attentif à la bonne foi supposée de cet enfant dont on peut penser que la prière aura quelque part touché le cœur de Dieu et même porté mystérieusement quelque fruit "raisonnable". A remarquer, avec finesse, que sa demande était motivée selon un critère quantitatif. Puisqu'il n'y a plus qu'un seul pape alors que les prêtres sont encore un bon nombre, l'urgence s'est portée, peut-on dire, sur la catégorie dont "l'espèce est plus menacée, en voie de disparition…".

 

4. Transposition pour adultes

 

Transposons maintenant cette prière d'enfant en prière d'adulte. N'avons-nous pas, d'une certaine manière, cet attrait pour les chiffres et les statistiques, d'où cet affolement – bien compréhensible parfois – devant la réalité ? Une vive et bien légitime inquiétude, surtout de la part des pasteurs responsables du troupeau que le Seigneur leur a confié, peut susciter une prière plus ardente pour améliorer une situation critique en de nombreux endroits. A ce sujet, je pense souvent à Abraham, le père des croyants, chargé par Dieu de guider au jour le jour ceux qui étaient avec lui en ignorant lui-même tout de la destination et du temps qu'il faudrait pour arriver au terme de sa pérégrination. Rude épreuve qui met à nu la foi et qui la purifie dans le désert ! Abraham constatait qu'un bon nombre des siens succombaient en chemin et récriminaient contre lui, et il devait quand même continuer à marcher, ayant pour seul appui sa confiance indéfectible en Dieu. Il en fut de même pour le grand Moïse.

 

La prière de notre benjamin exprimait ce qui lui semblait être le plus nécessaire et nous en voyons bien l'évidente naïveté. Cependant, nous-mêmes, ne présentons-nous pas souvent à Dieu des demandes et supplications analogues, toutes proportions gardées, que nous trouvons sans doute fort urgentes et "raisonnables" mais qui, pour Dieu qui voit tout, qui sait tout et qui considère les choses avec beaucoup plus de sagesse que nous, sont secondaires et limitées, "raisonnables" peut-être à nos yeux mais "déraisonnables" et naïves aux yeux de Dieu.

 

Allons plus loin ! Oserions-nous demander dans notre prière la maladie et la mort d'un proche ? Aurions-nous l'idée de prier pour qu'un accident arrive, pour qu'une épreuve survienne ? Non, bien sûr et cela est plutôt bon signe, le contraire en serait étonnant et assurément peu chrétien. Et cependant, combien de retours à Dieu, de réelles conversions, de purifications salutaires se sont opérées au cours d'un douloureux processus contre lequel toute personne se trouve désarmée, désemparée et inquiétée ?

 

La souffrance sous toutes ses formes est à combattre par tous les moyens dont une saine conscience peut disposer et mettre en œuvre, et cependant, on le sait, elle ne peut être absente de notre condition humaine. Tôt ou tard, des épreuves surgissent, longues ou sporadiques, des traversées du désert, des temps de pénurie et de disette sont le lot de tout être humain, de toute collectivité et la mort sous une forme ou sous une autre est pour chacun une certitude inéluctable. Et pourtant, nous le savons, seule la mort nous permettra de rencontrer Dieu pour l'éternité, seule elle peut nous introduire dans le face à face éternel. "Si le grain ne meurt, il ne peut produire du fruit…". Le sang des martyrs, uni à celui du Christ sur la croix, est d'une fécondité spirituelle irremplaçable pour l'Eglise et pour le monde entier ; mais qui donc pourrait souhaiter la persécution et la mort des justes ? Autant de passages difficiles ou parfois extrêmement douloureux, autant de "pierres d'achoppement" pour notre foi, autant de déserts à traverser qui sont cependant autant de Pâques où le Christ peut, en ses membres, sortir victorieux, ressuscité dans la splendeur du matin de la Résurrection !

 

5. La vraie prière chrétienne

 

Dans les moments d'épreuve et de dépouillement, la vraie prière chrétienne est celle où la peur, la crainte et l'angoisse ne sont pas masquées, où la supplication est bien réelle et légitime, mais où, en même temps, s'exprime l'abandon à la volonté supérieure de Dieu, la confiance en son dessein d'amour, la remise entre ses mains. "Père, disait Jésus, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe ! Cependant, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne !" (Lc 22, 42).

 

Nous touchons ici le centre même de toute prière vraiment chrétienne. Que notre désir, notre volonté, notre façon de voir les choses soient clairement exprimées et présentées devant le cœur de Dieu mais que la soumission amoureusement consentie à son dessein d'amour pour nous soit aussi et surtout mise en avant : "Père, si tu le veux !… non pas ma volonté mais la tienne !". Voilà qui est sans doute folie pour l'homme mais bien "raisonnable" aux yeux de Dieu…

 

Ne perdons pas de vue non plus que la prière ne se réduit pas à des mots et encore moins à des demandes. La prière peut être formulée en des paroles mais elle peut n'être qu'un pur élan intérieur du cœur, un cœur à cœur, une intimité, un regard, un silence plus éloquent que toute parole. La prière peut être un geste, une action, une démarche, une vie toute entière placée sous le regard de Dieu. La prière est adoration, elle est louange, émerveillement, action de grâce, demande et supplication, elle exprime ce que le cœur de l'homme peut éprouver en présence du Très-Haut qui est en même temps son confident le plus intime.

 

Dieu, certes, connaît nos besoins, et bien mieux que ce que nous pourrions savoir nous-mêmes. Et cependant, il a voulu dans sa sagesse nous rendre participants de son œuvre de création et de rédemption. Dieu nous a établi co-responsables du jardin où, dès la Genèse, il nous a placés. A toutes les époques de l'Alliance et de l'histoire du salut, Dieu s'est entretenu avec nous pour que nous soyons les coopérateurs de notre propre salut. Notre liberté se trouve dès lors impliquée à toutes les étapes où la sage pédagogie divine se déploie, autant dire à chaque page de notre propre histoire personnelle et communautaire.

 

6. Prier pour les vocations !

 

Prier pour les vocations revient à lui exprimer notre reconnaissance et notre action de grâces pour tous les trésors de sainteté qu'il a déployés au cours de l'histoire en se choisissant des prophètes et des apôtres, des prêtres et des consacrés, des femmes et des hommes de toute culture et de tout âge, de toute nation et de toute race, pour qu'au milieu de son Peuple ils soient des ferments qui fassent lever la pâte de l'Evangile dans les cœurs de leurs contemporains.

 

Prier pour les vocations, ce n'est pas seulement prier pour qu'il y ait des séminaristes, ou des novices dans les communautés religieuses, c'est aussi demander la grâce de la persévérance et de la sainteté pour tous ceux et celles qui se trouvent déjà engagés dans cette vie qui consiste à "suivre le Christ de plus près" au service de la mission.

 

Prier pour les vocations, c'est prier aussi pour soi-même car s'il est vrai que par "vocation" on entend généralement "vocation sacerdotale ou religieuse" au sens spécifique de cette expression, nous sommes tous appelés à la sainteté. Nous avons tous la vocation d'annoncer l'Evangile, de le mettre en pratique dans notre vie et de nous entretenir, dans un dialogue amoureux, avec le Dieu d'amour qui frappe souvent à notre porte sans que nous l'entendions. Et si Dieu nous appelait à le suivre d'une manière plus intime ?

 

Prier pour les vocations, enfin, comme toute prière qui s'adresse à Dieu, c'est bien sûr le rendre attentif à nos besoins mais c'est plus fondamentalement et plus mystérieusement nous ouvrir le cœur à son propre désir qui est de nous rendre heureux pour toujours. Prier Dieu, c'est donc nous ouvrir à ses propres sentiments, c'est nous laisser irriguer par sa propre conception des choses et des événements, c'est nous laisser illuminer le cœur de sa propre vérité à lui. Ce n'est pas Dieu qui change, c'est nous qui, en le priant, changeons de regard pour adopter le regard de Dieu et pour nous rapprocher de son dessein à lui. Tel un bateau dont les occupants hâlent les câbles qui le tirent au rivage : ce n'est pas la terre qui vient vers eux mais le bateau qui s'en rapproche. Ainsi en va-t-il de toute prière.

 

Cela ne veut pas dire que Dieu ne vient pas visiter son peuple mais cela signifie que plus notre cœur rejoint le cœur de Dieu, plus nous coopérons à son dessein d'amour et plus nous nous rendons réceptifs pour recevoir de lui grâces et mission.

 

Puisse notre terre assoiffée voir surgir de son sein, et par la grâce de Dieu, des messagers de paix, porteurs de la Bonne Nouvelle que Jésus-Christ est vraiment le Sauveur de notre monde !