N° 30 – 24 juin 2015

Nativité de saint Jean-Baptiste

 

Le manteau partagé de Saint Martin

 

Lettre aux oblats n°12

 

Saint Martin,

Priez pour nous !

 

 

Abbaye Saint-Martin

F – 86240 Ligugé

05 49 55 21 12

 

 

« Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait »

(Mt 25, 40)

 

 

Le partage du manteau : le mot du P. Joël

 

Chers Oblats et amis,

 

Dans quelques jours nous allons célébrer la naissance de saint Jean-Baptiste le 24 juin et le martyre des saints Pierre et Paul le 29. En ce mois de juin au cours duquel se déroulent les examens et concours pour un bon nombre d’étudiants dont certains ont révisé leurs cours en nos murs, n’oublions pas les ordinations diaconales et sacerdotales ainsi que les professions religieuses pour ceux et celles qui ont ressenti l’appel du Seigneur à lui consacrer leur vie et qui se recommandent à nos prières.

 

Le mois de juin, c’est aussi la perspective pour beaucoup d’un peu de repos bienfaisant et de vacances méritées. Gardons aussi en nos cœurs les soucis des malades et de tous ceux qui, dans le monde, souffrent de la précarité, de l’exil ou de la persécution. Prions intensément pour qu’en ces temps troublés la paix de Dieu puisse se frayer un chemin sur la terre des hommes.

 

Depuis notre dernière Lettre aux oblats datée du 28 janvier 2015, nous avons accueilli cinq nouveaux membres dans l’oblature. Tout d’abord David Beaufrère le dimanche 1er février en la veille de la Présentation du Seigneur puis Madame Béatrice Sklénard le mardi 10 février en la fête de sainte Scholastique.

 

      Ce furent ensuite deux internes en médecine, Marie Gousse et Douglas Liddell, qui ont été accueillis le 29 mars, dimanche des Rameaux, et tout récemment Monsieur Yves ... , en ce dimanche 21 juin, entouré de son épouse et de leur petite fille de trois ans. Souhaitons-leur à chacun de progresser dans l’amour du Christ à la suite de saint Martin, de saint Benoît et de tant d’autres saints qui nous ont frayé la voie !

 

Nous avons prié aussi pour nos défunts spécialement pour Claude Rabec, sœur de notre Frère Louis, décédée dans sa 93ème année le mercredi 25 février 2015, puis pour Madame Monique Lecossois, décédée le 28 mars, épouse de notre oblat René Lecossois, et enfin pour notre oblate Madame Michelle Bovet, de Bordeaux, décédée dans sa 96ème année le 8 avril. Elle avait fait sa promesse d’oblature le 1er mai 1950.

 

Côté moines, on ne peut que se réjouir de l’arrivée de plusieurs postulants notamment celle de Joseph Lii, de Tahiti, entré dans les stalles le 8 février, et celle de Matthieu Frys, entré le 23 février. D’autres stagiaires suivront sans doute bientôt le même chemin. Le dimanche 17 mai, ce fut la prise d’habit de Franck Meilleurat, devenu depuis le Frère Théophile-Franck.

 

Le 11 juin, le Frère Marie-Laurent Kankoé Gnonsou, du monastère de Dzogbegan au Togo (monastère fondé par l’abbaye d’En-Calcat en 1961) est reparti dans son monastère. Il était parmi nous depuis le 30 mars 2014 et nous espérons bien le voir revenir dès que possible. Nous bénéficions depuis le 20 septembre 2014 de la présence pour plusieurs années du Père André Ouédraogo, abbé émérite du monastère de Koubri au Burkina Faso (monastère fondé par Toumliline, au Maroc, et En-Calcat, également en 1961). Enfin, nous est arrivé, aussi pour plusieurs années, le Frère Joseph Ngor Dieng, de Keur Moussa au Sénégal (monastère fondé par Solesmes en 1963). Nous sommes très heureux de leur présence et de leur précieuse aide fraternelle.

 

Notre Père André Ardouin est un habitué de l’Afrique et même du monde entier en tant que Visiteur économique des monastères de la Congrégation de Solesmes et conseiller pour de nombreux autres monastères en ce domaine. Il voyage sans doute autant que notre ancien Père Abbé dom Jean-Pierre Longeat qui, en tant que président de la Conférence des Religieux et Religieuses de France (CORREF) et surtout de l’Alliance Inter-Monastères (AIM), parcourt l’univers monastique sur tous les continents. Quant à notre Père Abbé dom André-Junien Guérit, il a reçu dernièrement son baptême de l’air lors de son premier pèlerinage en Terre Sainte, pèlerinage organisé par le diocèse de Poitiers et auquel participait aussi Mère Martina, abbesse émérite de Sainte-Croix. Il en est revenu très ému et fortifié le 28 mars à la veille des Rameaux.

 

Pour ma part, depuis janvier dernier, je ne suis pas allé aussi loin. Au mois de février, passant par Tours et Limoges, je me suis rendu à Châteauroux pour y donner deux conférences sur la vie consacrée. Je répondais à l’invitation de la communauté paroissiale et notamment de nos amis Marc et Françoise du Pouget très impliqués dans l’animation spirituelle et culturelle de la ville. Sous la conduite de Marc du Pouget, j’ai pu visiter l’impressionnante structure des Archives de l’Indre dont il est le conservateur et, de son côté, Françoise du Pouget m’a conduit au Centre Saint-Jean-de-la-Croix non loin de Châteauroux où j’ai pu rencontrer le Père Max Huot de Longchamp et échanger un peu avec lui sur nos domaines de recherches. En mars, à plusieurs reprises, je suis allé à Parthenay et à Amailloux pour visiter les Sœurs de la Fraternité Marie Immaculée ainsi qu’à La Puye, au-delà de Chauvigny, chez les Filles de la Croix pour y donner une conférence, célébrer l’Eucharistie et rencontrer les sœurs. En avril, j’ai répondu à l’invitation de nos Sœurs bénédictines de Maumont proches d’Angoulême pour y rencontrer la communauté et donner une session sur saint Jean Cassien destinée notamment aux oblats de leur abbaye. En mai, après la région parisienne et la Normandie, j’ai gagné Clermont-Ferrand pour donner une session de patristique chez les clarisses de Chamalières : six conférences sur la Transfiguration commentée par les Pères de l’Eglise.

 

Du 15 au 17 mai se sont déroulées les journées des oblats. Nous étions une bonne vingtaine pour échanger sur le chapitre 7 « De l’humilité » sans avoir pu dépasser toutefois le quatrième degré tant il y avait de choses à dire. Nous reprendrons le fil de notre commentaire à l’automne les 13-14 et 15 novembre. Nous pourrions donc nous retrouver le vendredi 13 novembre à 16h pour une réunion informelle puis le samedi 14 à 11h et à 16h ainsi que le dimanche 15 à 11h45 pour continuer notre lecture commentée de la Règle de saint Benoît.

 

Les activités au monastère n’ont pas manqué : nombreux ont été les stages et sessions proposés dans le cadre de notre hôtellerie tout au long de l’année. Stages d’iconographie (avec André Fage ou avec Georges Farias), stage de calligraphie et d’enluminure (avec Jane Sullivan), stage d’émaillerie ou de chant grégorien avec le Père François. Retraites personnelles, sessions de groupes, accueil d’étudiants en mal de révision, de pèlerins en quête de kilomètres à dépasser pour arriver au but, de personnes abattues qu’il faut relever, de pauvres qu’il faut nourrir et réconforter, de guides et de scouts, de jeunes communiants ou confirmands, de fiancés se préparant à leur mariage, de familles venues se ressourcer avec leurs enfants, autant de visages variés et de situations diverses nécessitant un accueil spécifique et une disponibilité permanente. Autant aussi de motifs d’action de grâces et de prières.

 

Répondant au souhait du Pape François de voir, en cette année de la vie consacrée, des échanges se créer entre communautés, notre Père Abbé a suscité des rencontres fraternelles, c’est ainsi que le jeudi 30 avril la communauté a visité celle des Sœurs de La Puye près de Poitiers, de la Congrégation des Filles de la Croix fondée en 1807 par sainte Jeanne-Elisabeth Bichier des Âges (1773-1838) et le Père André-Hubert Fournet (1752-1834) à vocation hospitalière, enseignante et missionnaire. Le jeudi 18 juin, ce sont les Sœurs de Salvert qui ont reçu la communauté. Proches de Migné-Auxances aux portes de Poitiers, la Congrégation dite des Sœurs de sainte Philomène puis des Filles de Sainte Vierge de Salvert, fondée en 1839 par l’abbé Adolphe-Henri Gaillard (1803-1859), à vocation enseignante et caritative, connaît aujourd’hui un regain de vie grâce à un réseau associatif de laïcs contribuant au rayonnement de bienfaisance de la communauté des Sœurs de Salvert. Les 21-23 juin, nous ont rendu visite les sept Pères chanoines réguliers de Saint-Augustin du Prieuré de Chancelade-Saint-Astier, près de Périgueux, dépendant de l’Abbaye de Champagne et appartenant à la Congrégation de Saint-Victor. Par ailleurs, d’autres rencontres et échanges avec les communautés religieuses voisines ont déjà été réalisés ou sont programmés, heureuses initiatives qui dépasseront à coup sûr le cadre strict de l’année de la Vie Consacrée.

 

La retraite ouverte à tous, proposée chaque année à la fin du mois de juillet aura lieu du lundi 27 juillet au samedi 1er août 2015. Le thème retenu est :

 

« La théologie et la spiritualité du IVe siècle avec Hilaire de Poitiers

et la naissance du monachisme occidental à Ligugé avec saint Martin ».

 

Les douze conférences seront données sur six jours, à 10h et à 16h30. N’oublions pas qu’en cette année 2015 est célébré, notamment dans le diocèse de Poitiers, le 1700e anniversaire de la naissance de saint Hilaire (v. 315-367) qui fut baptisé vers 345 et qui devint évêque de Poitiers vers 353. C’est lui qui a accueilli saint Martin à Ligugé en 361.

 

Que cette année de la Vie Consacrée soit aussi pour chacun d’entre nous une occasion de rendre grâce pour le don que Dieu ne cesse de faire au monde, une grâce toujours offerte de vivre toujours plus selon son Cœur et son dessein d’amour, mais aussi que ce soit une occasion d’en appeler à sa miséricorde pour nous tous !

 

 

 

 

 

Prise d’habit

 

Prise d’habit du Frère Théophile-Franck, le dimanche 17 mai 2015.

Monition du P. Abbé dom André-Junien Guérit

 

 

Prendre l’habit monastique entre l’Ascension et la Pentecôte est un acte suprêmement significatif et qui doit parler à tous et principalement aux moines.

 

La fête de l’Ascension célèbre non seulement le mémorial de la triple victoire totale de l’amour du Christ sur le mal, sur le péché et sur la mort, mais aussi celui de notre participation à cette triple victoire du Christ Ressuscité. La victoire du Christ c’est aussi la nôtre si nous désirons vraiment nous unir à Lui comme tu désires le faire et rester unis à Lui le plus intimement possible grâce à la profession monastique.

 

Victoire sur le mal, sur ce qui est contraire à Dieu, qui s’oppose à lui et au bonheur de l’homme ; victoire sur le péché, sur ce qui éloigne et sépare les hommes de Dieu et qui les livrent à la haine et à la violence ; victoire sur la mort, sur ce qui retient prisonnier dans le non-être et qui empêche la relation et la communion de l’homme avec le Dieu Vivant et avec ses semblables.

 

Mais qui dit « victoire » remportée dit aussi « combat » formidable qui est celui de l’amour contre la haine, de l’humilité contre l’orgueil, du don de soi contre l’égoïsme, de la pauvreté contre la cupidité, de la bienveillance contre la malveillance, de ce qui donne la vie contre tout ce qui est mortifère, voilà exactement ce qu’a été le combat du Christ et qui doit être celui de chacun de ses disciples et donc du moine de saint Benoît.

 

Ce combat contre soi-même, contre le Mal dont on devient si facilement complice quand on est livré à soi-même, saint Benoît y invite dès le début de la Règle : « A toi donc s’adresse maintenant ma parole, qui que tu sois, qui renonces à faire ta volonté égoïste et qui prends les armes très fortes et belles de l’obéissance, pour combattre sous les ordres du Christ, le vrai Roi, notre Seigneur » (RB, Pr. 3). « Préparons donc nos cœurs et nos corps à combattre pour obéir fidèlement aux commandements du Seigneur. Et pour les choses qui nous paraissent trop difficiles, prions le Seigneur de nous aider en nous donnant sa force à lui » (RB, Pr. 40-41).

 

Recevoir l’habit monastique c’est d’une certaine manière s’enrôler dans l’armée du Christ, prendre l’amure de Dieu pour mener à bien ce combat spirituel qui est d’abord celui du Christ et auquel il veut nous associer pour nous partager sa Gloire de Vainqueur.

 

Parlant des moines cénobites, ceux qui vivent en communauté, auxquels il destine sa Règle, Saint Benoît dit  au chapitre premier : « qu’ils demeurent dans les monastères, combattant sous une règle et sous un abbé, apprenant ainsi avec l’aide de plusieurs à lutter contre l’esprit du Mal. »

 

Ce combat que le moine bénédictin doit prendre très au sérieux, saint Benoît en détaille le programme dans les sept premiers chapitres de la Règle dont le chapitre 4ème sur les instruments des bonnes œuvres en constitue un bon résumé. Je ne résiste pas au plaisir de nous rappeler quelques-uns de ces 74 instruments  pour raviver nos mémoires si promptes à oublier, ou plutôt si lentes à faire passer dans les actes : « Avant tout aimer Dieu de tout son être, puis aimer son prochain comme soi-même ;  ne pas cesser d’aimer ; ne rien préférer à l’amour du Christ ; renoncer à soi-même pour suivre le Christ (4,10),  détester sa volonté égoïste (60) ; fuir tout ce qui met au-dessus des autres…ne pas rendre le mal pour le mal ; ne pas agir sous l’effet de la colère ; ne pas être jaloux ; ne pas être injuste avec les autres. Mais souffrir avec patience les injustices qu’on nous fait ; ne pas murmurer ; ne pas dire du mal des autres ; avec toute l’ardeur qui vient de l’Esprit Saint désirer vivre avec Dieu pour toujours (46) ; chaque jour faire passer dans ses actions les commandements de Dieu (63) ».

 

Pour avoir en partage le Ciel à la suite du Christ, pour être avec lui vainqueur du mal, du péché et de la mort, il nous faut passer nous aussi par le même combat spirituel évoqué dans l’évangile de ce jour par la demande de Jésus adressée à son Père en faveur de ses disciples : « Je leur ai fait don de ta parole et le monde les a pris en haine parce qu’ils ne sont pas du monde, de même que moi je ne suis pas du monde. Je ne demande pas que tu les retires du monde, mais que tu les gardes du Mauvais. »

 

Dans ce combat contre le Mal, nous sommes aidés, protégés, par Dieu, par son Esprit d’amour, par sa Parole faite chair et faite Ecriture, comme l’Evangile de ce jour le souligne avec insistance dans ces mots de la prière de Jésus : « Je leur ai donné ta parole ; consacre-les par la vérité : ta Parole est vérité ». La Parole divine, le moine doit en faire sa nourriture permanente, en l’écoutant, en la chantant, en la ruminant, dans la liturgie de l’Eglise, dans les temps personnels de lectio divina, dans les temps communautaires d’enseignement.

 

Voilà entre le Christ enlevé au ciel et assis à la droite de Dieu et l’Esprit d’amour qui nous est donné, tu t’engages aujourd’hui grâce à eux, en communion avec eux, dans la vie monastique bénédictine, vie de combat avec le Christ Vainqueur qui ne déçoit jamais.

 

C’est l’Amour triomphant du Christ que tous sont conviés à vivre, et particulièrement les moines grâce au don de l’Esprit Saint, achèvement du mystère pascal, que nous allons célébrer à la Pentecôte, le cinquantième jour après Pâques.

 

Que le Christ de l’Ascension qui nous attire à Lui, qui nous appelle à lui pour le suivre dans sa gloire, te comble et nous comble avec toi des dons de son Esprit d’amour afin d’être fort, personnellement et communautairement, dans ce combat de l’amour, avec le Christ, comme Lui, et pour Lui, tout au long de ta vie au monastère de saint Benoit.

 

Dom André-Junien Guérit,

Abbé de Saint-Martin de Ligugé

 

 

 

Voici que le temps nous presse !

 

Homélie donnée par le P. Joël Letellier à Ligugé le 22 mars 2015.

5ème dimanche de carême. Année B : Jr 31, 31-34 ; Hé 5, 7-9 ; Jn 12, 20-33

 

Avons-nous vraiment envie de voir Jésus ?

 

Frères et Sœurs, voici que le temps nous presse ! Combien de jours et d’heures allons-nous passer encore sans nous approcher de Jésus, sans le rencontrer vraiment, sans échanger d’une façon ou d’une autre avec lui avant de célébrer liturgiquement, au terme de ce carême, sa mort et sa Résurrection ? Avons-nous vraiment envie, au fait, de « voir Jésus » ? Nous reconnaissons-nous nous-mêmes dans ces Grecs évoqués par saint Jean qui, en s’adressant aux apôtres, déclarent : « Nous voudrions voir Jésus » ? Serait-ce là notre vrai et profond désir ? Est-ce que la personne même de Jésus nous attire et nous anime ? Est-ce que sa présence ou son absence, sa proximité ou son éloignement a quelque impact sur notre sensibilité, sur notre façon de penser, sur notre comportement quotidien ? Avons-nous déjà tissé des liens intimes avec lui ? Savons-nous seulement reconnaître ses pas, discerner ses invitations ?

 

Désirer voir Jésus, c’est déjà en avoir entendu parler, c’est déjà avoir entendu des personnes témoignant de son action, de sa bienfaisance, de ses paroles, des innombrables signes accomplis par lui. C’est vouloir être, à notre tour et de quelque manière que ce soit, les bénéficiaires de ses bienfaits, avoir nous aussi notre part de guérison et bénéficier du regard purificateur de cet homme aux dons si extraordinaires. Voir Jésus, c’est aussi peut-être reconnaître clairement que cet homme est vraiment Dieu ; ce serait là un suprême bonheur que de recevoir la grâce d’une illumination intérieure, d’un discernement clairvoyant qui balayerait enfin tous nos doutes et nos atermoiements et qui nous libérerait de nos entraves, de nos liens intérieurs, ceux-là même qui nous empêchent d’être vraiment libres. Voir Jésus nous rendrait libres, libres et heureux !

 

La Parole de Dieu traverse les temps et transperce les cœurs !

 

Or Jésus se laisse approcher, se laisse voir, non pas seulement comme un grand nombre de ses contemporains qui ont pu l’approcher et le voir sans toutefois reconnaître vraiment sa divinité, mais il se donne à voir, à « lire » pourrait-on dire, car les paroles des évangélistes nous délivrent le cœur de Jésus, nous le font connaître et nous le révèlent comme l’Envoyé du Père, le dispensateur de la grâce divine sur notre terre, au milieu de son monde comme au milieu de notre monde à nous. Mystérieuse distance chronologique qui nous sépare de sa présence historique et toute aussi mystérieuse présence permanente et salvifique à nous autres comme à chaque génération de l’humanité qui nous rapproche de lui et de son Père dans l’Esprit qui rassemble et unifie. La Parole de Dieu traverse les temps et transperce les cœurs, défait nos liens et se brise contre nos brisures pour nous relever avec elle, comme une force toujours agissante, renaissante et vivifiante !

 

Le grain tombé en terre n’en finit pas de porter du fruit en abondance alors même que nous sommes aussi appelés, chacun pour sa part, à passer par où le maître est passé, dans le goulot étroit du lâcher prise et de l’ensevelissement. « Si quelqu’un veut me suivre, qu’il me suive ; et là où je suis, là aussi sera mon serviteur ». Mystérieuse sequela Christi, si dévorante et si féconde à la fois ! Désirer voir Jésus, c’est aussi désirer boire à sa coupe d’amertume, de ce vin amer que Jésus seul sait changer en vin exquis lorsque tout est bu.

 

Pour nous et pour notre salut, Jésus est allé jusqu’au bout de l’extrême perdition : « Maintenant, je suis bouleversé. Que puis-je dire ? Dirai-je : Père, délivre-moi de cette heure ? – Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! ». L’instant est décisif, le don est suprême, la grâce universelle, le salut éternel, le nôtre, par lui, en lui, en cet instant fugitif où tout est fixé pour l’éternité à condition seulement que nous le voulions, que nous nous tournions nous aussi vers le Père en lui déclarant de la même manière et en vérité : « Père, glorifie ton nom ! ».

 

Suivre Jésus

 pour recevoir l’illumination de l’Esprit-Saint

 et naître en Dieu !

 

Voir Jésus, c’est lire de nos yeux et écouter de nos oreilles l’Evangile, c’est recevoir en notre intelligence et en notre cœur les récits de l’enfance de Jésus, c’est reconnaître l’action de Dieu en tous ses actes, ses gestes et ses paroles, c’est le suivre dans ses mystères joyeux comme dans ses mystères douloureux pour recevoir l’illumination de l’Esprit Saint qui veut nous conduire à la Vérité tout entière conformément à cette promesse du Christ : « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes ! ». Voir Jésus, c’est se laisser prendre par lui, se perdre en lui pour enfin naître en Dieu comme son enfant bien-aimé !

 

« Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai dans leur cœur. Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. (…) Tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands, déclare le Seigneur. Je pardonnerai leurs fautes, je ne me rappellerai plus leurs péchés » (Jr 31, 33-34).

 

P. Joël Letellier

Ne banalisons pas l’événement pascal !

 

Homélie prononcée par le Père Joël Letellier à l’abbaye Sainte-Marie de Maumont,

le dimanche 19 avril 2015 - 3ème dimanche après Pâques, année B

(Ac 3, 13…19 ; 1 Jn 2, 1-5 ; Lc 24, 35-48)

 

Faire résonner dans notre cœur tous ces textes bibliques

 

Frères et Sœurs, nous voici au troisième dimanche de Pâques et nous n’avons eu de cesse, depuis deux semaines, de méditer sur tous ces textes que la liturgie nous donne à entendre et à réentendre, pêle-mêle, en désordre et en ordre, et de les faire résonner dans notre cœur. Ces textes, chères sœurs, vous aimez à les mettre en valeur chaque jour par votre chant grégorien qui reprend ici même, toutes ces paroles qui ont préfiguré ce mystère pascal, celles des prophètes, celles des évangiles et puis celles qui font suite, notamment ces paroles tirées des Actes des Apôtres.

 

Nous sommes témoins de la foi des premiers chrétiens qui, face au mystère de la Résurrection, se sont donnés entièrement à Dieu et ont annoncé la Bonne Nouvelle au risque de leur vie. Jour après jour, la liturgie met ces paroles des Actes des Apôtres en relation avec tout ce qui a préfiguré et préparé la venue du Christ et sa geste salvifique, avec  notamment les premiers chapitres de l’évangile selon saint Jean qui annoncent comme en filigrane le mystère, en prenant et reprenant les prophètes les uns après les autres depuis les temps anciens.

 

Ne nous habituons pas

au surgissement toujours nouveau de la Résurrection !

 

Il y a une grande cohérence dans les Ecritures. L’Ancien et le Nouveau Testament se répondent. Il faut toujours être attentif à cette cohérence de l’ensemble des Ecritures, s’émerveiller devant de telles correspondances et  ne jamais banaliser l’événement, ou plutôt le double événement de la mort et de la Résurrection du Christ. Nous ne pouvons pas le banaliser.

 

Car même au sein de nos monastères, de nos communautés monastiques, religieuses, au sein de nos familles chrétiennes et dans notre propre cœur, à force de vivre chaque année le mystère pascal, nous nous habituons à un événement qui est sans cesse nouveau et que pourtant nous avons déjà connu les années précédentes et aussi que nous allons connaître les années suivantes. Prenons bien conscience qu’il s’agit là d’un événement qui est le seul événement important de l’histoire.

 

S’il y a en effet un événement à retenir avec celui de la création, c’est bien celui de la recréation, de l’acte rédempteur lui-même. Comment pouvons-nous concevoir, banaliser cet événement que Dieu ait pu être crucifié ? Comment est-ce concevable ? Comment pourrions-nous rester insensibles à cela ? Comment pouvons-nous alors l’annoncer ?

 

Mais qui donc est Jésus ?

Sommes-nous croyant ou incroyant ?

 

Ou bien nous faisons de Jésus-Christ un homme ordinaire comme les autres et, s’il était coupable il devait effectivement mériter un châtiment, mais s’il ne l’était pas, sa mort – et  une mort aussi atroce – n’est qu’une bavure de plus parmi toutes les souffrances et les morts épouvantables que l’humanité s’inflige à elle-même et qu’on ne voit que trop, dans notre histoire.

 

Ou bien nous croyons que celui qui a été crucifié est bien Jésus-Christ, vrai homme et vrai Dieu, alors c’est le crime de l’humanité, par excellence, le crime absolu. Comment est-ce concevable ? Comment banaliser cet événement ?

 

La mort sur la croix, la résurrection, la sortie du tombeau, cela ne fait qu’un. Mais après tout, si nous sommes croyants, que Jésus-Christ sorte du tombeau, ne soit pas anéanti par la mort, en quoi serait-ce inconcevable ? S’il est Dieu, il est la vie, il est le maître de la mort et de la vie, il est la vie sans cesse jaillissante, lui, le créateur. Alors rien d’extraordinaire ? Si ! Car cette cohérence ne peut pas nous laisser dans l’indifférence comme si c’était ‘naturel’.

 

En revanche, si nous n’avons pas la foi, que signifie la Résurrection sinon qu’elle est une invention, le fruit de l’imagination et de la subjectivité des croyants qui ne peuvent rester sur un échec cuisant. D’aucuns disent effectivement, même parmi des théologiens, des biblistes et des professeurs d’exégèse, que la Résurrection est plus un événement subjectif, une expérience intérieure vécue par les apôtres, qu’un évènement objectif. L’essentiel serait dans la foi croyante, dans l’histoire du christianisme – et les récits d’apparitions ne seraient que la traduction narrative, bien élaborée, de la conviction intime des premiers chrétiens que le Christ est toujours vivant.

 

Au-delà d’une construction narrative,

il y a un fait historique incontournable.

        

Alors il nous faut reprendre les récits des témoins du ressuscité. Il nous faut reprendre à nouveaux frais, tous ces textes non pas d’une manière naïve ni non plus d’une manière hypercritique mais de façon raisonnable et dans la foi sans évacuer pour autant toute considération critique. Nous savons que les évangélistes ont repris, à la lumière de Pâques, ce qu’ils ont pu percevoir. Ils ont agencé leurs récits et, parce que nous pouvons y déceler des incohérences chronologiques par exemple chez saint Luc ou des énigmes comme la finale de saint Marc, nous pouvons être tentés parfois de mettre en doute ce qu’ils disent. Néanmoins au-delà de ces constructions narratives, il y a un fait qui a bouleversé les premiers disciples, les premiers chrétiens.

 

Traumatisme de la mort, traumatisme de la résurrection. Ils étaient bouleversés. Ils ne pouvaient pas croire et pourtant Jésus se tint au milieu d’eux : « N’ayez pas peur, touchez-moi, voyez qui je suis ». Ils craignaient de voir un fantôme. N’allons pas croire que tout cela est le fruit d’une construction trop humaine, d’une imagination subjective.

 

 Toute la foi des premiers chrétiens est fondée sur le témoignage de ceux qui ont « vu » le Christ ressuscité et qu’on trouve condensé dans ce qu’on appelle le kérygme, tel que nous le rapporte saint Paul « Je vous ai donc transmis (…) ce que j’avais moi-même reçu, à savoir que le Christ est mort pour nos péchés selon les Ecritures, qu’il a été mis au tombeau, qu’il est ressuscité le troisième jour selon les Ecritures, qu’il est apparu à Céphas [Pierre], puis aux Douze. Ensuite il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois (…) » (1 Cor 15, 3-8).

 

Ce kérygme, qui nous vient des témoins de la mort et de la résurrection du Christ n’a jamais cessé d’être transmis : comme Saint Paul, nous aussi, nous l’avons reçu, à travers notre Credo. Il est ce fil ininterrompu qui nous relie à cet événement qui a transformé l’histoire du monde et auquel nous croyons sans l’avoir vu parce que nous savons que le témoignage de ceux qui ont vu est véridique.

 

Confrontés que nous sommes alors face à ces récits, devant ce mystère, devant ce drame de la mort et cet alléluia pascal, il n’y a qu’une seule issue possible qui est une profession de foi : « Je crois Seigneur ! » et une mise à genoux, une prostration devant celui qui est la vie et qui nous communique la vie.

On ne peut appréhender le mystère pascal

qu’avec pureté du cœur

 

Lisons, relisons les Ecritures, méditons-les, retrouvons dans les témoignages des premiers apôtres la ferveur de notre foi. N’ayons pas peur de dire au Seigneur nos doutes, nos atermoiements mais allons-y avec la ferveur que nous communique l’Esprit-Saint et demandons peut-être au Seigneur de ne pas être des hommes et des femmes trop sages ou trop savants mais des humbles qui reçoivent de leur Seigneur la nourriture des pauvres. Demandons avec saint Jean Cassien la pureté du cœur. Vous êtes venus en session ici – du moins pour une grande partie d’entre vous – pour recevoir la nourriture de nos anciens Pères du monachisme à travers cet homme qui est allé les voir en Palestine et en Egypte et qui nous a relaté leurs enseignements ainsi que leurs faits et gestes. Or, nous savons que, pour Cassien, la pureté du cœur, c’est la sainteté. C’est donc cette pureté du cœur qu’il nous faut avoir pour accueillir comme il le faut l’événement pascal.

 

C’est d’ailleurs ce que nous fait comprendre saint Jean : celui qui accomplit les commandements, celui qui est irrigué par l’Esprit-Saint, se laisse enseigner par Dieu et devient finalement ‘théodidacte’. C’est bien cela être à genoux et tout recevoir de la main et du cœur de Dieu.

 

 

 

 

 

 

Solennité de la Sainte Trinité

 

Homélie prononcée par le P. Joël Letellier à l’abbaye de Ligugé, le dimanche 31 mai 2015.

Année B en la Solennité de la Sainte-Trinité (Dt 4, 32…40 ; Rm 8, 14-17 ; Mt 28, 16-20)

 

Comment louer Dieu en son infini mystère ?

Notre profession de foi monothéiste.

 

La liturgie de ce dimanche, Frères et Soeurs, est centrée sur le mystère de la Sainte Trinité. Nous sommes ainsi invités à louer Dieu en son infini mystère et à méditer sur notre foi chrétienne pour en vivre de façon toujours plus consciente et plus vraie.

 

Notre foi chrétienne nous fait adhérer, non seulement de bouche, mais de cœur, à une affirmation paradoxale : nous croyons en un seul Dieu en trois Personnes. Assurément nous sommes monothéistes et non trithéistes, et cependant, si nous confessons un Dieu unique, nous devons aussi reconnaître une distinction personnelle entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Trois Personnes réellement distinctes, mais non séparées, car elles sont ensemble ce Dieu unique, cet absolu, infini et simple en son être même, qui est le créateur tout-puissant du ciel et de la terre, en qui nous avons mis notre foi, et en qui nous vivons. Comme l'a dit saint Paul dans son discours aux habitants d'Athènes : « C'est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l'existence même » (Ac 17, 28). Souvenons-nous des paroles de Moïse : « Sache bien aujourd’hui, et médite cela dans ton cœur : c’est le Seigneur qui est ton Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre ; il n’y en a pas d’autre » (Dt 4, 39).

 

Dans le texte bien connu et vénérable qu’est cet ancien Symbole de foi attribué autrefois à saint Athanase – mais qui serait en fait du Ve ou du VIe siècle et qui est une longue méditation sur le mystère de la Sainte-Trinité –, il est dit que « la foi catholique consiste à vénérer un seul Dieu dans la Trinité, et la Trinité dans l'unité, sans confondre les personnes, sans diviser la substance : car autre est la personne du Père, autre celle du Fils, autre celle de l'Esprit-Saint ; mais du Père, du Fils et de l'Esprit-Saint une est la divinité, égale la gloire, coéternelle la majesté ».

 

  Voilà une formulation qui semble bien abstraite pour nous tous. Pourquoi donc s'encombrer de spéculations aussi subtiles ? Et, après tout, pourriez-vous me faire remarquer, le mot « Trinité » ne se trouve pas dans le Nouveau Testament. Ce qui est bien vrai.

 

La révélation progressive du mystère

 

Mais que trouvons-nous, au fait, dans le Nouveau Testament ? Nous y trouvons la révélation progressive du mystère de la personne de Jésus. Cet homme véritable, qui est né de la Vierge Marie et qui a vécu en Palestine et dont les œuvres dépassaient la seule puissance humaine, vivait une relation tellement singulière avec Dieu qu'il pouvait l'appeler « Abba », c'est-à-dire « Père ». D’autre part, nous rapporte saint Jean, Jésus déclarait mystérieusement : « Le Père et moi nous sommes un » (Jn 10, 30).

 

Et d'autre part encore, avant de souffrir sa Passion et de passer de ce monde à son Père, Jésus annonce à ses disciples que son Père va leur envoyer un autre Protecteur, un Défenseur, un « Paraclet », qu'il appelle l'Esprit-Saint (cf. Jn 14, 26 ; 16, 7). Cet Esprit-Saint, qui est à l'œuvre dans le monde depuis la création et qui a parlé par les prophètes, sera désormais auprès de ses disciples, et il sera même en eux pour les enseigner comme de l'intérieur, pour les conduire « vers la vérité tout entière » (Jn 16, 13). Jésus cherche à nous faire comprendre que l'Esprit-Saint appartient à la sphère de la divinité, qu’il est Dieu agissant en nous, qu’il est en définitive et comme l’exprimera plus tard la théologie, une Personne divine, comme le Père et le Fils.

 

Ce ne sont pas les premiers chrétiens qui ont inventé la Trinité !

 

Il faut bien comprendre que ce ne sont pas les premiers chrétiens qui ont « inventé » la Trinité, qui auraient ainsi compliqué notre approche de Dieu par quelques subtilités hors de notre portée et qui, de ce fait, auraient rompu avec un monothéisme pur et simple.

 

Réaffirmons avec force que la foi chrétienne est une foi monothéiste qui ne saurait être remise en cause mais il faut pouvoir aussi affirmer que nos premiers Pères dans la foi, et avec eux l’Eglise, à partir de la révélation en Jésus-Christ, ont découvert que l’unicité de Dieu n’excluait pas une richesse infinie dans l’ordre de la relation et de l’amour et c’est bien ce mystère inhérent à l’unique nature divine que nous appelons Trinité des Personnes même si l’emploi du mot « personne » n’est que l’expression d’une pâle analogie, employée faute de mieux.

 

Tout ce qu’on peut dire et penser au sujet du mystère de Dieu, ne peut être que balbutiements humains, qu’approches anthropomorphiques dérisoires y compris dans notre langage le plus élaboré et cependant Dieu se laisse percevoir à travers son œuvre de création, à travers ses manifestations dans l’histoire, à travers la venue de son Fils Jésus-Christ, l’envoyé du Père, à travers le don de l’Esprit saint qui nous conduit à la « vérité tout entière » (Jn 16, 13 ; cf. 14, 26). C’est la prise en compte de tout ce que Dieu nous fait percevoir de lui, à travers ses œuvres et ses interventions, qui nous oblige à comprendre Dieu comme une relation intense d’amour.

 

Ce qui doit encore davantage nous stupéfier est que c’est cette relation d’amour qui non seulement nous a porté à l’existence et nous fait vivre à tout instant mais qui, de plus, nous ouvre à une perspective de vie éternelle en Dieu, précisément dans une relation telle qu’il nous est bien impossible d’en concevoir et encore moins d’en décrire l’intensité.

 

Dieu nous invite à entrer

dans la « danse » trinitaire et sa joie inaltérable !

 

Non seulement nous savons par la foi que la vie en Dieu est une relation d'amour entre trois Personnes – c’est ce que les grands théologiens grecs de l'antiquité appelait la « périchorésis », c'est-à-dire la danse d'exultation qu'est la vie trinitaire – mais nous savons aussi que Dieu lui-même nous invite à « entrer dans la danse », si j'ose dire. Et nous y sommes entrés par le baptême : nous avons été baptisés « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » (Mt 28, 19) : ce qui veut dire que nous sommes devenus enfants du Père céleste, par notre assimilation au Fils, dans l'Esprit-Saint. Saint Paul le rappelle aux chrétiens de Rome : « Tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu (…) Vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions ‘Abba !’, c’est-à-dire ‘Père !’. C’est donc l’Esprit Saint lui-même qui atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu » (Rm 8, 14-15).

 

Nous sommes encore bien loin d’imaginer le bonheur qui est et qui sera le nôtre, et pourtant Jésus nous l’affirme : «  Votre joie, nul ne pourra vous la ravir. Ce jour-là, vous ne poserez plus aucune question (…) ; votre joie sera parfaite » ! (Jn 16, 22-24)

 

Voilà pourquoi, en sachant ce que nous avons déjà reçu et avec une telle perspective, saint Paul a bien raison de nous exhorter en même temps que les chrétiens de Corinthe : « Frères, soyez dans la joie, cherchez la perfection, encouragez-vous, soyez d’accord entre vous, vivez en paix, et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous (…) Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la communion de l’Esprit-Saint soient toujours avec vous » !

 

P. Joël Letellier

 

 

 

Année de la vie consacrée

 

Extraits des conférences du P. Joël Letellier à Châteauroux le jeudi 12 février 2015

 

 

Une année de la vie consacrée

voulue et annoncée par le Pape François

 

         Dans une Lettre apostolique en date du 21 novembre 2014, en la fête de la Présentation de Marie, le Pape François a lancé l’Année de la vie consacrée :

 

1, 1. En me faisant l’écho du sentiment de beaucoup d’entre vous et de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique, à l’occasion du 50ème anniversaire de la Constitution dogmatique Lumen gentium sur l’Église, qui au chapitre VI traite des religieux, comme aussi du Décret Perfectae caritatis sur le renouveau de la vie religieuse, j’ai décidé d’ouvrir une Année de la Vie Consacrée. Elle commencera le 30 novembre prochain [2014], 1er dimanche de l’Avent, et se terminera avec la fête de la Présentation de Jésus au Temple, le 2 février 2016.

Après avoir écouté la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique, j’ai indiqué comme objectifs pour cette Année les mêmes que saint Jean-Paul II avait proposés à l’Église au début du troisième millénaire, reprenant, d’une certaine façon, ce qu’il avait déjà indiqué dans l’Exhortation post-synodale Vita consecrata : « Vous n’avez pas seulement à vous rappeler et à raconter une histoire glorieuse, mais vous avez à construire une histoire glorieuse ! Regardez vers l’avenir, où l’Esprit vous envoie pour faire encore avec vous de grandes choses » (n. 110).

(…) 3, 1. Par cette lettre, au-delà des personnes consacrées, je m’adresse aux laïcs qui, avec elles, partagent idéaux, esprit, mission.

(…) 3, 2. L’Année de la Vie Consacrée ne concerne pas seulement les personnes consacrées, mais l’Église entière. Je m’adresse ainsi à tout le peuple chrétien pour qu’il prenne toujours davantage conscience du don qu’est la présence de tant de consacrées et de consacrés, héritiers de grands saints qui ont fait l’histoire du christianisme. Que serait l’Église sans saint Benoît et saint Basile, sans saint Augustin et saint Bernard, sans saint François et saint Dominique, sans saint Ignace de Loyola et sainte Thérèse d’Avila, sans sainte Angèle Merici et saint Vincent de Paul ? La liste serait presque infinie, jusqu’à saint Jean Bosco et à la bienheureuse Teresa de Calcutta. Le bienheureux Paul VI affirmait : « Sans ce signe concret, la charité de l’ensemble de l’Église risquerait de se refroidir, le paradoxe salvifique de l’Évangile de s’émousser, le ‘‘sel’’ de la foi de se diluer dans un monde en voie de sécularisation » (Evangelica testificatio, n. 3).

              

Cette dernière phrase de Paul VI cité ici par le Pape François me fait penser à ce que Bernanos disait de la jeunesse : « C'est la fièvre de la jeunesse qui maintient le reste du monde à la température normale. Quand la jeunesse se refroidit, le reste du monde claque des dents »[1]. Cette pensée de Bernanos m’avait bien habité lorsque j’étais moi-même jeune et que je me promettais, à ma manière et selon la mission encore inconnue que Dieu me donnerait, de réchauffer un peu le monde ! Justement, il n’est pas interdit à la jeunesse d’avoir un peu de témérité et d’audace. Si la petite Thérèse de Lisieux n’avait pas eu l’audace spirituelle qu’on lui connaît, elle n’aurait jamais été une grande sainte.

 

Sans doute faut-il que nous autres chrétiens, religieux ou laïcs, devenions plus audacieux, plus créatifs dans l’annonce de l’Evangile, dans le témoignage de vie. C’est en tout cas le souhait de notre Pape François de nous redonner de la vigueur : « J’attends que vous ‘réveilliez le monde’» (2, 2) et, pour ce faire, il nous encourage à faire preuve de « créativité nouvelle » (2, 2) car, poursuit-il, « c’est une humanité entière qui attend » (2, 4).

 

Le Pape François, dans ce document, définit trois objectifs principaux : « regarder le passé avec reconnaissance » (1, 1), « vivre le présent avec passion » (1, 2) et « embrasser l’avenir avec espérance » (1, 3). S’adressant plus spécialement aux jeunes, il les exhorte : « Vous pourrez (…) offrir l’élan et la fraîcheur de votre enthousiasme (…), élaborer ensemble des manières nouvelles de vivre l’Evangile et des réponses toujours plus adaptées aux exigences du témoignage et de l’annonce » (2, 3).

 

Insistant sur la nécessité pour nous tous d’être « des experts en communion » (2, 3), « de développer la spiritualité de communion » (2, 3) et d’être attentif à ce qu’attendent nos contemporains, « l’humanité d’aujourd’hui » (2, 3), le Pape François récapitule sa pensée et son souhait le plus ardent : « C’est seulement dans cette attention aux besoins du monde et dans la docilité aux impulsions de l’Esprit, que cette Année de la Vie Consacrée se transformera en un authentique Kairos, un temps de Dieu riche de grâces et de transformations » (2, 3).

 

Qu’est-ce que la vie consacrée

si ce n’est une vie qui consacre le monde à Dieu

en un vaste et fervent offertoire ?

 

A vrai dire, c’est le monde entier qui est, de par sa création, consacré à Dieu, voulu par Dieu et orienté vers Dieu. L’être humain créé « à l’image et à la ressemblance de Dieu » selon l’expression biblique de la Genèse et si bien commentée par les Pères de l’Eglise et les théologiens ultérieurs jusqu’à nos jours, est issu de Dieu et ne pourra jamais trouver de bonheur qu’en harmonie avec son Créateur. Tout en nous est orienté vers cette relation qui, inconsciemment ou consciemment, peut seule combler nos désirs et aspirations. Rien ne pourra jamais se finaliser que dans ce bonheur auquel Dieu nous destine dès l’origine et qui n’aura jamais de fin, un bonheur inaltérable en Dieu lui-même. « Seigneur (…) tu nous as faits pour toi, s’écriait le grand saint Augustin dans ses Confessions, et notre cœur est inquiet – sans repos – tant qu’il ne repose pas en toi »[2].

 

C’est le don de la grâce initiale qui se poursuit, moyennant l’acquiescement de l’homme à l’œuvre de Dieu, jusqu’au don plénier de la vie éternelle. Or, la vie éternelle que Dieu entend bien nous donner en participation, dans la liberté de son amour et de sa plénitude, c’est bien le but de tout son dessein créateur, de tout le déploiement de son projet au cours de l’histoire. Et tout ce qui nous entoure – qui est l’écrin dans lequel nous évoluons, c’est-à-dire, le cosmos en toutes ses dimensions, notre petit univers, notre petite planète, les minéraux et les végétaux, le monde animal en toutes ses composantes –, tout cela n’existe que pour que nous soyons heureux en Dieu pour toujours. C’est là notre vocation profonde la plus existentielle, notre destinée la plus intime et la plus ultime.

 

Si cependant nous détournons du projet divin les choses et les êtres qui nous entourent, et nous-même avec, alors nous profanons l’œuvre de Dieu et nous manquons le but pour lequel nous avons été créés et pour lequel nous sommes pourtant équipés. Manquer la cible, le but, c’est cela le péché : le détournement de ce qui est consacré à Dieu et qui n’a pourtant de raison d’être qu’en fonction de notre avancée spirituelle. Si nous profanons ainsi ce qui nous entoure, nous nous profanons nous-même. A l’inverse de toute entreprise perverse d’idolâtrie, d’accaparement ou de destruction, si nous faisons bon usage de ce qui est mis à notre service et confié à notre responsabilité raisonnable, alors nous consacrons l’univers et tout ce qu’il contient au Maître de toutes choses en un vaste et fervent offertoire. Nous offrons le monde créé par Dieu à Dieu lui-même. Chacun de nous est alors, pourrait-on dire, doublement consacré, d’abord par le fiat créateur qui nous a donné la perspective de la vie divine en participation et ensuite par notre propre fiat qui est, de notre part, l’acceptation filiale et aimante de ce à quoi Dieu nous destine.

 

Relisons ce magnifique texte du début de l’épître aux Ephésiens qui décrit le dessein bienveillant de Dieu sur nous qui fait de chaque être humain un consacré :

 

« Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ.

C’est ainsi qu’il nous a élus en lui, dès avant la création du monde, pour être saints et immaculés en sa présence  dans l’amour, déterminant d’avance que nous serions pour lui des fils adoptifs par Jésus-Christ.

Tel fut le bon plaisir de sa volonté, à la louange de gloire de sa grâce, dont il nous a gratifiés dans le Bien-aimé.

En lui, nous trouvons la rédemption, par son sang, la rémission des fautes, selon la richesse de sa grâce, qu’il nous a prodiguée, en toute sagesse et intelligence.

Il nous a fait connaître le mystère de sa volonté, ce dessein bienveillant qu’il avait formé en lui par avance, pour le réaliser quand les temps seraient accomplis : ramener toutes choses sous un seul chef, le Christ, les êtres célestes comme les terrestres.

C’est en lui encore que nous avons été mis à part, désignés d’avance, selon le plan préétabli de Celui qui mène toutes choses au gré de sa volonté, pour être à la louange de sa gloire, ceux qui ont par avance espéré dans le Christ »[3].

 

Toute la création est donc consacrée au projet de Dieu, appelée à coopérer à l’œuvre de Dieu. Tout a été créé pour que l’être humain puisse recevoir pleinement le don de Dieu moyennant son acceptation, son acquiescement.

 

Par conséquent, on pourrait dire que l’Année de la vie consacrée concerne tout homme puisque tout être humain est le réceptacle de la grâce de Dieu, l’objet de l’élection divine, prédestiné à vivre de la vie même de Dieu. N’oublions pas que le fondement de la dignité de l’homme réside dans sa consécration originelle et éternelle en Dieu et cela concerne toute personne quelle que soit sa condition sociale, culturelle ou religieuse. On ne saurait oublier tous ceux qui entretiennent une relation vivante avec Dieu, d’une manière ou d’une autre à travers leur propre religion, tous les croyants de bonne volonté, et évidemment plus spécifiquement ceux qui professent la foi chrétienne et qui ont été consacrés dans les eaux du baptême « au nom du Père, du Fils et de l’Esprit Saint ».

 

Parmi ces chrétiens, le Pape entend s’adresser, sans exclure personne, à ceux et celles qui, dans la religion catholique, se sont plus spécialement consacrés à la recherche exclusive de Dieu et au service du prochain dans l’apostolat, l’engagement caritatif ou une vie de prière, en pratiquant les conseils évangéliques et en essayant de toutes leurs forces de suivre le Christ au plus près, dans l’obéissance, la pauvreté et la chasteté. Certes, les prêtres diocésains et les diacres sont concernés par ce qui est dit de la vie consacrée mais en premier lieu il s’agit de redonner un élan de vie à toutes les communautés monastiques et religieuses et à tous les laïcs qui se sont consacrés au service de ces nombreuses familles spirituelles et qui rayonnent de leurs charismes propres.

 

Dans ce grand mouvement d’offertoire et de consécration,

tout le genre humain doit être pris en compte

 

La population mondiale, actuellement, est d’environ 7 milliards et 300 millions de personnes[4]. N’oublions pas ces chiffres surtout si dans notre perspective, il nous faut considérer que l’Eglise est coextensive aux dimensions de l’humanité. A tous parvient la grâce du Christ d’une manière certes mystérieuse mais réelle. De plus, cette population mondiale en pleine expansion est le champ de tout apostolat car la Parole de Dieu est adressée à tout être humain. La prière de l’Eglise se doit de prendre constamment en compte l’humanité entière, des débuts à sa fin, dans la succession ininterrompue des générations.

 

Plus de 8 habitants sur 10 de la planète (84% soit environ 6 milliards) sont affiliés à un groupe religieux. Les chrétiens représentent le groupe le plus nombreux autour de 2,3 milliards, soit un tiers de la population mondiale (32%)[5]. Il y a 1,6 milliards de musulmans (23%) soit un quart de la population mondiale, 1 milliard d’hindous (15%), 500 millions de bouddhistes (7%), 14 millions de juifs (0, 2%). Plus de 400 millions de personnes sont adeptes d’autres religions et croyances. Enfin, 1 personne sur 6 environ n’a pas d’affiliation religieuse, soit plus d’un milliard représentant 16% de la population mondiale.

 

La moyenne d’âge des chrétiens est de 30 ans. Elle se situe entre celle des musulmans qui est de 23 ans et celle des juifs qui est de 35 ans.

 

Les catholiques[6], qui représentent à peu près la moitié des chrétiens, sont au nombre d’environ 1 milliard 230 millions de baptisés, en augmentation sensiblement analogue chaque année à celle de la population mondiale, voire un peu plus. Les protestants représentent 37% des chrétiens et les orthodoxes 12%.

 

Au début de 2013, il y avait 414.313 prêtres catholiques. Les religieux non prêtres étaient 55.314 et il y avait 702.529 religieuses.

 

En France, pour une population d’un peu plus de 66 millions d’habitants en 2015, il y a environ 60% de chrétiens, 32% sans religion[7], 6% de musulmans[8], 1% de juifs (et 3% d’autres croyances).

 

Environ 55% des Français se déclarent catholiques[9] (ils étaient près de 90% en 1970).

 

Le nombre de prêtres catholiques en France a été divisé par dix en quarante ans, de 1950 à 1990. En 2012, on comptait 7.000 prêtres en activité de moins de 75 ans. Moins d’une centaine sont ordonnés chaque année[10] alors qu’environ 900 prêtres meurent par an. Il y a à peu près 11.000 prêtres au total[11] (25.000 en 1990) dont 3.000 prêtres religieux (7.000 en 1990). On compte en revanche un accroissement des diacres permanents : environ 2.700 alors qu’ils n’étaient que 589 en 1990.

 

Pour les chiffres concernant les religieuses et religieux, on retiendra ceux qui sont présents en France (en excluant donc les missionnaires qui résident à l’étranger). Pour les religieuses (moniales comprises), on avance le nombre de 20.000 et pour les religieux (moines compris) de 4.500. La CORREF (Conférence des religieux et religieuses de France) regroupe plus de 400 congrégations religieuses masculines et féminines. Là encore, la chute des effectifs se fait lourdement sentir car en dix ans on est passé de 60.000 religieux et religieuses à 40.000 en janvier 2012 (28.000 sœurs, 3.800 moniales, 7.500 religieux dont 1.245 moines).

 

Historique rapide des débuts de la vie monastique

jusqu’à saint Benoît

 

C’est dans le sillage de l’exemple donné par Jésus, par la vie de la Vierge Marie et de saint Joseph, par la vie ascétique menée par Jean-Baptiste que, parmi les premiers chrétiens, certains ont voulu se consacrer à Dieu plus exclusivement. Des antécédents dans le judaïsme existaient déjà et certains personnages comme Moïse au mont Horeb et Elie au mont Carmel, comme la fille de Jephté[12] ou le prophète Jérémie, comme Judith devenue veuve ou comme la prophétesse Anne, fille de Phanuel, ou certains groupes comme celui des Esséniens au bord de la Mer Morte à Qumrân ou encore comme celui des Thérapeutes d’Egypte dont parle Philon d’Alexandrie, constituent autant de préfigurations de chasteté et de virginité pour les futures générations chrétiennes.

 

Sur la base de ces exemples et aussi de la lecture de saint Paul, notamment en sa première lettre aux Corinthiens[13] ainsi que dans l’épître aux Ephésiens[14], des hommes choisissent la continence et des jeunes filles consacrent à Dieu leur virginité. L’insistance de l’Apôtre est que chacun puisse appartenir « sans partage au Seigneur » et, s’il rend manifeste sa préférence pour le célibat, il souligne que la chasteté est un don de l’Esprit. Pour lui, « le temps se fait court » et la rencontre imminente du Seigneur, qui relativise toute aspiration à la vie conjugale, doit nous trouver prêts dans une adhésion totale du cœur. Le passage de Mt 19, 10-12 a eu aussi, dans ce contexte, une grande influence : « Il n’est pas expédient de se marier (…) Tous ne comprennent pas ce langage, mais seulement ceux-là à qui c’est donné (…) Qui peut comprendre, qu’il comprenne ! »[15]. D’autres passages évangéliques fondent tout autant le dynamisme de la sequela Christi, la marche à la suite du Christ, ainsi par exemple : « Qui ne prend pas sa croix et ne vient pas à ma suite n’est pas digne de moi. Qui aura trouvé sa vie la perdra et qui aura perdu sa vie à cause de moi la trouvera »[16]. L’idéal de virginité comme signe de consécration radicale et d’appartenance définitive à Dieu est signifié et renforcé par le symbolisme nuptial, présent dans la Bible depuis le prophète Osée principalement, et par une perspective eschatologique bien attestée dans le Nouveau Testament[17].

 

Nombreux et disséminés sont les chrétiens qui, au cours des premiers siècles se consacrent à la recherche de Dieu et s’entraînent à la pratique des vertus, prêts à donner leur vie dans le martyre, ce qui arrive effectivement pour nombre d’entre eux puisque nous sommes à l’époque des grandes persécutions. C’est, par exemple, le cas d’Origène (v. 185 - v. 253), au IIIe siècle, à Alexandrie puis à Césarée de Palestine, qui mourra des suites de ses tortures et que l’on qualifie volontiers de « précurseur du monachisme ». Certains, en Egypte, se retirent dans les déserts d’Egypte ; c’est là que va éclore, à proprement parler, une floraison d’ermites et de moines cénobites à tel point que le désert se change soudain, au IVe siècle, en une vaste cité monastique regroupant des dizaines de milliers de moines.

 

Tout commence, pourrait-on dire, avec saint Antoine (251-356) qui, entendant à l’église la Parole de Dieu s’adressant au jeune homme riche : « Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres, et viens, suis-moi, et tu auras un trésor dans les cieux »[18]. A peine âgé de vingt ans, Antoine se retire dans le désert et de plus en plus profondément au fur et à mesure que sa sainteté est reconnue et qu’il suscite des disciples. A 96 ans, il rencontre un vieil ermite, Paul de Thèbes (236-347), qui, atteignant l’âge de 110 ans et sur le point de mourir, fait de lui en quelque sorte son héritier spirituel. Les disciples d’Antoine, à leur tour, font école : Amon (+ 356) au désert de Nitrie, Macaire l’Ancien (+ 390) au désert de Scété. Plusieurs milliers d’ermites, regroupés en plusieurs colonies, peuplent alors le désert. On connait le rayonnement considérable de saint Antoine grâce à son biographe saint Athanase (298-373) dont la Vita Antonii, écrite en grec et très vite traduite en latin, fut très largement diffusée[19]. Indirectement, saint Augustin (354-430) fut très marqué par l’exemple de saint Antoine.

 

Au même moment, en Haute-Egypte, saint Pâcôme (286-346), de trente-cinq ans plus jeune qu’Antoine mais qui meurt dix ans avant lui, se place sous la direction d’un anachorète[20] nommé Palémon, et fonde sur son indication le monastère de Tabennèse pour y mener avec d’autres une vie cénobitique[21]. A sa mort, il aura fondé 9 monastères regroupant environ 2.000 moines. Considéré comme un très bon organisateur du cénobitisme, saint Pacôme a laissé une Règle qui a été traduite en latin par saint Jérôme.

 

Un autre pionnier du monachisme érémitique fut saint Hilarion (291-371) originaire de Gaza, qui, d’abord disciple de saint Antoine en Egypte, retourna en Palestine avant de revenir en Egypte et de mourir à Chypre : il organisa des Laures qui préfigurent en quelque sorte les futurs cellules des chartreux. Un grand nombre de ces Laures, fort répandues, se transformèrent souvent en grands monastères au cours des Ve et VIe siècle, notamment avec saint Euthyme le Grand (377-473) et saint Sabas (439-532).

 

Le monachisme apparaît aussi en Syrie au IVe siècle, attesté dans les montagnes d’Edesse ainsi qu’à Nisibe (dans l’actuelle Turquie). La vie monastique se développa sous l’influence des écrits d’Aphraate (+ v. 345), un sage persan, et de saint Ephrem le Syrien (306-373), disciple de Jacques de Nisibe (+ 340). C’est en Syrie que vécurent nombres d’ascètes dont saint Syméon le Stylite (389-459).

 

Celui qui au IVe siècle eut une influence notable sur le cénobitisme fut saint Basile (329-379). Son nom est inséparable des deux autres Cappadociens : son ami Grégoire de Nazianze et son frère Grégoire de Nysse sans parler des autres membres de sa famille fort pieuse[22]. Fort de son expérience, Basile rédige deux Règles monastiques qui deviennent vite une sorte de charte pour le monachisme oriental. Saint Athanase (298-373), Eusèbe de Verceil (283-371), Rufin d’Aquilée (340-410), saint Jérôme (347-420) et un peu plus tard saint Jean Cassien (v. 360 - v. 435) vont répandre en Occident cette sagesse de vie orientale.

 

En même temps que ce grand essor monastique en Orient est né le monachisme en Occident, en premier lieu, à Ligugé dès 361 avec saint Martin venu se rapprocher de saint Hilaire de Poitiers (v. 315-367) et, en deuxième lieu, à Lérins avec saint Honorat (v. 370-430) avant que saint Ambroise (340-397) à Milan, saint Augustin (354-430) à Hippone et saint Césaire (v. 470-542) à Arles, ne donnent à leur tour une impulsion grande et décisive au monachisme.

 

D’Irlande et d’Ecosse, on vient à Marmoutier et à Tours pour se rendre auprès du tombeau de saint Martin de Tours, c’est le cas notamment de saint Nimian d’Ecosse (360-432) et de saint Patrick d’Irlande (v. 385-461). Retournés chez eux, ils diffusent une vie monastique austère et ascétique qui se répand et que saint Colomban (543-615), à la fin du VIe siècle, va codifier et apporter en Gaule, notamment à Luxeuil dans les Vosges, monastère fondé en 590, renommé pour la production et la qualité de son scriptorium.

 

Saint Benoît de Nursie (v. 480/490-547) a hérité de tous ces apports orientaux et occidentaux. Délaissant ses études romaines il se retire à Subiaco où il vit trois années d’expérience anachorétique puis, entouré de frères, toujours à Subiaco et ensuite au Mont Cassin, il rédige une Règle monastique très inspirée d’une règle dite du Maître et de ses devanciers, saint Cyprien, saint Augustin, saint Jean Cassien et saint Basile pour ne citer qu’eux. Il prend néanmoins ses distances avec des Règles plus austères telle que celle de saint Colomban et témoigne d’une grande pondération et d’un riche équilibre. Il n’a pas eu du tout l’ambition de rédiger une Règle universelle mais seulement une Règle pour ses moines. Tombée en oubli après sa mort, elle va s’imposer à tout l’Occident avec grand succès dès le VIIIe siècle.

 

L’expérience spirituelle de saint Benoît

 

Saint Benoît intègre, d’une part, une sagesse monastique orientale comme celle des Pères du désert d’Égypte, à travers Cassien, et de saint Basile, d’autre part, une sagesse occidentale comme celle précisément de saint Cyprien, de saint Augustin et du Maître dont on ignore le nom. Saint Benoît innove même sur certains points, se refusant à une surenchère de mortifications, d’ascèse et d’excès en tous genres. Sa discipline qui peut nous paraître bien rude présente de très nombreux adoucissements et une tempérance digne d’un vrai sage. L’exigence de sainteté est cependant à son plus haut niveau mais il ne veut pas que son disciple confonde les moyens et le but.

 

Il y a dans sa Règle, la révélation d’une longue expérience personnelle et communautaire que saint Benoît n’a cessé de faire. Après ses études à Rome, lors de sa conversion, il se retira dans le secret  de Subiaco pendant trois années. Il s’enracina là, dans l’anfractuosité d’une petite grotte, n’ayant pour vis-à-vis que la paroi rocheuse et boisée de l’autre versant de la vallée escarpée, dans un décor à la fois paradisiaque et paradoxalement bien austère. C’est surtout « face à lui-même » qu’il s’est trouvé alors qu’il cherchait un « face à face avec Dieu ».

 

Le combat érémitique lui a appris la nécessité d’une vie communautaire mais, à son tour, la vie en communauté l’a renvoyé en quelque sorte à une vie plus profonde dans l’intériorité de son être pour y chercher Dieu seul. Non pas qu’il faille se séparer de son frère pour trouver Dieu mais c’est en cherchant Dieu qu’on peut trouver son frère. Et alors ce frère pourra devenir visage de Dieu, épiphanie de sa présence, miroir pour que moi aussi je puisse révéler Dieu à mon frère. La Règle portera cette empreinte en tous ses chapitres. C’est le jeu entre, d’une part, le combat singulier du désert où je me trouve face à l’adversité de mon ego et, d’autre part, la paroi communautaire contre laquelle je peux buter mais qui, dans la foi nue, me révèle la présence exigeante et libératrice du Christ.

 

Le cheminement est constant entre le dépouillement total exigé par tous les degrés d’humilité à franchir et le progrès dans l’art spirituel qui fait découvrir le Christ sur chaque visage (frère-abbé, malade-infirmier, pèlerin-portier, hôte-hôtelier, etc.), à tout moment et partout. Si la Règle est bien vécue dans son message le plus authentique, elle devient source d’une véritable humanité entre frères, libération des entraves égocentriques pour une conception résolument christocentrique qui donne naissance à une vie nouvelle en Dieu.

 

Saint Benoît a été témoin des merveilles de Dieu en sa personne et autour de lui mais il a aussi été témoin des ruses du démon, de l’action du tentateur, de l’agent de toute division et de toute destruction. Il sait la caducité de toutes choses et la force inéluctable de la mort. Mais il sait surtout que Dieu cherche le cœur de l’homme pour le rendre heureux, pour lui donner part à la vie éternelle et bienheureuse. C’est cet amour que Dieu nous porte qui est essentiel. A nous de correspondre à cet amour en l’écoutant et en mettant en pratique ses paroles de bonté. Dieu est un « tendre Père » qui nous attend pour nous donner du bonheur impérissable !

 

La rédaction et la diffusion de la Règle de saint Benoît

 

Saint Benoît n’a pas cherché à écrire une Règle de vie pour tout l’univers et pour tous les temps. Comme les autres abbés du monachisme ancien, il a puisé chez ses prédécesseurs et donné du sien pour rédiger une Règle pour ses propres moines. Depuis son arrivée au Mont Cassin vers 529 et alors qu’il bénéficiait déjà d’une certaine expérience et jusqu’à sa mort peu avant 560, il va travailler sa Règle, d’abord le Prologue et les sept premiers chapitres puis du chapitre 8 au chapitre 66 avec peut-être déjà le chapitre 73. Vers la fin de sa vie, en pleine maturité spirituelle et riche de son expérience, il écrira les chapitres 67 à 72 où l’on sent une plus grande influence augustinienne. Le chapitre 72 étant une sorte de récapitulation pratique où la charité englobe l’humilité et l’obéissance.

 

Après la mort de saint Benoît et la destruction du Mont Cassin par les Lombards en 581, la Règle bénédictine survivra modestement à Rome et ne sera vraiment connue et diffusée qu’à partir du 7e siècle avant d’être la Règle monastique exclusive au 9e siècle avec la réforme carolingienne de saint Benoît d’Aniane en 817. Peu après la mort de saint Benoît, le pape saint Grégoire le Grand, dans ses Dialogues, avait établi la vie et révélé les miracles de l’homme de Dieu. Cet écrit est le complément indispensable de la Règle pour connaître la vie et l’œuvre de saint Benoît qui, selon l’attestation de son biographe, « a vécu en conformité avec ce qu’il a enseigné ».

 

La vraie sagesse de vie est en effet une sorte de connaturalité avec ce qui est sage aux yeux de Dieu. Seul le spirituel peut entrer en correspondance avec les choses spirituelles nous fait comprendre saint Paul. Saint Benoit a écrit saintement parce qu’il a vécu saintement. A notre tour de lire et d’écouter saintement pour vivre saintement. C’est le grand principe de notre attitude filiale de réception pour recevoir le don de l’Esprit. C’est parce que les Prophètes avaient l’Esprit de sainteté en eux qu’ils ont pu annoncer la Parole spirituelle. En revanche, il nous faut déjà participer à ce même Esprit pour comprendre spirituellement les Écritures. C’est du moins ce que déclarait déjà au 3e siècle le grand Origène à la suite de saint Paul et cela me paraît capital aujourd’hui pour qui veut entreprendre une lectio divina authentique et une vie en harmonie avec Dieu. C’est ce que saint Benoît cherche à nous faire comprendre lorsqu’il demande à son disciple de vivre constamment sous le regard de Dieu.

 

Cette sagesse de vie contenue dans la Règle a été la raison de sa très large diffusion et du nombre impressionnant au cours des siècles des monastères qui l’ont adoptée ou de laïcs qui d’une façon ou d’une autre s’en sont inspirés. Par la Règle de saint Benoît diffusée dans toute la chrétienté, il y a eu comme une irrigation non seulement du sol monastique mais de tout le tissu social grâce au maillage des monastères. Que l’on songe aux grands Ordres monastiques et au nombre impressionnant de petites communautés qui sont comme une présence au monde, à la fois cachée et accessible, de lieux de prière, de culture et de charité notamment par la pratique institutionnelle quasi permanente de l’hospitalité. Les monastères sont des ilots retirés du monde, mais insérés dans le monde, en liens multiples avec le monde, mais à l’écart du monde pourtant. Aujourd’hui, ces lieux permettent des retraites dans le silence, des rencontres discrètes, la réception des sacrements, la pratique de la liturgie, de vrais ressourcements spirituels pour tant d’hommes et de femmes laïcs, pour d’autres religieux, pour nombre de prêtres. En notre monde affairé et en quête de sens, il importe plus que jamais de reprendre haleine de vie, de se mettre en état de re-création, de re-façonnage dans les mains de Dieu pour retrouver le Souffle de l’Esprit.

 

La descente en soi pour y puiser l’eau vive de l’Amour

 

Saint Benoît, en quittant sa vie d’étudiant à Rome pour se consacrer au Seigneur dans la solitude de Subiaco « habita avec lui-même, habitavit secum » déclare saint Grégoire Le Grand dans une de ses belles expressions. Pour habiter avec Dieu, il faut se retrouver soi-même et reconnaître que nous sommes l’habitacle de Dieu, le Temple de l’Esprit où Dieu nous attend au plus profond de nous-même. Tout ressourcement implique que nous allions à la source pour nous y désaltérer. Cette source qui est en nous est capable de nous désaltérer même et surtout au temps de l’aridité et de la sécheresse. Dans cet espace sacré et inviolé de son cœur, le moine est appelé par saint Benoît « à entrer simplement et à prier » (simpliciter intret et oret : simplement qu’il entre et qu’il prie : RB 52, 4). Et cela se passe sous l’inspiration divine. C’est l’Esprit qui pousse au désert, au cœur à cœur. C’est dans le sanctuaire de son cœur, dans le secret de sa prière, au cours de l’oraison, de la lectio divina ou au cours de l’eucharistie que l’on peut aller puiser aux puits d’eau vive ou boire au Rocher, recevoir et recueillir la manne et manger le pain substantiel. C’est là aussi indiscutablement « l’âme de tout apostolat ».

 

         C’est dans ce creuset intime ou sacramentel que peut s’opérer une réelle filiation qui nous fait naître à une vie nouvelle dans l’Esprit et qui, seule, peut rendre fécond ce que nous entreprenons. Saint Benoît peut exercer sur nous une certaine paternité parce qu’il est vraiment fils. « Ne sont vraiment pères que ceux qui sont vraiment fils », disait déjà le grand saint Augustin. Si à notre tour, nous sommes vraiment fils en recevant sans cesse le don de Dieu qui est source d’eau vive, alors nous pouvons aussi par le fait même engendrer des fils et des filles et les amener à boire à la même source. Chacun d’entre nous devient alors chaînon d’une grande chaîne qui nous relie par toute la Tradition de l’Église à l’unique Esprit d’amour. Ceux-là sont vraiment fils s’ils sont mus par l’Esprit qui leur fait reconnaître l’unique source de paternité en Dieu, notre Père.

 

         Voilà bien l’essentiel qui peut être dit : il nous faut recevoir l’Esprit ! Boire au Rocher spirituel, aller à la Source de l’Esprit, reposer sur la poitrine de Jésus, se réfugier dans la fente du rocher, dans les plaies du Christ, faisant notre nid dans son côté – nidificans in latere Christi est la devise d’un monastère de bénédictines – pour s’abreuver à la Source d’eau vive, là où il y a jaillissement de l’eau et du sang, des eaux baptismales et du sang de l’Agneau. Là seulement est le lieu du baptême et de l’eucharistie, la réconciliation dans le don de Dieu à l’humanité. Là est la source de toute divinisation et de toute vraie et authentique humanité – en Christ.

 

         Saint Benoît, de façon étrange, ne parle pas explicitement de Marie mais elle est la première avant la lettre à avoir vécu pleinement la Règle de vie, elle qui comme Rebecca se rendait chaque jour au puits pour y puiser l’eau, elle dont le cœur a été atteint par sa communion intense à son Fils, elle qui a vu le cœur ouvert du crucifié et qui nous a vu naître en Lui. Saint Benoît ne parle pas non plus explicitement du Sacré-Cœur mais la consécration qu’il demande au disciple de Jésus montre qu’il s’agit d’un cœur à cœur viscéral avec Celui qui nous a livré sa Vie par Amour.

 Joël Letellier, o.s.b.

 


[1] Georges Bernanos, Les grands cimetières sous la lune, 1938 ; éd. Plon, 1947, p, 153.

[2] « Domine, fecisti nos ad te et inquietum est cor nostrum donec requiescat in te », Augustin, Conf., 1, 1, 1.

[3] Ephésiens 1, 1-12.

[4] Les 7 milliards ont été atteints le 31 octobre 2011 et les 9 milliards seront vraisemblablement atteints en 2050. Il faut savoir que la population mondiale augmente chaque année d’environ 86 millions de personnes (chaque jour, il y a une augmentation de 237.000 personnes environ (390.000 naissances et 153 .000 décès). Le taux d’augmentation de la population (1,2 %) tend à se ralentir en raison d’une baisse de la fécondité. Notons aussi que 60% de la population vit en Asie alors que seulement 10% se trouve en Europe (16% en Afrique, 8, 6% en Amérique latine et Caraïbes, 5% seulement en Amérique du Nord). La population de l’Inde dépassera celle de la Chine avant 2030. Au temps de Jésus-Christ, il y avait environ 120 millions d’habitants dans le monde. Ce n’est que vers 1800 que le milliard a été atteint et vers 1930 que les 2 milliards ont été dépassés. Les 3 milliards ont été atteints en 1960 et les 4 milliards en 1975.

[5] Les pays où se trouvent le plus de chrétiens sont dans l’ordre les Etats-Unis, le Brésil et le Mexique. La France ne se trouvant qu’au septième rang après l’Italie.

[6] Les catholiques représentent environ 17, 5% de la population mondiale et 50% des chrétiens du monde entier.

[7] Les « sans religion » en France sont de plus en plus nombreux : 10% seulement en 1980, 25% en 2000, 35% en 2012 et même 52% cette même année 2012 pour les 18-34 ans.

[8] Les musulmans en France sont entre 5 et 6 millions. Il y a environ 1.800 imams. La religion musulmane est en forte progression en France et pourrait représenter rapidement plus de 10% des Français. La population musulmane a un fort taux de fécondité (2,3 en moyenne)

[9] Cependant 80% des funérailles sont encore célébrées par l’Eglise catholique.

[10] Le nombre de diacres ordonnés chaque année approche aussi de la centaine.

[11] En comptant les prêtres diocésains âgés de plus de 75 ans ainsi que les prêtres religieux.

[12] Cf. Jg 11, 37-40. A ce sujet, voir le commentaire de Philippe Lefebvre, o.p., dans son livre La Vierge au Livre, Cerf, 2004, p. 156-157 : « La jeune fille semble offerte à Dieu, non selon le rite d’un sacrifice sanglant, mais en tant que vierge d’Israël donnée au Seigneur ».

[13] 1 Cor 7, 1-39 : « 7Je voudrais que tous les hommes fussent comme moi ; mais chacun reçoit de Dieu son don particulier, celui-ci d’une manière, celui-là de l’autre. 8Je dis toutefois aux célibataires et aux veuves qu’il leur est bon de demeurer comme moi. 9Mais s’ils ne peuvent se contenir, qu’ils se marient : mieux vaut se marier que de brûler.

[14] Eph 5, 21-33 : « (…) 20Que chacun, frères, demeure devant Dieu dans l’état où l’a trouvé son appel. 25Pour ce qui est des vierges, je n’ai pas d’ordre du Seigneur, mais je donne un avis en homme qui, par la miséricorde du Seigneur, est digne de confiance. 26Je pense que c’est une bonne chose, en raison de la détresse présente, que c’est une bonne chose pour l’homme d’être ainsi. 27Es-tu lié à une femme ? Ne cherche pas à rompre. N’es-tu pas lié à une femme. Ne cherche pas de femme. 28Si cependant tu te maries, tu ne pèches pas ; et si la jeune fille se marie, elle ne pèche pas. Mais ceux-là connaîtront la tribulation dans la chair, et moi, je voudrais vous l’épargner. 29Je vous le dis, frères : le temps se fait court. Que désormais ceux qui ont une femme vivent comme s’ils n’en avaient pas ; 30ceux qui pleurent, comme s’ils ne pleuraient pas ; ceux qui sont dans la joie, comme s’ils n’étaient pas dans la joie ; ceux qui achètent, comme s’ils ne possédaient pas ; 31ceux qui usent de ce monde, comme s’ils n’en usaient pas vraiment. Car elle passe la figure de ce monde. »

[15] Mt 19, 10-12 : « Les disciples lui disent : ‘Si telle est la condition de l’homme envers la femme, il n’est pas expédient de se marier’. Il leur dit : ‘Tous ne comprennent pas ce langage, mais ceux-là à qui c’est donné. Il y a, en effet, des eunuques qui sont nés ainsi du sein de leur mère, il y a des eunuques qui le sont devenus par l’action des hommes, et il y a des eunuques qui se sont eux-mêmes rendus tels, à cause du Royaume des Cieux. Qui peut comprendre, qu’il comprenne ! »

[16] Mt 35, 38-39.

[17] Ainsi, par exemple, 2 Co 11, 2 : « Je vous ai fiancés à un époux unique, comme une vierge pure à présenter au Christ » ou encore Eph 5, 27, Mt 25, 1-13 avec la parabole dite des « dix vierges », Lc 20, 34-36 : « Les fils de ce monde-ci prennent femme ou mari ; mais ceux qui auront été jugés dignes d’avoir part à ce monde-là et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femmes ni mari ; aussi bien ne peuvent-ils plus mourir, car ils sont pareils aux anges, et ils sont fils de Dieu, étant fils de la résurrection », Apoc 14, 1-5 ou les hommes chastes et les vierges sont « comme prémices pour Dieu et pour l’Agneau ».

[18] Mt 19, 21.

[19] Environ 160 manuscrits grecs et de nombreuses versions attestent de cette très large diffusion.

[20] L’anachorète est un ermite qui vit dans le retrait et la solitude (anachôrein en grec signifie « se retirer ») à la différence des cénobites qui vivent en groupes. L’équivalent latin de la vie anachorétique est la vie érémitique.

[21] Le cénobitisme est la forme de vie adoptée par des moines cénobites, c’est-à-dire vivant en commun (koinobion en grec signifie la « vie en commun » ou « vie de communauté ») à la différence des anachorètes qui vivent isolés les uns des autres. Les cénobites vivent dans un coenobium ou monastère (du grec monos qui signifie « seul »), le monasterium devenant le lieu où se regroupent les moines vivant en communauté.

[22] Sainte Macrine l’Ancienne (v. 270-240), grand-mère de saint Basile le Grand (son père s’appelait aussi Basile dit l’Ancien), de saint Grégoire de Nysse, de sainte Macrine la Jeune et de saint Pierre de Césarée. Elle a su transmettre à ses enfants et petits-enfants la doctrine chrétienne de Grégoire le Thaumaturge, disciple d’Origène et évangélisateur de la Cappadoce.

 

 

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Depuis des années, notre oblat-poète, après chaque rencontre, session ou retraite, laisse aller sa plume et son cœur. C’est à la suite de la dernière rencontre des oblats qu’il fut ainsi inspiré.

 

 

L’humilité

par Christian Lemaignan

 

 

Incline l’oreille de l’humilité,

Prosterne-toi, face contre terre,

Enfouis-toi dans l’humus de la terre,

Puis dépouille-toi, déleste-toi !

 

Alors tu parviendras à cette hauteur céleste,

Par tes actions, en gardant ton âme silencieuse,

Celle qui anime ton esprit

Car tu es appelé à naître en Dieu.

 

Tu emprunteras l’échelle dressée par le Seigneur,

Le cœur dilaté, si tu t’éloignes de la loi de la mort,

Tu seras bénéficiaire de la loi de la vraie vie.

Espère pour tous, par la foi, en la vie éternelle.

 

Tiens-toi en garde contre toute iniquité,

Souviens-toi de Dieu, aime ce qu’il te commande,

Dieu est Père, mets ton âme

Entre ses mains, car tu es prêt à tout pour lui.

 

Imite le Seigneur en sa parole éternelle,

Avec persévérance tends vers l’amour de Dieu,

Purifie tes convoitises dans le feu,

Et dans le silence de Dieu, tu remporteras la victoire.