N° 36 – 16 octobre 2017

 

 

 

Le manteau partagé de Saint Martin

 

Lettre aux oblats n°18

 

 

Saint Martin,

Priez pour nous !

 

 

Abbaye Saint-Martin

F – 86240 Ligugé

05 49 55 21 12

 

 

« Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait »

(Mt 25, 40)

 

 

 

Le partage du manteau : le mot du P. Joël

 

 

Chers Oblats et amis,

 

Voici déjà plus de quatre mois écoulés depuis notre dernière Lettre aux oblats n° 17 datée du 4 juin 2017, jour de la promesse d’oblature de Catherine Labey et d’Yves Le Bourg. Depuis, nous avons eu la grâce d’avoir deux nouvelles promesses et quatre entrées dans l’oblature !

 

C’est dire combien le chemin de l’oblature correspond vraiment à un appel particulier qui n’est pas nouveau certes – il y a eu plus de mille oblats de Ligugé depuis 1900 – mais qui correspond aujourd’hui à une quête plus intense d’intériorité et de don de soi à travers une affiliation monastique. Déposer ses soucis au monastère et repartir avec la grâce du Christ pour poursuivre ses tâches quotidiennes – familiales, professionnelles, caritatives ou apostoliques – avec une nouvelle ardeur, voilà qui demeure pour beaucoup d’entre vous une réalité fondamentale. L’oblat bénéficie du soutien spirituel de la communauté et, de leur côté, les moines bénéficient de l’action et de la prière des fidèles qui les entourent. C’est Dieu qui ne cesse de nous faire bénéficier de ses dons parfois bien visibles mais la plupart du temps invisibles à nos yeux humains. Le regard de la foi peut seul en mesurer l’intensité.

 

Le 23 juillet 2017, ce fut la promesse d’oblature de Gérard Masson qui avait fait son entrée dans l’oblature le 27 mai 2016. Entouré de sa famille, il a ainsi resserré les liens tissés depuis déjà de nombreuses années avec le monastère.

 

Le 10 septembre 2017, ce fut le tour de Christophe Marmorat de s’engager dans l’oblature, bien entouré lui aussi par plusieurs membres de sa famille et par ses amis. Son entrée dans l’oblature remonte déjà au 18 mai 2013 mais des ennuis de santé l’avaient contraint à différer sa promesse d’engagement. C’est maintenant chose faite avec une santé renouvelée et une ardeur d’écrivain qui ne lui fait pas faux bond puisqu’il en est, sauf erreur, à son septième livre.

 

Voici maintenant les quatre nouvelles entrées dans l’oblature :

 

Le 13 juillet 2017, Lolette Willemin, une Suissesse qui réside depuis longtemps en France, et qui après avoir beaucoup fréquenté le monastère de Maumont  venait aussi bien volontiers de Mortagne-sur-Gironde à Ligugé, a été accueillie dans l’oblature avec bonheur. De Royan où elle habite désormais, elle ne manquera pas de revenir de temps à autre au monastère.

 

Peu de temps après, le 28 juillet, c’est Françoise Leflaive, de Limoges, qui fut accueillie dans l’oblature. Bien engagée depuis longtemps dans des instances ecclésiales, elle viendra maintenant puiser de nouvelles forces à Ligugé.

 

Puis, tout récemment, le 7 octobre, nous avons eu la joie d’accueillir Monsieur et Madame André Boisseau. Andrée et Marie-Renée habitent non loin de Ligugé au-delà d’Iteuil où ils avaient une importante exploitation agricole et caprine avec 600 chèvres. Un lourd travail qui n’a pas nui à leur qualité de vie familiale et spirituelle. Ils ont été et sont encore particulièrement engagés dans l’action caritative et apostolique au sein du diocèse. Ce sont de bons amis du monastère depuis longtemps. Ils fêteront leurs noces d’or de mariage l’année prochaine.

 

Du côté de la communauté, auprès de nos quatre profès simples et de notre novice le Frère Jonathan, nous avons accueilli dans les stalles, le 14 août pour les premières Vêpres de l’Assomption,  un jeune postulant, Laurent Pothin, qui est originaire de La Réunion.

 

Du côté de l’hôtellerie, après le séjour parmi nous, les 4 et 5 juin, d’une trentaine de paroissiens parisiens de Saint-Séverin guidés par Ariane Chabert, nous avons reçu une quinzaine de jeunes étudiants et professeurs venus des Etats-Unis, de l’université Harvard, en pèlerinage sur les chemins des sanctuaires de France ; du 6 au 11 juin, plusieurs groupes ont fait retraite ou sont passés à Ligugé, notamment un groupe de pèlerins allemands, des enfants se préparant à la Profession de foi, un groupe de servants d’autel, de la cathédrale de Luçon, et 75 personnes venant de Quinçay. Le 12, se sont réunis des catéchistes de La Providence, de Poitiers, et quelques jours après, les 15 et 16, les enfants de La Providence, au nombre de 75, se sont préparés à leur Profession de foi. Le 15, également, sont passés une trentaine de pèlerins venus d’Allemagne sur le traces de saint Martin. Du 25 au 27, nous avons reçu sept chanoines réguliers de Saint Augustin du diocèse d’Angoulême et aussi, du 25 au 30, les novices de la Congrégation des Sacrés-Cœurs de Jésus et Marie, guidés par le Père Alberto Toutain, assistant général de la Congrégation de Picpus.

 

Au début du mois de juillet, nous avons reçu un petit groupe de sœurs ursulines de l’Union romaine puis le 5 juillet des servants d’autel de la paroisse Sainte-Jeanne d’Arc, de Tours ainsi que, du 7 au 9, un groupe de réflexion religieuse conduit par Kheireddine Badawi. La semaine du 10 au 16 fut chargée, notamment en raison d’un stage de calligraphie et d’enluminure organisé par Jane Sullivan et de la présence de 140 jeunes venant de toute la France, hébergées sous des tentes dans l’annexe de notre hôtellerie à 800 mètres de l’abbaye. Ce groupe au fort dynamisme spirituel était encadré par cinq franciscains de Cholet engagés dans cette association au nom évocateur et prometteur « Répare mon Eglise ». Une vraie joie de les entendre chanter et de les voir prier ! Du 16 au 18, est venu se ressourcer un groupe franco-anglais puis, le 22, ce fut la récollection d’une trentaine de Chevaliers du saint-Sépulcre. Enfin, du 24 au 30 juillet, 35 personnes environ suivirent la retraite que je prêche chaque année depuis dix ans la dernière semaine de juillet. Cette année, nous avons réfléchi et prié avec saint Augustin.

 

Le mois d’août a vu passer moins de groupes mais beaucoup de retraitants individuels. Parmi ceux-ci, Raymond Baudry, un membre des Petits Frères de Jésus, est venu faire sa retraite. Vivant habituellement en Algérie sur les traces de Charles de Foucauld, il était à même de nous donner un témoignage que vous trouverez un peu plus loin. Le 19 août, sont venus une trentaine de jeunes allemands de Sendenhorst, conduits comme chaque année par le Père Wilhelm Buddenkotte. Les 22 et 23, nous avons reçu une quarantaine de pèlerins espagnols venus de la paroisse S. Bartholomé, de Murcia et, le 25, de nouveau une trentaine d’Allemands. Enfin, du 27 août au 2 septembre, les dominicains de Tours sont venus pour leur retraite annuelle prêchée par le Père Jean-Michel Poffet. Le 29, nous avons eu la visite de 35 jeunes, d’un camp-vélo, venant en pèlerins de saint Martin. Le 30 août, ce fut au tour de 25 pèlerins catalans, principalement d’Urgell-Guiu, de visiter Ligugé et, les 31 août-1er septembre, nous avons hébergé une trentaine de pèlerins autrichiens.

 

Le 2 septembre, le Père Julien Dupont est venu avec 25 jeunes de la paroisse Saint-Jacques des Hauts de Poitiers. Les 8 et 9 septembre, s’est réunie, autour d’Aude Balestic, l’équipe animatrice de l’aumônerie de Châtellerault. Du 22 au 24, nous avons retrouvé le Père Julien Dupont avec un groupe d’une vingtaine de retraitants de Poitiers et, du 24 au 26, les membres chrétiens du groupe d’Emmaüs ont fait leur retraite annuelle.

 

Enfin, le 12 octobre, nous avons eu la visite de 25 prêtres du diocèse de Nancy avec leur évêque Monseigneur Jean-Louis Papin puis, en cette fin de semaine, nous venons d’avoir les jeunes catéchumènes du diocèse de Poitiers avec Agnès Manesse ainsi qu’une vingtaine de membres de Fondacio. Le 13, Monseigneur François Favreau a réuni une cinquantaine de personnes autour de lui sur le thème « Cap de l’espérance. Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ».

        

La dernière réunion des oblats était un peu particulière puisqu’elle se déroulait hors de l’abbaye dans le cadre du sanctuaire de Notre-Dame de Pitié dans les Deux-Sèvres près de Bressuire. C’était le dimanche 2 juillet 2017. Il s’agissait pour nous et pour les différentes familles religieuses du diocèse qui ont des laïcs associés de répondre à l’invitation de notre archevêque Mgr Pascal Wintzer qui souhaitait rassembler en « une journée fraternelle de partage et de prière », à l’occasion du synode diocésain, les membres laïcs de ces familles spirituelles pour une meilleure visibilité ecclésiale et donc aussi pour mieux se connaître. Nous étions sans plus de 200 participants autour de Mgr Pascal Wintzer et du P. Jean-Pierre Longeat. Vingt-cinq familles religieuses étaient représentées par leur branche laïque.

 

Ce fut pour tous un enrichissement mutuel car les témoignages donnés ont permis de découvrir ou de mieux connaître la grande diversité des charismes présents dans le diocèse. Trois oblats de Ligugé sont intervenus de façon plus spécifique : Yves Le Bourg, pour une présentation de l’oblature bénédictine à Ligugé, puis Catherine Labey et Régis Maingot pour un témoignage plus personnel donné en duo qui a été très apprécié. L’oblature de Ligugé était représentée par une bonne quinzaine de membres. Nous disons un grand merci à ceux et celles qui ont œuvré pour l’organisation de cette journée, spécialement à Sœur Marthe Duhaime et à Sœur Anne-Marie Lagan.

        

Il nous faut maintenant penser à nous réunir à nouveau à l’abbaye pour avancer plus avant dans notre lecture commentée de la Règle de saint Benoît. Je propose pour les prochaines journées de l’oblature les 8, 9 et 10 décembre 2017. Pour cette rencontre, qui pourrait débuter pour certains d’entre vous avec la Solennité de l’Immaculée Conception, nous pourrions donc nous retrouver le vendredi 8 décembre à 16h pour une réunion informelle puis le samedi 9 décembre à 11h et à 16h ainsi que le dimanche 10 décembre, qui sera le 2ème dimanche de l’Avent, à 11h45, pour aborder les chapitres 28 et suivants de la Règle de saint Benoît.

 

La dernière semaine de juillet, du 24 au 29 juillet 2017, j’ai donné au monastère comme chaque année une session-retraite patristique. Le thème de cette dernière retraite, où il y avait 35 participants, était : « Saint Augustin (354-430) ou le parcours d’un cœur assoiffé dans un débat existentiel entre la liberté humaine et la grâce divine. Spiritualité et théologie ». Je rappelle que l’enregistrement des 12 conférences est disponible, soit environ 16 heures d’audition.

 

La prochaine retraite que nous projetons, du 23 au 28 juillet 2018, aura pour thème les Pères cappadociens :

 

Basile de Césarée (v 330-379), Grégoire de Nazianze (v 330-390)

et Grégoire de Nysse (v 340-v 394).

Trois grands acteurs orientaux

de la vie ecclésiale, théologique et spirituelle du IVème siècle.

 

Les conférences seront au nombre de 12, celles du matin auront lieu à 10h et celles de l’après-midi à 16h30. Vous pouvez déjà retenir ces dates et commencer peut-être à vous inscrire en sachant que des travaux seront en cours dans l’hôtellerie durant toute l’année 2018 et que, durant cette période, le nombre des chambres disponibles sera un peu plus restreint. Une fiche d’inscription vous sera envoyée avec la prochaine Lettre aux oblats. Pour l’hôtellerie, une nouvelle équipe plus jeune me remplace depuis peu  et l’adresse mail est désormais celle-ci : accueil@abbaye-liguge.com

 

Des stages et sessions diverses sont organisées de temps à autre à l’abbaye. En fonction de ce qu’on recherche et de ce qui est proposé, vous pouvez vous adresser directement à : P. François F.Cassingena@abbaye-liguge.com  pour le chant grégorien et l’émaillerie, Jane Sullivan licorne@calligrafee.com pour la calligraphie et l’enluminure, Georges Farias, fresquiste et iconographe atelier.icones.fresques@hotmail.fr pour l’iconographie  et la dorure à l’ancienne et André Fage andre.fage@akeonet.com aussi pour l’iconographie.

 

Depuis le mois de juin, je suis allé plusieurs fois à Paris, à Rouen en août chez les bénédictines, le 8 septembre chez les sœurs d’Amailloux près de Parthenay pour une prise d’habit et le renouvellement des promesses des sœurs, du 18 au 23 septembre chez les bénédictines de Notre-Dame d’Orient dans le sud de l’Aveyron pour y prêcher leur retraite communautaire, le 20 chez les clarisses de Millau non loin du superbe viaduc sous lequel je suis passé deux fois, enfin du 25 au 30 chez les carmélites d’Albi pour y donner une session patristique sur Origène. Dans une semaine, je serai de nouveau à Paris puis en Bretagne chez les augustines de Morlaix pour y donner une session biblique.

 

N’oublions pas nos défunts et nos malades. Le Père Maurice Denoue, dont l’état de santé devenait de plus en plus précaire, nous a quittés le 17 août à l’âge de 82 ans. Beaucoup de monde était présent lors de la messe d’inhumation le samedi 19 août pour l’accompagner jusqu’au cimetière de l’abbaye et entourer les membres de sa famille. Le Frère Maurice qui avait prononcé ses premiers vœux le 2 juillet 1963 et qui avait été ordonné diacre le 19 novembre 1967, a été l’infirmier de la communauté durant de nombreuses années avant d’être ordonné prêtre à l’âge de 74 ans et d’être pour quelques années seulement aumônier des sœurs augustines de Bonneuil-Matours près de Poitiers jusqu’à leur transfert à Morlaix puis aumônier des bénédictines de Pié-Foulard à Prailles jusqu’à ces derniers temps où sa santé a commencé à décliner.

 

Le Frère Pascal Poissonnet a eu la douleur de perdre son papa, à l’âge vénérable de 101 ans. De son côté le Père Pierre-Emmanuel de Montlebert a perdu son père assez soudainement, ce qui a laissé toute sa famille dans un profond désarroi vécu dans la foi. Nous portons aussi dans nos prières les oblats ou les proches qui ont été endeuillé, notamment Marie-Antoinette Orgerie qui a perdu sa mère, Catherine Labey qui a perdu son père, Gérard Albisson qui a perdu aussi son père, et tous ceux qui ont des soucis de santé ou qui sont éprouvés d’une façon ou d’une autre. Prions notamment pour la maman de notre Père Jean-Pierre Longeat qui semble bien être en bout de course à la maison de retraite de Saint-Benoît, tout près de Ligugé.

 

Que le Seigneur nous garde en son amour !

 

 

 

 

Me laisser transformer

 

Témoignage de Christophe Marmorat lors de sa promesse d’oblat,

le 10 septembre 2017

 

Me laisser transformer

 

Octobre 2012, Rue d'Assas, je sors d'un cours de théologie et cette phrase me traverse l'esprit : Seigneur je suis prêt à me laisser transformer.

 

Se laisser transformer chaque jour, sentir l'Esprit me travailler âme et corps.

 

Se laisser transformer par la parole d'un inconnu, par un familier.

 

À tes cotés Seigneur on n’en finit pas de grandir, c'est l'épure, mais le naturel revient et ce sont les chutes ! J'en ai connu des chutes, terribles, ces dernières années. Mais tu restes là.

 

À la fin de l'été 2012, j'ai découvert l'abbaye de Ligugé sur la recommandation d'une amie. Je voulais un endroit calme pour relire un manuscrit. Et puis j'ai croisé le regard bleuté du Père Jean-Pierre Longeat, et l'écoute et la compassion du Père Joël. J'ai été littéralement sous le charme, transporté ! Et Il y a aussi Gisèle ! Émotion humaine, émotion esthétique, émotion spirituelle. 

 

Depuis cette première fois, je reviens régulièrement à Ligugé. Très souvent pour un travail intellectuel. Le rythme des offices est propice à cela et puis à Ligugé l'Esprit souffle plus fort qu'ailleurs.

 

Se laisser transformer ne réclame pas la passivité, il faut l'accepter. C'est pourquoi je suis un homme d'engagement. Et aujourd'hui je m'engage en tant qu'oblat de l'abbaye de Ligugé à respecter la charte et à vivre de la spiritualité bénédictine.

 

L'oblature va pour moi dans deux directions : l'une vers la communauté des moines dont je me sens proche, même dans une relation de silence. Je vous porte dans mon cœur. Et l'autre va vers le monde, vivre au monde dans une posture d'écoute et d'accueil à l'image des moines bénédictins.

 

Se laisser transformer. Se laisser transformer, se laisser travailler par le Seigneur, grâce à l'Esprit, à la suite de Jésus le Christ.

 

Mais aussi se laisser transformer dans une relation d'amour avec l'autre. Ne pas vouloir s'imposer, respecter l'écologie de la personne, son rythme. Je crois qu'on n'est pas seul dans une relation d'amour. L'Esprit opère la-aussi !

 

Alors oui, aujourd'hui, c'est fier et humble que je prononce ma promesse d'oblat de l'abbaye Saint-Martin de Ligugé.

 

Christophe Marmorat

 

 

 

 

 

El Abiodh,

la première fondation des Petits Frères de Jésus.

 

 

Nous vous proposons ici un texte du Frère Raymond Baudry, Petit Frère de Jésus. Disciple de Charles de Foucauld, il vit en Algérie et nous livre ici, en quelques lignes, l’historique de la fondation ainsi que son propre itinéraire au sein de la Fraternité. Qu’il soit ici remercié pour son témoignage.

 

 

Jardinier à la fraternité à El Abiodh, en Algérie.

 

Cher Père,

 

A la mi-août, au cours d'une semaine de retraite passée à l'Abbaye, vous m'aviez demandé d'écrire pour vous dire ma vie en Algérie chez les Petits Frères de Jésus.

 

C'est en 1968 à la fin du noviciat chez les Petits Frères, à Farlete, en Espagne, que René Page, notre frère prieur, me proposa d’être jardinier à la fraternité à El Abiodh, en Algérie.

 

Cela faisait moins de deux années que j'étais entré chez les Petits Frères. J'étais en pleine période de découverte de ce genre de vie inspiré par Charles de Foucauld. Je me suis réjoui de rejoindre cette fraternité, la première fondation des Petits Frères.

 

Le Père René Voillaume et ses cinq compagnons

 

C'est en octobre 1933 que René Voillaume et ses cinq compagnons commencèrent à vivre à la suite de Jésus de Nazareth à la manière du  Frère Charles mort seul à Tamanrasset en 1916.  Ils partaient avec comme règle de vie un texte de Frère Charles  qui n'avait jamais été expérimenté. C'était une règle bien austère, les frères vivaient en grand silence, sauf le prieur qui était en relation avec les gens et les autorités de cette bourgade.  El Abiodh est situé à 500 km au sud d'Oran, sur la bordure sud de l'Atlas qui forme la frontière entre la steppe et l'immense désert qu'est le Sahara des oasis.

 

A mon arrivée, il y avait trente-cinq ans que les frères vivaient là, beaucoup de choses avaient évolué, le nombre des frères dépassait les deux cent, éparpillés dans trente ou quarante pays déjà ! Les frères avaient d'abord découvert que leur vie n’était pas une sorte de vie trappiste au Sahara mais plutôt, à l'imitation de Frère Charles, il s'agissait de vivre  au milieu des gens ordinaires comme Jésus à Nazareth, inconnu pendant trente années de sa vie.

 

Il s'en est suivi, à partir de la fin des années 40, une affluence de jeunes, qui faisaient leur noviciat à El Abiodh et prononçaient leurs premiers vœux et ensuite se dispersaient, d'abord en France puis à travers le monde. Ce noviciat qui durait une année fut dirigé par le frère Milad pendant une dizaine d'années.  Il se composait souvent de plus de trente  frères répartis en deux groupes qui se chevauchaient à 6 mois d’intervalle. Les nouveaux frères repartaient à deux ou trois, vivre en petites fraternités dans les milieux pauvres les plus divers. Beaucoup dans les milieux ouvriers bien précaires de l'époque. D'autres aussi allaient vivre dans des groupes humains en marge de la société, dans les bidon- villes, chez les nomades en Algérie, au milieu de paysans pauvres ou même avec des populations primitives en Amazonie ou en Afrique.

 

Le Père René Voillaume devint l'organisateur et aussi le théoricien de cette forme de vie religieuse en tout petits groupes qui vivaient dans des conditions de travail pénibles. Les frères logeaient dans un espace exigu, comme les gens, et étaient attachés à une vie de prière qui consistait à passer de longs moments de prière silencieuse devant le Saint Sacrement. Le Père René Voillaume vécut tout cela très proche des frères et aussi de Petite Sœur Madeleine qui fondait au même moment une congrégation  féminine inspirée par la vie de Frère Charles.

 

Le résultat de ces expériences partagées a été relaté par René Voillaume dans son livre "Au cœur des masses ", un livre qui connut un grand succès dans les milieux catholiques, dans les années 50-60.

 

El Abiodh, auprès du Frère Milad

 

En 1956, en Algérie, c'est la guerre d'Indépendance.  L'insécurité contraint les frères à transporter  en France, en Espagne ou encore ailleurs le noviciat et puis, après l'indépendance en 1962/63, les frères restés à El Abiodh s'organisent pour recevoir non plus des novices mais des frères plus anciens pour une année au désert, une année sabbatique, sous la direction de frère Milad. Sa personnalité, ses enseignements, avaient laissé un grand souvenir dans la mémoire et le cœur d'un grand nombre. C'est ainsi que j'ai trouvé en avril 68, à mon arrivée à El Abiodh une fraternité composée de trois groupes. Un groupe permanent autour de Milad,  un groupe de quatre frères dit les frères "dormants" (référence aux sept dormants d’Éphèse) et un groupe de deux ou trois, à présence intermittente, qui vivait avec les nomades.

                                                                                                                      

Après deux années de vie austère et joyeuse passées dans ce contexte, je suis reparti pour les études de théologie à Toulouse. C'est en octobre 1974, après avoir fait les vœux perpétuels, que  je suis revenu pour vivre "définitivement"  dans cette fraternité, chargé désormais du jardin, du service des frères et de m'insérer dans ce monde très rural encore, dans ce monde de civilisation arabe et de religion musulmane. J'ai eu la chance d'avoir comme associé au jardin Mehammed, un homme d'une grande honnêteté qui reste jusqu’à ce jour un ami.

 

Nous disposions d'un ermitage un peu éloigné, et j'étais chargé d'y conduire les frères retraitants, qui pour une semaine, qui pour un peu plus, jusqu'à quarante jours. Cet ermitage, aménagé dans une ancienne forteresse abandonnée depuis plus de cinq siècles, est situé à 90 km au sud. C'est un lieu isolé, au sommet d'une haute falaise d'où il suffit de lever les yeux pour contempler un paysage ouvert sur l'infini. Il nous fallait bien trois heures pour parcourir la piste qui y conduisait et autant pour revenir, mais le temps était encore trop court pour suffire à des échanges interminables. Quels moments bienheureux j'ai eu la chance  de goûter avec ces frères qui avaient vécu dans des pays si différents, dans des milieux tellement variés !

 

El Abiodh, après le décès du Frère Milad

 

Mais rien ne dure en ce monde, notre bien aimé Milad s'en est allé rejoindre, le 8 décembre 1984, le Royaume qui nous a été promis et ce fut bien vite la fin de la présence, en permanence, de retraitants. Nous restions trois frères : Jean Michel, prêtre et chargé par l'administration de gérer le secteur hydraulique local. Il s'agissait de faire les relevés des eaux de surface et des pluies sur un secteur d’une superficie dépassant celle de la Belgique…

 

Arne, dit Harroun, assure la préparation des repas et Raymond est au jardin. Un grand jardin de plus d'un hectare planté d'oliviers, de palmiers, de grenadiers, de figuiers et produisant, suivant les saisons, des légumes vendus sur le marché local et aussi de l'orge et de la luzerne pour un petit élevage de lapins. C'est aussi à cette époque que je me suis embauché au secrétariat d'un voisin, entrepreneur de construction.  Le jardin était moins rentable et j'ai fait connaissance avec le monde ouvrier du pays et puis j'ai acquis la nationalité algérienne. Ce qui m'a bien simplifié les démarches administratives et permis de vivre à ce jour dans le pays.

 

Les Années Noires

 

Nous avions encore quelques visiteurs ou  retraitants et puis la présence des Petites Sœurs, sédentaires à El Abiodh et nomades dans les environs. Et sont arrivées les années noires de 1992 à 2002. Des années qui nous ont fait entrer en communion plus étroite avec les membres de l’Église et avec les musulmans qui subissaient  aussi cette violence. C'est entre 94 et 96 qu'ont été tués dix-neuf religieux et religieuses dont l’évêque d'Oran et les moines de Tibhirine. Mais aussi une centaine d'imams qui se sont opposés à la violence et combien d'intellectuels et d'artistes également assassinés ces années-là. Puis, lentement, le calme est revenu et le pays a été saisi par le développement accéléré de ces dernières années.

 

Nous restions à deux, Harroun et moi, après l'accident de Jean Michel qui, à la suite d’une fracture, a été amené à rentrer en France pour se soigner. Puis nous a rejoint Bruno. Harroun, à son tour est parti en maison de retraite et c'est comme cela que Bruno et moi avons abandonné cette Fraternité d'El Abiodh, ce petit monastère, faute de relève.

 

J'ai pu me joindre aux trois frères à Béni Abbès ce qui me permet de vivre encore au milieu de ce peuple algérien avec lequel j'ai passé plus de 45 années de vie.

 

Le 24 septembre 2017

Frère Raymond Baudry

Petit Frère de Jésus

rdbaudry@yahoo.fr

 

 

 

 

 

Diaire du voyage du Père Sang-Shim Lee

en Algérie en mai 2017

 

 

En m’envoyant son propre témoignage, le Frère Raymond Baudry a eu la bonne idée de me joindre par la même occasion le diaire du Frère Sang-Shim, assistant du Prieur, qui relate sa visite en Algérie. Nous remercions ici le Frère Sang-Shim qui a bien voulu que ce diaire soit publié ici. Coréen de 60 ans, il a débuté dans la Fraternité à Séoul en 1980 puis a prononcé ses premiers vœux en 1984 et ses vœux perpétuels en 1994. Pendant longtemps, il a travaillé, dans le cadre de son ministère, pour l’entretien général des appartements de la ville d’Ansan, située à 40km environ de Séoul. En 2014, il a été élu assistant du Prieur pour un mandat de 6 ans.

 

Alger et la fraternité de Mahieddine

 

            Avec une grande joie d’avoir reçu le visa algérien, je me suis préparé impatiemment à voyager vers le pays dont j’ai tant entendu parler. François Xardel, le « chauffeur diocésain », qui vient souvent à l’aéroport d’Alger pour chercher et accompagner des gens d’Eglise, m’a accueilli. A l’âge de 85 ans, il est encore en plein d’activité : visiter les prisonniers chrétiens qui sont pour la plupart des africains sub-sahariens, participer à un groupe de réflexion de chrétiens et de musulmans. Il a encore un poste à l’archevêché.

En arrivant au quartier Mahieddine, la cité m’a surpris par son ampleur et son apparence modeste. Juste avant l’indépendance du pays en 1962, elle a été construite en démolissant les bidon-villes où les frères avaient commencé à vivre. Je n’y suis pas resté longtemps mais ça suffisait pour sentir la longue histoire de leur belle insertion. On peut voir ce que c’est de partager la condition concrète des petites gens et comment on est accueilli comme l’un de leurs. En effet, Jean Perette reste souvent à la maison, disponible à toute sorte de sollicitations des voisins. Pratiquement tous les jours, des voisins amènent des plats. Ce genre de partage est une tradition musulmane, dit-on. Et aussi, la qualité de l’hospitalité chez les Frères m’a particulièrement touché. Je vois qu’ils sont bien naturalisés pas seulement par la nationalité du pays mais aussi par la culture des voisins musulmans.

 

Tamanrasset

 

A 3 h 30 du matin, à l’aéroport de Tamanrasset, j’ai eu la joie de revoir Jean-Marie Chauvin. Nous nous étions rencontrés à la dernière réunion régionale du Proche Orient à Alexandrie. Comme pour la sécurité de tout touriste étranger, les gendarmes nous ont escortés jusque devant la porte de la Fraternité. Depuis qu’il a pris sa retraite Jean-Marie Chauvin a arrêté son travail dans le jardin, mais il a plein d’occupations : bien sollicité notamment par des gens qui reconnaissent sa compétence professionnelle en agriculture et en bricolage.

 

      Quand j’ai visité avec Taher (François Gallice) la voisine Myriam, j’ai été émerveillé par la dignité de cette personne de 91 ans qui prépare encore du thé à la manière traditionnelle malgré sa condition de vie en dépendance des autres. Une personne comme elle me donne le goût de vieillir bien. Taher reste très attentif auprès d’elle dès le matin où il laisse ouverte la porte jusqu’au soir, moment où il la ferme. Elle peut appeler les frères par la sonnette en cas de nécessité.

 

Dans la Fraternité, il fallait voir un nombre étonnant de jeunes visiteurs : de la ville et beaucoup de Tazrouk où Taher a vécu longtemps. C’est beau à voir la continuité des bons liens avec les gens du village qui lui restent chers. Il arrive aussi parfois à répondre à des sollicitations de personnes qui cherchaient Antoine Chatelard. Son départ assez brutal à cause d’ennuis de santé a laissé un grand vide avec des traces après le séjour si long qu’il a effectué là. Christian Cuignet qui attend son visa sans se décourager depuis un an et demi aura bien sa place ici.

         Les frères sont aussi partie prenante de la communauté chrétienne de Tamanrasset : le curé canadien Jean-Pierre depuis août dernier, Petite Sœur du Sacré-Cœur Martine, nos 2 frères, et des travailleurs et travailleuses africains qui cherchent souvent à aller plus loin, c’est-à-dire, aller jusqu’en Europe. Quelle force de rêve dans leur vie malgré la dureté de leur situation humiliante ! Cette force est quelque chose de sacré qui appartient à l’humanité.

 

Avec un groupe d’une dizaine de français, dont certains connaissent bien Gilles et Pierre de Vignoux, j’ai pu visiter le bordj et la frégate[1] de Charles de Foucauld avec comme guide Jean-Pierre. Depuis 4 ans, il n’y a pas eu une équipe de pèlerinage. Le lendemain de la visite, Martine m’a fait écouter dans la frégate la cassette enregistrée par Antoine Chatelard sur la dernière étape de la vie de Charles de Foucauld. Ce n’était pas sans émotion.   

 

Un soir on a été invité à assister au 3ème anniversaire du décès d'un voisin. Quand on est arrivé sur place, une demi-heure avant, il y avait une dizaine de personnes alignées en prière, et puis, chacun lisait le coran. Des gens arrivaient petit à petit. En arrivant, chacun prie et lit le coran. Après la dernière prière de la mosquée, beaucoup de monde est venu et la grande place était pleine. Au moins mille personnes… L'imam a commencé à prier seul et toute la foule priait ensemble. Après les prières, tous se mettent par groupes de 7. Le repas est servi pour chaque groupe qui reçoit un paquet enroulé dans lequel sont 7 cuillers et 7 verres en plastique. Couscous avec de la viande de chameau servie à la suite. Une personne du groupe sert de la viande. Après le repas, on enveloppe tout le reste dans la toile en plastique qu'on utilisait comme table. Des jeunes gens circulent pour servir attentivement tout le monde. En une demi-heure environ, un peu plus peut-être, tout le monde a pu être servi et tout est rangé. Quelle organisation ! Mais une petite question me vient : quelle place peut-il y avoir pour une liberté de conscience dans la pratique religieuse au sein d’une société si religieuse et collective ?

 

L’Assekrem

 

 

Pour aller à l’Assekrem, les gendarmes qui devaient m'escorter étaient en retard à l'endroit du rendez-vous. Le chauffeur a démarré la voiture au bout d’un moment d'attente. On a su après qu'ils étaient allés se renseigner sur moi à l'église qui est celle de la fraternité des Petites Sœurs du Sacré-Cœur.

 

Sans escorte, on a pu faire assez librement l'itinéraire de 80 km en 3 h et demi. Comme la route est bien « cassée », dit le chauffeur, c’est impossible de voyager avec une voiture ordinaire. Dans le temps, les frères pouvaient librement marcher pendant 3 jours en dormant dans le désert. C’est une chose quasiment irréalisable aujourd’hui.

 

Le chauffeur qui est touareg et soi-disant nomade s'arrêtait de temps en temps pour m'expliquer et me laisser prendre des photos. Il a dit plusieurs fois que l'Assekrem est un jardin magnifique. Toutes ces montagnes et collines ont été formées par le magma des volcans il y a 30.000 ou 50.000 ans. Il y a longtemps que la chaleur volcanique a disparu. Or, il y a à peine 100 ans, Charles de Foucauld cherchait par là une chaleur humaine dans les rencontres avec des nomades touaregs qui sont maintenant très peu nombreux. Peut-être, ses disciples viennent-ils pour rallumer dans leurs cœurs le feu qu'avait Charles de Foucauld pour son Bien-aimé Jésus Nazaréen et pour ses frères et sœurs tant aimés. Oui, il est bon de venir avec toute notre histoire dans notre Nazareth en espérant que notre Bien aimé brûle nos cœurs comme ceux des disciples d'Emmaüs !

 

A l’Assekrem, la vie fraternelle entre 3 frères, Zbyszek, Ventura et Édouard, de 3 générations différentes, me donne de l'espoir pour l'avenir de notre communauté. En même temps, je crois que la vie ici n'est pas une tâche facile pour accueillir tous ceux et celles qui viennent, pour organiser et entretenir les ermitages et vivre personnellement sur ce plateau aride.

 

Quand Edouard m’a raconté son cheminement personnel dans la communauté et l’histoire des fraternités d’Algérie, et surtout celle d’Assekrem, le poids de l’expérience de vie se faisait sentir avec sa valeur. Ventura avait bien programmé mon séjour d’un mois : descendre tout de suite dans le Hoggar, participer à la réunion régionale, visiter la fraternité de Béni Abbès… et il m’a même proposé de passer trois jours dans un ermitage. Il m’a fait connaitre les ermitages éloignés les uns des autres malgré les ennuis de ses hanches et de ses genoux.

 

Édouard et Ventura sont descendus pour la réunion régionale en prenant un peu plus de temps. Trois jours après, je suis parti avec Zbyszek qui a dû régler toutes les choses techniques vu son absence de trois mois : visiter ses parents notamment son père qui est malade et aller participer à la réunion régionale de l'Afrique centrale. En outre, expliquer comment fonctionnent les choses et comment faire quand il y a des problèmes à Jean-Pierre, le curé de Tam qui allait passer deux semaines tout seul à l’Assekrem, et ce d'autant plus qu’il y était pour la première fois.

 

Retour à Alger et le pèlerinage à Tibhirine

 

Nous avons été escortés jusqu'à la fraternité de Tamanrasset par deux voitures. Martine nous a préparé le dîner et accompagnés à l'aéroport.

 

A Ben Smen (Alger), la réunion commence avec les nouvelles que Jacques Picard, Paul François et Christian Cuignet n'y seront pas à cause du manque de visas. Mais je suis heureux de rencontrer pour la première fois Armand, Hervé (Nicol) et Riquet, et de revoir Antoine, Raymond, Bernard et Yvan car il y a au moins 25 ans que je les avais rencontrés. J’ai beaucoup apprécié le jardin bien fleuri de la maison.

 

Le tour de table pour le partage de vie de chaque frère prend suffisamment de temps avec des questions spontanément posées. J'aime beaucoup ce moment de partage personnel et libre dans les réunions des frères.

 

Parler de l’espérance dans le contexte politique et religieux de l’Algérie, c’est quelque chose de fort touchant, d’autant plus que la moyenne d’âge du groupe est assez haute. Que l’espérance « folle » des frères d’ici soit bien accompagnée par la foi en un Dieu mendiant et discret, et par l’amour pour un Dieu miséricordieux et pour les relations humaines avec les proches !

 

A travers des partages avec l’archevêque d’Alger et son prédécesseur, je peux sentir vraiment la petitesse de l’Eglise locale qui est très sensible à sa propre évolution. Il y a maintenant beaucoup d’étudiants africains chrétiens et de nouvelles communautés chrétiennes. Ils disent que la présence gratuite de nos frères est précieuse dans cette Eglise.

 

Pendant la réunion, on a participé au pèlerinage diocésain à Tibhirine. Il y avait environ 300 participants. Ce pèlerinage annuel est devenu un événement de plus en plus important. Le témoignage des moines nous fait mieux comprendre la parabole du grain de blé tombé en terre et mort.

 

Béni Abbès

 

Après la réunion, nous avons pris le car d'Alger à Béni Abbès : voyage de 1.300 km, ça vaut la traversée de toute la Corée nord et sud ! En arrivant à Béni Abbès, j’ai pu comprendre pourquoi Raymond disait qu'il faisait froid et  recouvrait ses genoux avec une couverture dans la salle de réunion. Ici, le thermomètre montait à 43 degrés à l'ombre. J’ai été émerveillé de leur effort pour entretenir les jardins. Henri a dû même s'en occuper pendant la réunion. Comment ce doit être en plein été ? Quelle passion faut-il avoir pour venir vivre ici ?

 

J’ai pu visiter avec Yvan le centre de l’ancien village de Béni Abbès après être monté sur une dune de sable tôt le matin. Un jour, nous marchions sur une route, une femme voilée  s'approcha d'Yvan et l'embrassa. Ce fut une surprise. Quelle diversité de comportement de la part des femmes musulmanes à l'intérieur d'un pays islamique ! Un groupe d'amis dans un café nous a invités pour prendre un verre de thé. L'un d'eux a dit : « Vous les Européens, vous avez l'heure, mais nous les Algériens, nous avons le temps ». Et alors, moi-même, où en suis-je par rapport à mon temps ? Cela m’amène à me demander si dans la société actuelle, qui peut d’ailleurs bien être un désert, j’ai le temps de vivre vraiment.

 

Quand j'ai visité les Petites Sœurs de Jésus qui vivent tout à côté, une personne a raconté : « Au moment où elle se plaignait de la petite récolte à cause de la sécheresse, une voisine musulmane qui travaillait avec elle lui dit de rendre grâce à Dieu d’abord pour ce qu’elle a reçu. »  C'est vrai qu'on oublie facilement de remercier pour ce qu'on a déjà.

 

En voyant les mouvements nécessaires des frères, le fait qu’il y ait 4 frères dans cette fraternité me semble mieux que s’ils étaient seulement 2 ou 3, même si cela demande plus de matériel, surtout dans ce contexte-là. Henri demande de temps en temps à une voisine de préparer le couscous en lui donnant largement les ingrédients pour qu'elle puisse en manger aussi avec ses enfants. Je trouve que c'est une bonne manière de partager. Raymond[2], le dernier arrivé du groupe, prend sa dernière place avec ses petites occupations dans la maison, après sa longue vie à El Abiodh. J’espère que le résultat de la recherche historique d’Yvan prendra forme dans un avenir proche.

 

      Même s'il y a pas mal de changements par rapport au temps de Charles de Foucauld, beaucoup de choses sont restées pareilles : le désert, les dunes de sable, l’oued, l’ancien quartier et le contraste entre le ciel tout bleu et le désert aride : contraste entre l'image d'un Dieu transcendant et l'image d'un monde où beaucoup d'hommes souffrent. Peut-être, aussi, que c’est la petitesse de l’homme ressentie devant la grandeur de la nature qui fait prier sans cesse tant de monde !

 

De nouveau à Alger et à Mahieddine

 

Yvan m'a accompagné pour le voyage du retour à Alger et il m'a fait aussi un peu visiter la ville. Comme Jean venait de partir pour plusieurs rendez-vous avec des médecins sur Marseille, je suis allé avec Yvan et François chez les Petites Sœurs de Jésus, proches de Mahieddine. Là-bas, j'ai appris qu'au retour de la messe du matin, deux Petites Sœurs ont été tuées durant les années noires devant la porte de l'ancienne fraternité d'Alger, et du coup, les Petites Sœurs ont déménagé dans une maison où vivaient les sœurs d'une congrégation espagnole. Ces sœurs ont aussi quitté le pays car deux de leurs sœurs sortaient pour la messe du matin et, devant la porte de la maison, elles ont aussi été tuées. C'est une histoire douloureuse mais cela nous pousse à prier intensément pour que les religions deviennent un chemin de paix.

 

Il y a beaucoup de choses qui sont toute nouvelles pour moi dans ce pays qui a son charme. C’est déjà trop long pour raconter davantage ce que j’y ai vécu.  Grand merci à ceux et celles qui m’ont accueilli comme frère, si étranger !

 

Père Sang-Shim Lee

Petit Frère de Jésus

frerelee@yahoo.com

 

 


[1] « La frégate » est le nom donné au premier ermitage du Bienheureux Charles de Foucauld à Tamanrasset. C’est aussi le lom d’un blog consacré à faire connaître l’œuvre et la personnalité du Père Charles de Foucauld. (cf. le site de la Fraternité séculière Charles de Foucauld en France)

[2] Il s’agit de Raymond Baudry, Petit Frère de Jésus, dont on a le propre témoignage ci-dessus.

 

 

 

 

 

 

Viens à mon secours !

 

Homélie prononcée par le P. Joël Letellier à l’abbaye Saint-Martin de Ligugé

le dimanche 20 août 2017-20e dimanche ordinaire (année A)

 Is 56, 1-7 ; Rm 11, 13-32 ; Mt 15, 21-28

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« Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! »

 

« Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! », c’est ce cri plein de foi poussé par la Cananéenne qui nous émeut. Ce n’est pas une femme d’Israël mais qu’importe. Elle sait que Jésus peut sauver sa fille. Il suffit qu’il le veuille car elle a entendu parler de lui et elle voit en cet homme thaumaturge, dont la renommée se répand vite, son unique espoir.

 

Elle crie de plus belle alors que Jésus semble bien curieusement indifférent à son désarroi. Ce sont les disciples qui n’en peuvent plus d’entendre cette femme qui se mettent à leur tour à supplier le maître de faire quelque chose pour que cesse tout ce bruit : « Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris ! ». Devant la réponse déconcertante de Jésus qui nous semble assez inconvenante : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël », nous sommes nous-mêmes assez désemparés car enfin, si Jésus est bien l’Envoyé du Père, il est le Sauveur de tous les hommes sans faire de distinction entre les personnes de son peuple et les étrangers.

 

Sainte pédagogie de Dieu

 

Sainte pédagogie de Dieu qui en son Fils Jésus nous conduit sagement d’étape en étape tout comme il l’avait fait du temps des Patriarches, d’Abraham, de Moïse et de tous les prophètes. Pédagogie qui nous surprend mais qui nous instruit plus que si tout se passait selon nos propres vues. Dieu, a-t-on pu dire, écrit droit avec des lignes courbes et les chemins qu’il nous fait prendre, alors qu’ils nous semblent plus longs et détournés, sont en fait des raccourcis. Allons comprendre ! N’a-t-il pas dit par la bouche des prophètes : « Vous dites : la conduite du Seigneur est étrange. Ecoutez donc (…) est-ce ma conduite qui est étrange ? N’est-ce pas plutôt la vôtre ? » (Ez 18, 27) « Mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes chemins ne sont pas vos chemins » (Is 55, 9). Jésus le ressuscité n’a-t-il pas fait patienter les pèlerins d’Emmaüs avant de se faire reconnaître ? (cf. Lc 24, 13-35)

 

         Ici, comme avec l’officier romain, ce centurion intercédant pour son fils ou son serviteur (cf. Mt 8, 5-10 ; Lc 7, 1-10 ; Jn 4, 46-53), Jésus suscite une démarche de foi plus grande que les cris déchirants. Il entend montrer à ses disciples et à la foule qui l’entourent un modèle d’humilité et de foi profonde. Que ce soit de la part du centurion de l’armée romaine ou de la part de cette femme cananéenne, il tient à montrer à quel point ils ont une profonde disposition du cœur, vraie, authentique. Jésus veut rendre publique leur intention secrète, leur force intérieure, celle qui est assurément la plus précieuse, celle qui fait défaut chez beaucoup.

 

« Femme, grande est ta foi ! »

 

« Elle vient se prosterner devant lui en disant : Seigneur, viens à mon secours ! ». Loin de se sentir exclue et d’être vexée, elle s’humilie devant le Seigneur. Il semblerait que cette fois-ci, sa demande va enfin être exaucée. Jésus devrait être touché par l’humilité de sa demande, une demande qui de plus concerne sa fille et non pas elle-même. Tout comme le centurion qui ne plaidait pas pour lui-même.

 

         Notre étonnement est grand lorsque nous entendons la dure parole de Jésus : «  Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le donner aux petits chiens ». Jésus veut-il humilier davantage et publiquement cette pauvre femme ? Jusqu’où veut-il aller ainsi ? N’est-ce pas un manque de respect incompréhensible et scandaleux de comparer cette femme à un chien ?

 

La femme réagit aussitôt de façon très bienveillante et c’est cette réaction rapide et pleine d’humilité qui nous surprend à notre tour. Voilà sa vraie disposition du cœur qui est rendue manifeste : « Oui, Seigneur, mais justement les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ». La suite, on la connaît. C’est l’heureux dénouement : « Jésus répondit : Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! Et à l’heure même, sa fille fut guérie ». A l’égard du centurion Jésus avait déclaré : « Je vous le dis : même en Israël, je n’ai trouvé une telle foi ! » et l’on sait qu’à l’instant même son fils mourant se trouva parfaitement guéri. (cf. Lc 7, 9-10).

 

« Maison de prière pour tous les peuples »

 

Le prophète Isaïe avait bien prophétisé par ces mots entendus en première lecture : « Les étrangers qui se sont attachés au Seigneur pour l’honorer, pour aimer son nom, pour devenir ses serviteurs (…), je les conduirai à ma montagne sainte. Je les comblerai de joie dans ma maison de prière (…) car ma maison de prière s’appellera ! ‘Maison de prière pour tous les peuples’ ».

 

C’est nous qui sommes les étrangers, désormais associés pour toujours au mystère de la miséricorde de Dieu qui, en son amour, veut nous sauver tous. Le Salut, c’est ce que Dieu a préparé pour nous tous, c’est la maison de son cœur où nous pourrons, au-delà de nos peines et de tout ce qui peut nous affliger en cette vie, vivre heureux et dans la paix, cette vie et cette paix que Dieu entend nous donner en nous faisant partager sa vie divine pour l’éternité.

 

« Seigneur, fils de David, prends pitié de moi et de nous tous, dans ta grande et inépuisable miséricorde ! ». Avec humilité, confiance et persévérance, reprenons le cri de la cananéenne : « Seigneur, viens à mon secours ! ».

 

 

P. Joël Letellier (Ligugé)

 

 

 

 

“Mon ami,

comment es-tu entré ici, sans avoir le vêtement de noce ? »

 

 

Homélie prononcée par le P. Joël Letellier à l’abbaye Saint-Martin de Ligugé

le dimanche 15 octobre 2017-28èmedimanche ordinaire (année A)

 Is 25, 6-9 ; Ph 4, 12-20 ; Mt 15, 22, 1-14

 

« Jetez-le, pieds et poings liés, dans les ténèbres du dehors ! »

 

Il y a quelques années, je devais prêcher sur ce passage de l’Evangile lors d’une assemblée bénédictine dans le sud de la France. Dois-je vous l’avouer ? En regardant peu de temps avant ce texte, je fus alors pris de panique à cause du paragraphe final. Voilà un texte suggestif sous la forme d’une parabole où, après la défection des premiers invités, les pauvres, quels qu’ils soient, sont conviés grâce à la bienveillance du maître des lieux et, subitement, à la fin, un convive qui n’avait pas de vêtement de noce se voit interpellé par le roi et rejeté violemment de la fête. Comment comprendre une telle attitude ? Comment expliquer cette violence inattendue ? Relisons le passage final :

 

« Le roi entra pour examiner les convives, et là il vit un homme qui ne portait pas le vêtement de noce. Il lui dit : ‘Mon ami, comment es-tu entré ici, sans avoir le vêtement de noce ?’ L’autre garda le silence. Alors le roi dit aux serviteurs : ‘Jetez-le, pieds et poings liés, dans les ténèbres du dehors ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents.’ Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. »

 

« Acclamons la Parole de Dieu »

 

Avec frémissement, j’imaginais quelqu’un, entrant à l’improviste et par curiosité dans l’église au moment même où serait lu ce passage, entendre le lecteur avec stupéfaction puis le voir élever l’évangéliaire en disant « Acclamons la Parole de Dieu » suivi de la réponse unanime des auditeurs : « Louange à toi, Seigneur Jésus » ! Je pense que cette personne désireuse d’en savoir un peu plus sur le christianisme comme religion d’amour, aurait vite fait de s’enfuir effrayée par de tels propos, violents et discriminatoires.

 

Je remarque, entre parenthèses, que le lectionnaire actuel laisse le choix de lire ou de ne pas lire ce dernier passage au cours de l’assemblée dominicale de façon à éviter sans doute des incompréhensions qui pourraient fâcher.

 

Un appel à la conversion mais non une exclusion ?

 

Ne sachant pas trop comment devoir expliquer cette scène, je me souviens avoir pris ma tête entre mes deux mains et avoir fortement invoqué l’Esprit Saint pour qu’il me fasse connaître au plus vite la juste interprétation à donner à ce texte.

 

Car enfin, comment reprocher à l’un de ces pauvres invités, et de surcroît conviés à la noce à l’improviste et au dernier moment, de ne pas avoir le vêtement adéquat ? Dans cette parabole, remarquons cependant que les autres, qui sont dans le même cas, invités de dernière minute, ont pourtant le vêtement de noce. Cela signifie qu’ils l’ont reçu à l’entrée et donc que, lui, contrairement aux autres, l’a sans doute volontairement refusé. Remarquons aussi que le roi, en s’approchant de lui, l’appelle « mon ami », ce qui est important car la bienveillance de l’amitié demeure en toute vérité. Serait-ce à dire que ce qui suit n’est qu’une menace, un appel à la conversion mais non une exclusion ?

 

« Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. »

 

Au bout de quelques minutes de réflexions comme celles-ci, une idée a jailli soudainement en moi. Je me suis dit que cette menace d’exclusion du royaume me faisait penser à une autre scène de l’évangile, celle du lavement des pieds des apôtres par Jésus lui-même, que saint Jean nous décrit. Pierre refuse tout net ce geste mais Jésus, par sa réponse, lui fait tout accepter et même au-delà : « ‘Non, tu ne me laveras pas les pieds, jamais !’ Jésus lui répondit : ‘Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi.’ Simon-Pierre lui dit alors :’Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête !’ » (Jn 13, 8-9).

 

Tout peut donc désormais s’éclairer. Avoir part au royaume est un don gratuit. Le vêtement de noce tout comme le lavement des pieds signifie le baptême, la robe d’innocence, la purification des péchés par pure grâce, en toute gratuité. Refuser cette grâce baptismale ou cette amitié que Dieu nous offre par son pardon, revient à s’exclure soi-même de l’amour de Dieu qu’il ne cesse pourtant de déployer à notre égard. Je suis désormais certain que, tout comme Pierre, notre pauvre mal vêtu aura certainement supplié le roi de lui pardonner sa suffisance ou son insouciance et de lui donner un vêtement de noce, de l’en revêtir totalement, de la tête aux pieds si l’on peut dire !

 

Seigneur, revêts-moi de ton habit de noce, du vêtement de ta charité

et je serai sauvé !

 

A nous aussi d’avoir confiance en cette amitié et communion que Dieu nous propose. Nous sommes tous invités à la noce par amour et nous pouvons trouver dès maintenant tout ce qu’il faut pour nous laver et nous vêtir dignement. Ce sont ici tous les sacrements qui sont signifiés, principalement le baptême, l’eucharistie et la réconciliation. Ce ne sont pas nos mérites qui nous valent d’être admis au festin des noces mais c’est parce que Dieu nous prépare une belle place que nous devons dès maintenant nous en montrer dignes et pleins de reconnaissance.

 

A nous, à notre tour, de recevoir gratuitement ce beau vêtement de noce, de ne pas le refuser et de ne pas le salir par notre négligence. Seigneur revêts-moi de ton habit de noce, du vêtement de ta charité et je serai sauvé ! Que notre pauvre monde, Seigneur, soit sauvé ! Tu as revêtu notre humanité pour nous revêtir de la robe d’immortalité. Béni sois-tu, Seigneur, en toutes tes œuvres !

 

 

P. Joël Letellier

 

 

 

Saint Augustin (354-430),

ou le parcours d’un cœur assoiffé

 

 

« Magnus es, Domine, et laudibilis valde : magna virtus tua et sapientiae tuae non est numerus.

 

Et laudare te vult homo, aliqua portio creaturae tuae, et homo circumferens mortalitatem suam, circumferens testimo-nium peccati sui et testimonium, quia superbis resistis.

 

 

Et tamen laudare te vult homo, aliqua portio creaturae tuae.

 

Tu excitas, ut laudare te delectet, quia fecisti nos ad te et inquietum est cor nostrum, donec requiescat in te.

 

 

(…) Quid peto, ut venias in me, qui non essem, nisi esses in me ?

 

 

Saint Augustin, Confessions, I, 1, 1.2

« Tu es grand, Seigneur, et bien digne de louange ; elle est grande ta puissance, et ta sagesse est innombrable.

 

Te louer, voilà ce que veut un homme, parcelle quelconque de ta création, et un homme qui partout porte sur lui sa mortalité,

partout porte sur lui le témoignage de son péché, et le témoignage que tu résistes aux superbes.

 

Et pourtant, le louer, voilà ce que veut un homme, parcelle quelconque de ta création.

 

C’est toi qui le pousses à prendre plaisir à te louer parce que tu nous as faits orientés vers toi et que notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose pas en toi.

 

(…) Qu’ai-je à demander que tu viennes  en moi, moi qui ne serais pas si tu n’étais en moi ? »

 

(Bibliothèque Augustinienne, 13), DDB, 1962

 

 

 

 

 

 

Après chaque réunion des oblats ou retraite, notre oblat Christian Lemaignan nous donne à lire un texte que lui a inspiré le thème de la rencontre. A l’issue, de la dernière retraite sur saint Augustin, voici ce qu’il nous a lu.

 

 

Le cœur assoiffé

 

 

Le Cœur inquiet est dans les zones de turbulence de la vie,

Le Cœur assoiffé hésite entre l’attirance trompeuse et la grâce de Dieu,

Entre l’amour de soi (les aventures ténébreuses) et l’amour de Dieu,

Alors que l’amour qu’on doit à soi correspond à l’amour qu’on doit à Dieu.

 

 

Souvent l’homme manque la cible, il est attiré par le mal,

Toute âme en désordre est à soi-même son propre châtiment,

Les plaisirs, les honneurs, la folie sensuelle l’éloignent de la Sagesse.

 

 

Existe-t-il une substance du mal, étrangère à moi,

Qui serait à l’origine de mes péchés, qui serait en lutte

Avec la substance du Bien qui se purifierait du mal,

Qui se dégagerait du mal pour s’élever vers Dieu ?

Non, le mal n’est pas une substance, mais une privation du bien.

Non, le mal n ‘est pas une créature,.

Il provient du mauvais choix de l’homme doué de libre arbitre.

 

 

Alors rentre en toi-même et contemple celui qui est à l’intérieur de toi,

Entre dans l’intimité de ton être, sous la conduite de la grâce,

Parviens, s’il se peut, par une frémissante intuition, à l’Etre lui-même,

Au mystère ineffable du Christ, le Verbe incarné, Sauveur, Rédempteur.

Jette-toi en lui : il te recevra et te guérira.

Tu verras et tu sonderas au-dessus de ton intelligence,

La lumière immuable, l’irruption de Dieu.

 

 

La Foi est une adhésion au donné révélé à travers la Parole de Dieu.

Quel lieu y-a-t-il en moi, y-a-t-il quelque chose en moi, qui te contienne ?

Je ne serais pas si tu n’étais déjà en moi, si je n’étais en toi,

Invoque la Parole reçue de Dieu comme la rosée sur ton cœur.

 

 

Louer, voilà ce que veut un homme admirant la Sagesse divine,

La condition essentielle pour se recevoir de Dieu et obtenir la béatitude.

C’est  aussi prendre conscience qu’on est divisé intérieurement

Et que nous avons des difficultés à mettre de l’ordre en nous.

 

 

Le temps n’est pas oisif, il ne roule pas sans agir à travers nos sens.

Il opère dans l’âme des effets moraux grâce à la patience de Dieu.

Il nous élève dans cette région de l’abondance, dans le pâturage de la Vérité,

Vérité révélée grâce à la Memoria, à l’Intelligentia, à l’Amor Dei en nous,

Mens, notitia, amor ou memoria, intelligentia, voluntas, saints vestiges !

 

 

L’Homme est spirituel par son âme qui cherche à s’unir à Dieu.

Par grâce, il se convertit du mal au bien, puis du bien au mieux.

C’est-à-dire qu’appelé à être divinisé dans la vie contemplative,

Il pratique la vertu, la maîtrise des passions, le détachement absolu.

S’il se réjouit des biens sensibles, des biens moraux et des biens spirituels,

Il est assoiffé de la Présence ineffable dans le saint repos de l’Amour.

 

 

Les biens suprêmes ne peuvent être que l’œuvre de Dieu

Qui se répand en nous, qui nous relève, qui nous rassemble.

Alors, « aime et fais ce que tu veux », en harmonie avec Dieu,

Afin d’augmenter en toi les dons de la grâce et d’accueillir enfin la lumière.

 

Christian Lemaignan

 

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   Les numéros précédents du Manteau partagé (à partir du n°19, Lettre aux oblats n°1 du 7 novembre 2011) sont disponibles sur simple demande, par courrier ou par mail, adressée au P. Joël Letellier, maître des oblats : Abbaye Saint-Martin, 86240 Ligugé ou à l’adresse mail : letellierliguge@gmail.com Il en est de même pour toute demande d’abonnement.

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